Dimanche 18 mars 2007

on se demande quand la personne représentant la gauche sera invitée

Travail toujours, mais au sujet des délocalisations. D'abord, c'est fini, la fête du slip : "les entreprises seront priées de rendre des comptes". Ensuite, puisque Sarkozy lui a piqué Jaurès, elle, elle réplique en lui volant Michel Sardou et en donnant ainsi du je suis pour : "je suis pour que l'Europe se protège", "je suis pour des aides aux nouveaux entrants dans l'Union Européenne, comme on l'a fait pour l'Espagne et le Portugal, un Plan Marshall pour l'est de l'Europe". On a vu qu'elle s'était fait engueuler par une prof à la retraite, ça a continué avec une chômeuse, mais aussi avec un patron. Au milieu de ce tir nourri, elle garde le cap, à gauche toute : "je suis contre l'assistanat, aucun soutien ne doit être donné sans contrepartie". Ah, euh, non, en fait. Notez qu'il y en a qui ont été aimable dans leurs questions, comme par exemple Mohamed, sans-papier depuis 5 ans, l'interrogeant à ce sujet par webcam. Pour tous les sans-papiers, je ne sais pas, en tout cas, le Mohamed, il risque de découvrir que les RG regardent France 3 et se retrouver dans un charter mais sans Jean-Luc Delarue dedans, on sait être humain, quand même. Elle avance aussi une autre mesure, le service civil, mais modulable : "le service civil obligatoire ne fera pas forcément six mois, il peut être échelonné et il peut avoir un cadre militaire". Elle se dit aussi pour le mariage homosexuel, comme quoi, elle sait évoluer et, après cette question, Arlette Chabot annonce poursuivre dans ce domaine et relance sur ... l'euthanasie. Pascal Sevran, lui, aurait plutôt posé cette question après la politique africaine.

Entre alors un nouveau comique involontaire : Eric Le Boucher. Lui, on dirait qu'il s'excuse quand il pose une question, il n'ose pas couper la parole quand l'autre en face se fout de sa gueule, bref, l'avoir en interlocuteur, c'est du gâteau. Hélas, Arlette Chabot veille au grain et se charge de faire les rappels à l'ordre (juste ?) que l'autre est incapable de faire. Il est censé titillé la candidate sur les questions économiques mais en fait, c'est Arlette Chabot qui conduit l'interview et demande de temps à autre au petit de poser ses questions. Déjà, Royal tient à ne pas considérer la dette publique comme un grand tout : "il y a la bonne dette, qui permet d'investir, et la mauvaise dette".

Au début, il se veut audacieux, et il ose : "est-ce qu'on est riche à partir de 4000€ ?" La réponse sera claire et limpide. D'abord, l'allusion à la politique fiscale prônée par François Hollande étant évidente, elle explique la nécessité de l'impôt : "l'impôt doit être juste et l'impôt doit être accepté par les citoyens". Ensuite, elle vient rappeler qu'avec son programme, on aura voix au chapitre : "nous mènerons la guerre à tous les gaspillages, les Français seront associés à un budget participatif". Qu'est-ce qu'un budget participatif ? On ne saura pas, mais on sait qu'on en aura. De toute façon, cette question de l'impôt, elle est secondaire : "l'outil fiscal doit être au service du développement économique, ça n'est pas une fin en soi". Là s'arrête la réponse, vous aurez tous compris si on est riche à partir de 4000€ ou pas.

Maintenant, ce que veut Royal, c'est mettre en avant le travail : "la droite a privilégié la rente au travail, moi, je veux réhabiliter la valeur travail". Compris, les glandos ? Et puis, elle veut aussi sortir de la démagogie du choix, oui, on peut avoir le beurre et l'argent du beurre, si on s'y prend bien : "en donnant du pouvoir d'achat aux petites retraites, je redonne du poids à la croissance, on ne prend pas à une partie pour donner à l'autre". Eric Le Boucher voulant parler d'économie à fond, elle l'envoie joliment chier : "je ne répondrai pas aux questions techniques qui relèvent d'un Secrétariat d'Etat au Budget ou d'un Ministère des Finances". T'as compris, le binoclard ?! Tu veux les détails sur tes bricoles, tu vas voir les types que ça intéresse ! Royal, elle est là pour les grandes lignes, pas les petits points, ainsi, sur les retraites : "le critère essentiel, c'est de calculer la durée de cotisation en fonction de la pénibilité du travail". Et s'il faut de l'argent, on reverra les dépenses : "je veux un état fort mais pas un état étouffé par la bureaucratie". Pour ce faire, on va utiliser la décentralisation, en donnant plus de responsabilités aux régions et aux départements : "il y aura un transfert des tâches vers les collectivités locales pour éviter les doublons". Du coup, les universités comme les aides économiques aux entreprises, vont être du ressort de ces collectivités, dans un cadre défini par l'état, en résumé : "ce sera un ordre local juste". Et pitié, ne venez pas dire que ça ressemble à du Raffarin, il est de droite alors que Royal, elle est de gauche, ce n'est pas pareil.

