La vieillesse, c'est comme la myopathie, on s'en inquiète un soir par an.
A l'origine créée pour faire oublier la discrétion du couple présidentiel pendant la canicule en 2003, cette émission se poursuit les autres années car, malgré la canicule (© Mattéi), il reste encore des vieux en France, poursuivons le combat !
Le principe est simple : des stars (en promo, mais seuls les mauvais esprits y verront un lien avec leur présence dans cette émission à but caritatif) viennent vendre aux enchères soit un objet dont ils ne veulent plus, soit leur présence ou leur spectacle (don qui démontrera leur modestie ainsi que leur générosité). Ainsi, comme pour les Enfoirés ou le Téléthon, les riches font payer les pauvres pour donner aux pauvres (qu'il était con, Robin des Bois !). L'émission est présentée par Bernadette Chirac et une fayotte qui était Evelyne "Marianne" Thomas (paix à son âme) lors de la première émission, Isabelle Giordano maintenant. Premier événement : Bernie a changé de coiffure mais garde un look résolument disco. En effet, elle a quitté la ressemblance capillaire avec le chanteur d'Ottawan pour adopter désormais la coupe de cheveux de Dave.
Et c'est un vrai tsunami de générosité que nous offrent les stars invitées. Tout commence avec Johnny "Optic 2000" Hallyday qui offre au plus offrant un blouson de cuir taille 43 que même Tony Vairelles trouverait démodé et des places pour son concert. La serveuse de soupe est émerveillée par le fait qu'il va, en exclu pour la soirée vieux, interpréter une nouvelle chanson. D'un autre côté, s'il voulait en chanter une ancienne, il devrait payer Universal, son ancienne maison de disque qui a conservé les droits sur ses chansons précédentes. La générosité a ses limites.
La première rombière de France, après avoir offert un repas avec elle (bonne répétition avant d'avoir à dîner chez sa belle-famille si elle est pénible) lors de l'édition précédente, offre cette fois-ci des places pour un ballet à l'Opéra L'Oréal (ou Garnier, je ne sais plus) en sa compagnie. Giordano, en empathie totale avec les vieux atteints d'Alzeihmer, annonce ensuite que Chimène Badi va interpréter une chanson de Piaf : "Quand on a que l'amour". La braderie se poursuit : Henri Salvador offre une valise (pas une qu'il a sous les yeux, non non non, une "collector" qu'ils disent). Charles Aznavour et Isabelle Boulay donnent le voyage, respectivement pour Bruxelles et Montréal, pour assister à leurs concerts. Puis, est-ce la chaleur régnant sur le plateau ou du GHB versé sournoisement dans sa tisane, toujours est-il qu'il paye en plus un fauteuil roulant pour l'association. Tant de générosité donnent le vertige et Giordano nous exhorte à surenchérir : "faites un petit geste, comme Isabelle Boulay !" Moi, je veux bien faire comme elle : offrir le voyage jusqu'à chez moi (à 20 minutes de Paris) pour me voir chanter, s'il n'y a que ça à faire pour être généreux ...
Et maintenant, entre en scène "une jeune artiste, très engagée ... auprès des enfants". La précision finale est utile, car il s'agit en fait de Lorie qui interprète son brûlot "sur un air latino". L'occasion est belle pour Bernie de revendiquer sa présence à plusieurs concerts de ladite artiste engagée, c'est même une vraie mélomane puisque Giordano ajoute "vous aimez bien la jeune chanson française" (Vincent Delerm ? Cali ? Camille ? Ridan ?) "comme Lorie et Calogéro". Lorie offre une veste dédicacée et un après-midi de shopping en sa compagnie (ça donne envie !)
Et ça continue comme ça pendant deux heures encore, de la générosité pure à foison, un tsunami de bonté à en faire pleurer la ménagère de moins de cinquante ans. Bon, si Bernadette veut améliorer le sort des vieux en France (ce qu’elle souhaite sincèrement, elle est réellement engagée dans ce domaine : par exemple, il y a un mois, elle a passé une semaine à l’hosto au chevet d’un heptagénaire victime d’un accident vasculaire cérébral occasionnant une gêne visuelle persistante), elle peut aussi en toucher deux mots à une de ses connaissances qui exerce la modeste profession de Président de la République (hors dissolution ou hospitalisation), ce qui laisse dubitatif sur le but réel de l'émission, la première édition avait d'ailleurs recueilli des dons en-deça des espérances. En fait, les cadeaux ne sont pas convaincants pour recueillir des dons en quantité suffisante. Il faudrait que Johnny offre sa Harley (car, à son âge, la moto, ce n'est pas très prudent), Henri Salvador son poids en rhum, Isabelle Boulay le droit d'expulser une chanteuse québécoise du territoire français, Lorie son silence, Bernadette Iere un séjour d'une semaine à l'Elysée (il y a un certain édile de Neuilly-sur-Seine qui pourrait être intéressé) et, surtout, Isabelle Giordano que l'émission s'arrête dès qu'on atteint un certain seuil de don. Là, je serais prêt à appeler.
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