On commence à être à la bourre sur l'horaire, donc Arlette Chabot demande à chaque question de répondre brièvement et à chaque fois, il faut insister pour aller à l'essentiel. Le Boucher est partie au bord des larmes, et on attaque l'Europe (c'est une image, hein, on n'envoie pas le Charles de Gaulle en Mer Baltique). D'abord, la France doit tenir son rôle : "je veux que la France revienne à la table de l'Europe, et que l'Europe se relève". Alors, il y a eu le NON, mais c'est normal, on ne voit pas assez ce qu'apporte l'Union Européenne : "il faut l'Europe par la preuve : la recherche (comme avec Airbus), l'environnement ..." Airbus, c'est l'Union Européenne, on en apprend tous les jours. Sur la question de la Constitution, ça n'est pas essentiel, au fond : "les institutions sont au service des projets et pas l'inverse". Quant à l'entrée de la Turquie, elle est pour un référendum, afin que les Français aient le pouvoir de s'exprimer, ce qui ne veut pas pour autant dire qu'elle n'a pas d'idée sur la question, bien sûr, elle en a une, mais elle la garde pour elle pour l'instant car la situation peut évoluer d'ici au référendum, mais en temps utile, elle la donnera.

Comme pour Sarkozy, en plus d'Eric Le Boucher, elle a à faire face à Nicolas Hulot, qui rappelle d'emblée les enjeux : "si toute la planète consommait comme les Français, il faudrait trois planètes". Tout de suite, ça calme. Mais pas de panique, Royal a des pistes et la personne pour les appliquer : "je nomme un vice-premier ministre responsable du développement durable". Elle dit avoir le nom de cette personne en tête, mais elle ne le donne pas. Donc, elle admet le changement nécessaire : "il ne faut pas raisonner aujourd'hui sans tenir compte des nouvelles énergies". Ça doit même être intégré à la politique globale : "ma conception de la nouvelle croissance, c'est trois piliers d'égales importances : la valeur ajoutée économique, la valeur ajoutée sociale et la valeur ajoutée environnementale". Elle s'emporte contre le fait que les Africains n'ont pas accès à l'énergie solaire alors que ça leur serait vachement utile, mais en même temps, on les laisse carburer aux pieds et à l'huile de coude, ça n'est pas plus polluant (et encore, je n'ai pas parlé de leurs bites). L'air de rien, si on n'agit pas, on va se retrouver devant un beau merdier : "les prochaines guerres seront liées aux changements climatiques". Quant au suivi des promesses, c'est du garanti : "tous les ans, je viendrais rendre compte aux Français de l'application du pacte présidentiel".

On revient sur la question de l'université, elle affirme qu'elle leur donnera de l'autonomie (coucou Devaquet), mais pas un blanc-seing : "je suis pour une société de la responsabilité, mais vous serez évalués en contrepartie sur les résultats". Par exemple, pas question d'avoir des diplômes différents : "il faudra maintenir la continuité nationale des diplômes". Interrogée alors sur la sélection dans l'université, elle apporte une précision capitale : "il faut faire attention au choix des mots, je préfère parler d'orientation". Parce que, bon, c'est bien joli, que de donner de la liberté aux étudiants, mais il faudrait encore que ça serve à quelque chose : "il faut qu'à la sortie de l'université, les jeunes trouvent du travail". Au fond, le but de l'école, c'est cela, trouver du boulot : "le collège, le lycée, l'enseignement supérieur, il faut des liens beaucoup plus étroits entre les jeunes et les entreprises".

Changement de thème, hop, on arrive aux 35 heures à l'hôpital, mais ce ne sont pas les 35 heures en elles-mêmes, le problème, mais l'application : "dans les métiers de l'humain, les 35 heures qui n'ont pas été suivies de création d'emplois ont dégradé la qualité des soins dans les hôpitaux, mais ça n'est pas arrangé par le non-remplacement des départs à la retraite". Eh ouais, la droite aussi, elle a sa part dans ces problèmes. Pour réformer la Santé, elle privilégie la "médecine préventive", détecter les petits bobos avant que ça devienne gros dégât. Parce que, bon, notre pognon, on le donne (on ne nous demande pas trop notre avis, il faut dire), mais ça n'est pas une raison pour en faire n'importe quoi : "il va falloir rationaliser la dépense publique". Une chose à retenir : "je suis favorable à la création de dispensaires de proximité pour faire de la prévention".

Après ce "je suis favorable", on entame une rafale de "je veux" ("je veux un service public de la caution", "je veux autoriser les communes à faire des réquisitions-acquisitions des logements vacants) et son corollaire ("je ne veux pas d'une société de l'assistanat, je veux une société où chacun puisse décider de sa vie, retrouver sa dignité"). Quand on est bien éduqué, on ne dit pas "je veux", on dit "j'aimerais" (enfin, c'est ce qu'on m'a appris quand j'étais petit). Pour la question de laïcité, dernière abordée, c'est un pas sur le côté ("il ne faut pas modifier la loi de 1905") et un pas de l'autre côté ("chacun doit pouvoir pratiquer son culte de façon digne"). Ne reste plus qu'à signer, elle, elle sait se servir du stylet et pour finir, Arlette Chabot narre cette confidence de Bernard-Henri Lévy, Royal lui aurait confié dans un dîner (il passe son temps à bouffer, BHL, vu le nombre de dîner auxquels il fait référence, et après il va au Darfour pour les narguer) qu'elle a toujours dans sa poche un livre : les Contemplations de Victor Hugo. Ce à quoi Royal répond des banalités qui voulaient dire : "mais qu'est-ce que c'est que ces conneries ?"

par Schweinnie publié dans : telepoubelle
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Dimanche 18 mars 2007

tout de suite, c'est une femme, alors nous demande de la juger ...

Dernière édition du grand rendez-vous de France 2, tous y seront passés ... sauf Frédéric Nihous et Gérard Schivardi, dans les candidats finalement en course. Peu de chances toutefois qu'on les retrouve ultérieurement dans une émission rien que pour eux. Si Ségolène Royal a réalisé la meilleure audience pour J'ai une question à vous poser et Le grand journal, elle s'incline face à Nicolas Sarkozy pour A vous de juger, critère absolument pas fiable pour en conclure quoi que ce soit. Ceux qui auront quand même regardé ont eu raison, car les surprises ont abondé, dans le positionnement de la candidate qui, si elle a pris ses ailes pour voler vers la liberté, elle a aussi été bien moins à l'aise que sur TF1. C'est Arlette Chabot, même sans rien dire, elle déstabilise.

Pour commencer, elle lui demande de parler des deux autres gros candidats classiques et de son parti. Royal est consciente de sa charge : "je représente l'espoir des millions d'électeurs qui veulent que ça change". La primaire a été pour elle l'espace d'envol nécessaire ("je crois que j'ai eu beaucoup de libertés dans le débat interne du Parti Socialiste") car ce changement de méthode est essentiel ("on ne peut plus faire de la politique comme avant"). Elle reconnaît aussi que, depuis que le PS la soutient officiellement, elle est moins libre et se sent obligée de leur rendre des comptes et de tenir la ligne. Mais baste, dans cette élection, on élit un ou une gugusse, c'est tout : "ça n'est pas une élection législative". Elle poursuit en appelant au rassemblement derrière sa personne, au-delà du PS, donc, et même à droite. Au fond, on y arrivera, si on tire tous dans le même sens (rien d'homophobe là-dedans) : "c'est parce que chacun sera à sa place et avancera de son côté que la France avancera".

En plus de certains appels à sa droite, elle a aussi beaucoup donné de "je veux", "je crois", "je propose", bref, de la première personne bien singulière. C'est aussi, en plus de celles sur le fond, une rupture sur la forme avec la tradition récente du PS, où on donnait du "nous" car nous sommes tous ensemble, tous ensemble, hey, hey. Qu'on ne s'y méprenne pas, j'ai mis "hey", pas "heil", je sais que le PSG jouait le même soir, mais ça n'est pas une raison pour faire ce genre de confusions. Au sujet de François Bayrou, elle l'exécutera dans cette première partie : "François Bayrou n'a pas de programme et le dit lui-même", "le candidat de l'UDF, dont on attend le programme". Les jours précédents, la critique classique de Bayrou était de répéter qu'il était de droite, maintenant, paraît-il qu'il n'a pas de programme (c'est à se demander quel est ce machin qu'on peut consulter depuis plusieurs mois sur les sites concernés), et qu'il n'aura jamais de majorité à l'Assemblée Nationale. Or, ces critiques (pas de programme, est de droite, et n'a pas d'appareil politique suffisant), on les avait déjà entendues, il y a quelques mois. C'était même dirigé contre Ségolène Royal et elle et ses supporters avaient alors expliqué que ce dénigrement était une manifestation évidente de machisme. Par conséquent, j'en déduis que Ségolène Royal est une indécrottable phallocrate et qu'elle ne se serait jamais permis de dire de telles choses si François Bayrou était un homme. En tout cas, une certitude, contrairement à Lionel Jospin, elle assume réellement ses responsabilités, et, en cas de grosse plantade, ne viendra pas accuser les autres partis, les médias, les électeurs, la météo, le Gulf Stream, Saparmourat Niazov, la CGT et les boulistes d'Aubagne d'être responsables de son échec.
Arlette Chabot : "Il n'y pas de risque que la gauche soit absente du second tour ?"
Ségolène Royal : "Tout dépend de moi."

On évoque alors sa vie, son oeuvre, comme sur M6, mais en plus court. Comme les autres, elle regrette qu'on aborde ses points assez peu essentiels mais, comme les autres, elle s'y prêtera de bonne grâce quand même. Elle vient d'une famille nombreuse et elle estime que c'est une chance ("je crois que les solidarités entre enfants sont irremplaçables"), faites des enfants, c'est bon pour eux. De son éducation très catholique, elle confesse en être encore imprégnée : "il reste toujours quelque chose de l'éducation de l'enfance". De là vient aussi son admiration pour Jeanne d'Arc, couplé avec ce destin de femme assumant un rôle auparavant dévolu aux hommes, et à ce sujet, elle est catégorique, elle ne veut pas laisser le monopole de Jeanne d'Arc à Jean-Marie Le Pen.

On revient à la politique, avec Arlette Chabot qui lui demande de réagir sur le souhait de Bayrou de nommer Premier Ministre un "Jacques Delors jeune", et là, pour une fois, c'est lui qui prend la baffe : "ça n'est pas très gentil pour Jacques Delors, qui a encore de la vitalité à revendre, y compris à François Bayrou". Pan dans les dents, à l'autre phallocrate, mou et gérontophobe, en plus ! Elle a un combat à mener et il est précis : "travail, famille, école, ce sont des valeurs que je veux défendre". Ouf, on a eu peur, pour la troisième valeur. Aussi, peut lui chaud (du verbe chaloir, car j'ai des lettres) l'aventure centriste : "je suis pour la clarté, la clarté des valeurs, la clarté des objectifs, la clarté des poulitiques". Aussi, mélanger les choux et les navets, non ! Maintenant, elle n'est pas non plus le gentil toutou (ou la merde à poils, comme vous voulez) du PS : "je veux qu'on regarde par-delà le Parti Socialiste, qu'on s'adresse aux Français".

Et aux Français, elle leur propose quelque chose de novateur et jamais évoqué par aucun autre candidat de toute l'histoire de la Ve République : l'Etat modeste ("aucun ministre ne pourra être logé au ministère, nourri, logé, blanchi aux frais de l'Etat", Jack Lang va faire la gueule). Chabot lui demande alors des précisions sur le gouvernement qui sera formé, s'il y aura une ouverture (et quel côté), quel nombre de ministres, quel degré de parité, mais, malgré deux relances, Royal ne donnera pas de réponse précise, se contentant d'enchaîner les banalités. En tout cas, il ne s'agit pas de faire du Jospin, deuxième édition : "si vous me donnez les voix, je ne vous dirais pas que le Parti Socialiste a gagné et qu'on va tout refaire comme avant". C'est compliqué à suivre ? Non, c'est simple : "je suis socialiste, fidèle à mon histoire, je veux rassembler la gauche, mais je veux m'adresser à l'ensemble des Français pour leur dire que leur vote ne sera pas instrumentalisé". Autrement dit : vous n'aimez pas le PS, leur Premier Secrétaire vous débecte, mais vous vous sentez en accord avec Royal, n'hésitez pas, viendez, c'est un soutien à une personne et non à un parti. En cela, on retrouve la Royal de la primaire socialiste, avec son indépendance vis-à-vis des dogmes de ces dernières années. Enfin, sur la question du Premier Ministre, elle répond qu'elle a des pistes mais elle ne donne pas de nom, ce qui fait que, quel que soit le candidat, on ignore qui serait à Matignon en cas de victoire.

Arrive aussi d'autres questions, comme celle des tracas judiciaires de Jacques Chirac, qui vont revenir avec la fin de l'immunité. Bien sûr, Royal respecte "l'indépendance de la Justice", mais Chirac, c'est encore des voix, alors, elle tempère : "je ne suis pas quelqu'un qui ait tendance à m'acharner, il faut respecter l'institution présidentielle". En fait, si vous voulez un candidat qui veut coller Chirac en prison, il faut voter Nicolas Sarkozy. Ou Jean-Marie Le Pen. Ou Olivier Besancenot. Ou Didier Wampas. On la sait réticente sur les 35 heures, mais elle ne se veut pas farouchement opposée : "la question du temps de travail ne doit pas être isolée des autres problèmes". D'ailleurs, il ne s'agit pas d'arriver au pouvoir dans l'esprit du passé, faisons table rase : "je ne détruis pas systématiquement ce qui a été fait avant". Bon, là, elle reprend une formule en vogue à l'UDF, alors il faut remettre un coup de sa marque de fabrique : "je mets fin au désordre et je remets de l'ordre juste". Reste que le "juste" peut être compatible avec l'"avant" : "ce qui marche bien, ce qui fonctionne bien, il n'y aucune raison de le remettre en cause". La Révolution attendra. Sur France 2, ils ont aussi un dispositif pas du tout anxiogène, c'est le compteur à dette publique, défilant ainsi sous nos yeux ébahis. Pour Royal, pas besoin d'économies drastiques, le meilleur moyen de générer des recettes supplémentaires, c'est "le déblocage de la machine économique" et ça, pour le faire, il faut "redonner de la confiance". Pour la fiscalité, plus qu'une éventuelle augmentation, il vaut mieux changer les méthodes : "je veux qu'en France, une bonne fois pour toutes, que le travail soit moins taxé que le capital".

Arlette Chabot se lance alors dans une question pour le moins étonnante tellement les bases de réflexion sont solides : "vous êtes perçue comme moins compétente, pourquoi ?" Perçue moins compétente par qui ? Et comment elle l'a déterminée ? Mystère et baume de goule. Donc, Ségolène Royal se retrouve devant la délicate tâche que de répondre à une question aussi intelligente qu'une réflexion métaphysique de Steevie Boulay, et elle s'en sort par un rôle bien rôdé : "ce serait la première fois qu'une femme serait élue au suffrage universel direct". Hein ? Toujours me ramener à une femme brimée, c'est débile ? Ben, pose des questions plus pertinentes, alors ! Du coup, elle est lancée, alors, elle continue : "le temps d'élire une femme est venu".

Bon, il faut bien avancer, alors parlons des banlieues et, plus généralement, de la jeunesse. C'est un sujet important ("réussir dans les quartiers, c'est notre nouvelle frontière"), où les menaces sont réelles ("je crois que si la droite repasse, les émeutes que nous eu dans les banlieues ne sont rien par rapport à ce qui nous attend") mais dont Royal connaît les revendications ("ce qu'attendent les jeunes, c'est de l'autorité"). Donc, si vous avez tout lu avant, vous savez qu'elle propose les emplois tremplins : "l'entreprise recrute un jeune sans que ça lui coûte rien". Alors, oui, ça coûte de l'argent, mais la situation actuelle aussi : "il vaut mieux payer un jeune à travailler que payer un jeune au chômage, qui va déprimer, qui va déprimer sa famille". Sur la question des jeunes sans emploi, Chabot lui demande "est-ce que vous êtes pour un RMI jeunes ?" Royal répond alors "je suis pour qu'aucun jeune ne soit en situation de précarité", mais comme ça ne répond pas à la question, Chabot insiste et finalement, Royal répond qu'elle est contre.

Arrive évidemment la question de la formation, pour laquelle Royal souhaite "que l'on oriente les jeunes vers les besoins de l'entreprise" et "que l'on apprenne très tôt l'esprit du risque et l'esprit d'entreprendre". Les études comme devant être une préparation à l'emploi plutôt qu'un accomplissement personnel, elle passe encore outre la position habituelle du PS. C'est d'ailleurs ce genre de prise de positions qui va lui causer une certaine agressivité chez une enseignante du public habilité à donner des questions : "combien d'heures par semaine pensez-vous qu'un enseignant doit faire dans son établissement ?" Comme disait l'autre, ce sont des histoires de cornecul : "on a déformé mes propos dans le cadre d'une campagne interne", tiens, Dominique, pourquoi tu tousses ? D'ailleurs, les enseignants, elle les aime d'amour sincère, avec elle, ils auront de meilleures conditions de travail, ils seront respectés dans leurs classes et dans la société ... mais elle ne répondra pas précisément à la question posée. Toutefois, elle promet de l'embauche : "lors des cinq années de droite qui s'achèvent, il y a eu 125 000 suppressions d'emploi, je vais les rétablir en cinq ans". Mais elle ne cèdera pas à l'utopie démagogique : "je suis pour la poulitique du réel".

par Schweinnie publié dans : telepoubelle
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Vendredi 16 mars 2007

comme le disait Gravelaine au vent mauvais, je suis venu te dire que je m'en vais

Gromanche 11 Mars :

En plus du Cinq ans avec consacré à Ségolène Royal, d'autres grands évènements ont eu lieu dans les programmes télévisés de ce jour. Sur la présidentielle, mais pas seulement, je ne pouvais pas passer sous silence Le maillon faible spécial années 80. Sachez que c'est Jean Schulteiss qui a gagné, en battant en finale Jean-Pierre Mader, alors que le plateau réunissait aussi Vivien Sauvage, Desireless, Jean Cataldo, Léopold Nord, Cookie Dingler et les deux de Partenaire Particulier. Ça n'a absolument aucun intérêt sur le fond, mais ça devait être signalé.

Arrêt sur images s'intéressait aux sondages. D'abord, quelle importance leur donner, comment sont-ils relayés, quelles sont leurs influences ? Bon, bien sûr, les médias jurent leurs grands dieux qu'ils y vont mollo, qu'ils ne s'y fient pas pleinement (France 2 ne relaie qu'un seul institut et TF1 se refusait de les donner) et qu'ils les relativisent (là, j'avoues que je n'ai pas souvenir d'un sondage donné à la télé avec un rappel des marges d'erreur). Dans ces histoires de marges, pour avoir regardé plusieurs fois sur les sites des instituts de sondage, je ne les ai pas vu rappelées là non plus, donc rejeter la faute sur les médias est un peu facile. En effet, on peut se demander pourquoi les instituts ne justifient pas leur prudence affichée en ne donnant pas un score brut pour chaque candidat mais une fourchette. Parce qu'ils jouent avec cette fourchette pour avoir du sensationnel, du vendeur ? Un directeur d'institut reconnaît toutefois que son institut, en faisant des sondages sur des seconds tours avec Bayrou, a participé à l'ascension de celui-ci en le crédibilisant en vainqueur possible alors qu'il était à 10% de figurer au second tour. Bel aveu. Enfin, Judith Bernard a conclu en affirmant que les sondages ne devraient pas être divulgués par les JT, à cause de leur influence potentielle et de leur base branlante, elle s'étonne de se retrouver du même avis que TF1 sur ce sujet. Ce à quoi Roland Cayrol (qui a un Pass spécial "émissions de France 5") répond : "vous avez complètement raison, d'ailleurs, on voit bien qu'en ne parlant pas des sondages, ça permet de s'intéresser aux programmes, de faire des analyses de fond." Boum ! Dézinguer à la fois une contradictrice (oula, c'est français, ce mot ?) de gauche et TF1, en une antiphrase, c'est une belle performance, qui mérite un coup de chapeau.

Bon, l'évènement du dimanche, c'était quand même le baratin de Chichi (qui, à l'instar des merdes à poil du même nom, est d'une utilité peu évidente et pourtant, coûte un fric fou), suivi par 22 millions de téléspectateurs. D'accord, il n'y avait pas de concurrence, mais quand même, c'est un score très important qui montre un intérêt, sans pour autant que ça témoigne d'une intention de vote, distinguo utile quand on voit que chaque camp s'enorgueillit de bonnes audiences. En plus, Médiamétrie, ça reste quand même un sondage, donc Alain Garrigou est plutôt dubitatif devant ces mesures.

Pour la forme, on remarque qu'il a gardé le fond bleu-blanc-rouge du 31 décembre, pour ne pas dire qu'il a plagié la photo officielle de Giscard d'Estaing en 1974 (non, se référer à Giscard, il ne peut pas oser). Pas de lunettes, pas de problème de son comme pour le CPE, il est à fond la caisse. Il entre après la prise d'antenne, là où d'habitude, il est déjà en place, histoire de faire encore plus important et solennel, sachant que sortir de la pièce après un "au revoir", ça fait surtout les fermetures des Enfants de la télé.

Premières paroles : "c'est avec fierté que je me présente". Là, je me dis "oh putain, le con, il y va, finalement" mais en fait, la phrase n'était pas finie : "c'est avec fierté que je me présente devant vous pour vous parler". Sinon, sans surprise, il annonce qu'il ne se présente pas, même si la situation est bien meilleure qu'avant lui, que le chômage recule, que la France avance et comment veux-tu ... Avant tout, il nous l'a joué "pour toi, public adoré", il nous a crié son amour pour nous et pas seulement : "cette France que j'aime, autant que je vous aime". Il nous a aussi donné des conseils, pour après lui, qu'on devait se garder du libéralisme, des compromis avec les extrémistes et du communautarisme. Trois piques contre Sarkozy, alors, soit il veut le voir se planter, soit il le soutient en le dénigrant (sachant qu'il sent le pâté). A noter qu'il nous a aussi dit de "croire en la France", reprenant là le slogan de Balladur en 1995.

Après ces pelletés de terre, ce sont les réactions, émues et admirantes, Ségolène Royal n'est pas trop critique (bel euphémisme), François Bayrou lui donne un "coup de chapeau" et Nicolas Sarkozy rend aussi hommage à son action (surtout en matière de sécurité, pour ces cinq dernières années). Seul son discordant, celui de Jean-Marie Le Pen, reprenant involontairement les Wampas pour demander à le coller en taule. Enfin, le mot de la fin pour Jean-Pierre Raffarin, égal à lui-même : "il a défendu la laïcité en puisant dans la France fille aînée de l'Eglise".

Lendi 12 Mars :

Un grand éclat de rire en voyant la une du Parisien : une photo de Chirac et marqué en-dessous "la catastrophe". Bon, en fait, le titre consacré à Chirac était au-dessus de la photo, ce titre-là était destiné à la photo d'en-dessous, concernant le PSG. C'est vrai qu'il y a comme un mimétisme entre l'histoire de ce club et la carrière de notre président pour deux mois encore (putain, deux mois).

Ce jour-là, Ségolène Royal tenait un meeting devant des intellectuels divers, c'est-à-dire devant des artistes, des philosophes et des scientifiques, mais ça donne l'impression gênante qu'on a un meeting pour les intelligents et les autres pour les cons. Notons que pour Nicolas Sarkozy, c'est l'inverse, c'est le jour où il se rend devant ses artistes et philosophes qu'il fait face à des cons. Surtout, ça permet à chaque camp de compter ses soutiens de vedettes, ce genre de raout (mais non, pas Raoult).

Ainsi, chez Ségolène Royal, on retrouve Philippe Torreton, Marianne James, Jeanne Moreau, Jean-Pierre Azéma, Gérard Miller, Cali, Philippe Sollers, Diam's, Jamel Debbouze, Pierre Arditi, Bernie Bonvoisin, Elie Semoun et je dois en oublier un paquet, il faut dire que c'est une marque de fabrique du PS. En revanche, si Sarkozy en organisait un pareil, on se marrerait bien, avec Doc Gynéco, Pascal Sevran, André Glucksmann, Johnny Hallyday, Michel Sardou, Christian Clavier, Jean Reno et Steevy Boulay (liste non exhaustive). Chez Bayrou, on aurait plus de mal à fixer un concept, entre l'emballement habituel de François Berléand, la sobriété et la finesse de Patrick Sébastien, le mutisme naturel de Jean-François Kahn, pas facile de savoir quel ton donner à la soirée. Et puis, essayez de faire un kem's avec Vincent Lindon, vous m'en direz des nouvelles ! Et puis, il y a ceux qui peinent à trouver de la star, Brigitte Bardot pour Jean-Marie Le Pen, Roger Hanin pour Marie-George Buffet, Guy Carlier pour Olivier Besancenot ... ça sonne creux. Et puis, au fond, on s'en fout, non ? Oui, c'était du remplissage.

Mordi 13 Mars :

Les signatures sont le moteur de l'actualité de cette semaine, il y a ceux qui espèrent et ceux qui renoncent. Ainsi, Edouard Fillias jette l'éponge. Vous connaissez Edouard Fillias ? Non ? C'est normal, ses voisins non plus. Il était candidat pour Alternative Libérale qui, comme son nom l'indique, veut plus de liberté pour nos entreprises brimées par le pouvoir chiraco-communiste. A peine renonce-t-il qu'il annonce son soutien à François Bayrou. Alors, on peut considérer qu'il y a un rapprochement idéologique, mais on peut aussi se demander dans quel mesure les petits candidats manquant leur candidature ne trouvent pas dans leur renoncement une dernière occasion de se faire mousser. Les ponts entre Corine Lepage et l'UDF sont plus anciens, donc le ralliement est plus crédible. Mais les autres ? Car, avant Miguet et Dupont-Aignan (j'anticipe) et après Chavrier et Lepage, Fillias se rajoute à la liste de petits candidats se rangeant derrière Bayrou là où peu voire aucun ne soutiennent Royal et Sarkozy. En effet, imaginez que Fillias (ou un autre petit) se serait rallié à Royal ou Sarkozy, en aurait-on parlé plus qu'avec un soutien au candidat "à la mode" ? Dans quelle mesure ne profite-t-il pas d'un "effet défouloir" que représente Bayrou dans ce soutien ? La seule question à laquelle on peut répondre reste : quel influence aura ce ralliement de Fillias sur l'élection ? Aucune.

Dans le même temps, devant les demandes pressantes de parrainage, un maire a eu l'idée de le vendre aux enchères, l'argent étant destiné à sa commune et pas à lui. Un peu comme les menaces de couper les vivres fait par certains Conseils Généraux ou Conseils Régionaux, mais à l'envers. Cela a au moins le mérite de poser à nouveau la question du bien fondé de cette procédure de sélection des candidats, comme il y a cinq ans, en fait. Et finalement, comme le disent les Poppies : "non, non, rien n'a changé". Euh, oui, qu'est-ce que je voulais dire, moi ? Ah oui, le parrainage vendu aux enchères ! Finalement, c'est Rachid Nekkaz qui emporte la mise mais qui, sur le plateau de LCI, remettant le chèque à l'édile, déchire immédiatement ce parrainage, s'affirmant ne pas être prêt à tout pour être candidat. Ça fait un bon coup de médiatisation, c'est déjà ça.

Le soir, M6 donne carrément du documentaire historique en prime time. Oui, ils osent. De belles images de cadavres décharnés à 21H30, ça met en appétit, sans parler des exécutions sommaires. Le sujet était Staline, sa vie, son oeuvre. Car oui, on peut ressembler à Peppone, avoir le programme de Bayrou, et le pseudonyme d'un acteur vedette, et être plus ou moins responsable de choses qui ne sont pas très classes. Bon, en fait, il y avait un point négatif à ce documentaire, c'était les doublages, on se serait cru dans La cité de la peur, on aurait dit qu'ils s'éclataient à prendre des voix plus impressionnantes les unes que les autres, sans parler de l'intonation qui n'est pas sans rappeler Le jour et la nuit.

Credi 14 Mars :

Ça y est, Jean-Marie Le Pen a ses 500 signatures, et assez facilement, finalement, par rapport à d'autres. C'était bien la peine de pleurnicher pendant un mois, il n'y avait pas de quoi se plaindre autant. Ah, ces vieux, c'est d'un pénible ! Et je n'ai pas eu de patte de fruit aujourd'hui ! Et je n'ai pas été réveillé de ma sieste pour voir Derrick ! Et je ne retrouve plus mes pantoufles ! Et quelqu'un a pris mon chien empaillé ! Et je n'ai pas mes signatures ! Et je ne trouve plus personne pour le bridge depuis la canicule ! Une seule solution, glisser du polonium dans les brumisateurs.

Parlons encore des sondages, car ça fait mal à la tête, par moment. Déjà, on n'a pas que les sondages d'intention de vote, on en a d'autres plus intéressants encore. Par exemple, IFOP qui fait un sondage ... sur les sondages. Ça, il fallait l'inventer ! On apprend donc que, d'après ce sondage, les Français pensent que les sondages sont bidons. Sauf que, si les sondages sont bidons, celui-ci aussi, donc en fait, les sondages sont fiables. Mais alors, si les sondages sont fiables, celui-ci aussi, donc les sondages se gourent. Et ça peut durer plus longtemps qu'un lapin Duracell ! Plus fort encore, un sondage CSA sur les orientations des vedettes. C'est-à-dire qu'on a demandé à des gens s'ils pensaient que Gérard Klein était de gauche ou de droite. Là, il faudra m'expliquer le cheminement intellectuel de celui qui a inventé un tel baragoui. En tout cas, on apprend que, pour les Français (bon, d'accord, le panel), Zinedine Zidane est de gauche, Florent Pagny aussi, alors que Raymond Domenech est de droite. Les intéressés apprécieront.

Enfin, ceux sur les intentions de vote sont tout aussi utilisables, quand on y regarde de plus près. Par exemple, la semaine dernière, CSA donnait Bayrou au niveau de Royal et Sarkozy alors que les autres instituts confirmaient une progression, mais avec encore de la marge pour les deux premiers. Et là, CSA donne Bayrou à la baisse contre un léger reflux ou une stabilité chez les autres. Ainsi, si on regarde le sondage de CSA, Bayrou est maintenant 6% derrière Royal alors qu'il n'est qu'à 2% selon la SOFRES et, vendredi (oula, j'avance sur le calendrier), il arrive pour la première fois au niveau de Royal. En gros, la semaine dernière CSA le mettait dans une meilleure position que les autres instituts et, cette semaine, c'est l'inverse. Là, je me réfère à une source naziste, expliquant que CSA, BVA et LH2 privilégient le spectaculaire et donc, triturent davantage les résultats, que IPSOS, IFOP et SOFRES, qu'on peut considérer comme plus sûr. Et les faits semblent aller dans le sens de cette thèse, CSA a été le premier institut à annonce la quasi-égalité de Bayrou avec les deux gros, alors qu'il avait encore du retard pour les autres et maintenant, CSA peut afficher, en premier, un reflux alors que les autres sont sur une stabilité globale. Tout ceci en notant que Le Pen est placé entre 12 et 14%, ce qui, au pifomètre intégral, me paraît bien peu, avec bien 5% de moins que la réalité. Bon, on verra le 22 avril, ce sera plus simple.

par Schweinnie publié dans : telepoubelle
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Jeudi 15 mars 2007

ça commence à faire :o

Estelle Denis continue son tour des grands candidats, avec Ségolène Royal, avant la semaine suivante d'en balancer cinq (oui, cinq) en une heure. Elle commence par demander à Royal de réagir sur les sondages la montrant menacée par Bayrou, elle répond que rien n'est fait, que l'électorat est encore volatil (et non volatile, avec un e, c'est un oiseau). Ce qui compte, pour elle, c'est sa performance : "ma responsabilité est de conduire la gauche au premier tour, pour qu'elle soit au second tour et que le 22 avril ne ressemble pas au 21 avril". Vous notez qu'elle parle de sa candidature comme "la gauche", Voynet et Buffet apprécieront. Elle réussit d'entrée à placer un "désirs d'avenir", elle réitèrera cette performance plusieurs fois dans l'émission. Bref, elle n'envisage pas de ne pas être au second tour (ils sont quatre dans ce cas, ça va faire du déçu) : "je ne veux pas que les Français soient privés de ce débat fondamental". La vieille lune du débat nécessaire ressort, quand bien même ceux qui s'en réclament refusent actuellement de faire ce débat. Cette émission la dérange, comme Bayrou et Sarkozy, car elle n'aime pas exposer sa vie privée, mais, comme les deux autres, elle s'y prêtera sans problème (alors que Le Pen a su cacher ses amis noirs et paydays dont il se vante). "Je suis assez pudique, assez discrète, car je pense que les Français veulent entendre parler d'autre chose que de moi-même", "c'est un peu gênant d'avoir le sentiment de s'exhiber, de se mettre en avant", oui, c'est la même qui parle d'elle comme d'une mère ou qui serine qu'elle n'est partie de rien.

Anne-Elisabeth Lemoine arrive pour la partie intime. Trois gonzesses sur le plateau, on nous réinvente Frou-Frou, là. Pour commencer, elle rappelle que, selon FHM, c'est la 6e femme la plus sexy du monde, ce qui la place au niveau de Claire Chazal et Corinne Touzet. Elle signale aussi que Royal se fringue bien mieux qu'il y a vingt ans (évidemment, ça parle chiffons) à son entrée à l'Assemblée Nationale, on revoit aussi le handicapé qui pleure. Elle signale aussi que Royal a aussi un aspect autoritaire dans sa personnalité (envers les journalistes insolents, par exemple) doublé d'un côté "Christine Boutin de gauche" avec sa dénonciation de la violence à la télé, des mangas, du string sur les affiches ...

C'est une femme, Ségolène Royal. Ce n'est pas un scoop, mais Estelle Denis lui demande si elle pense que c'est un handicap ou un avantage, pour elle. Au début, elle concède des difficultés ("aucune erreur n'est pardonnée") avant de la jouer modeste ("c'est un atout aussi car ça incarne une révolution profonde"). Bref, elle conclut que c'est plutôt un atout, ligne qu'elle ne tiendra pas une heure. Elle relance avec les attaques dont elle a été victime mais même pas mal, d'abord ("j'ai beaucoup de distance vis-à-vis de ces attaques, je savais qu'elle viendraient"), d'autant que l'Histoire est avec elle ("ça fait partie de la longue marche des femmes, au cours des siècles", oui, elle parle de sa candidature, là). A la base, c'est plus nuancé que dans la haute ("je me sens poussée par l'opinion publique mais en même temps observée") mais il reste un fond machiste ("un homme aurait eu ce cursus, il n'aurait jamais vu constamment remises en cause ses compétences"). Mais régler ce problème de phallocratie ambiante est primordiale : "je pense que les inégalités hommes-femmes sont au coeur des autres inégalités".

Retour sur sa vie. Ses parents ont eu huit enfants, tous ont "Marie" dans leur prénom, ainsi, son vrai prénom est Marie-Ségolène. Elle a bourlingué au gré des mutations du son militaire de père, née à Dakar, elle vit ensuite à Fort-de-France puis dans les Vosges (ce qui n'est plus le même climat). Son père est autoritaire, machiste, et elle grandit dans ce cadre conservateur. Ainsi, en Mai 68, au lieu d'être sur les barricades, elle était lycéenne à Notre-Dame, à Epinal, avec une prière à faire avant les cours. Mais de là, elle en est sorti : "j'ai voulu refuser un destin tracé d'avance : pas d'études supérieures, rester à la maison, avoir des enfants". Pour cela, un moyen : "j'ai compris très tôt que c'était par l'école que je pouvais m'en émanciper". Mais ça n'est pas un problème, au fond, ça tanne le cuir : "c'est bien d'avoir eu des obstacles à franchir". Puis, ce fut Sciences-Po, puis l'ENA, sans vraiment savoir où aller. A l'ENA, elle se sent hors cadre, pas dans son monde, elle, la pauvre provinciale modeste, au milieu de ces bourgeois parisiens de grande famille, ainsi donc, son statut d'élève moyenne n'en est que plus méritoire. A l'ENA, elle côtoie dans sa promo François Hollande (de là, le début d'une grande histoire d'amour) et Dominique de Villepin (dont elle ne souvient pas).

Arrive la question de la maternité. Elle s'était fait prendre en photo à la maternité quand elle avait accouchée alors qu'elle était ministre, ce qu'elle ne regrette pas. Elle a eu quatre enfants, et c'est tant mieux ("faire une famille nombreuse, ça protégeait les enfants"), si elle n'a pas pris de congé maternité à l'époque, elle considère l'avoir quand même fait à sa manière. Les grands-parents se sont occupés en partie des enfants, vu le travail des parents, une "solidarité de proximité" qu'elle juge saine. Et là, elle rebondit sur la partie famille de son pacte présidentiel. Pour cela, l'aide doit être apportée aux familles dont les parents travaillent, pour ne pas livrés les enfants à eux-mêmes : "je veux que les enfants ne soient jamais seuls quand ils rentrent de l'école". Il faut "éviter que les enfants se scotchent devant la télévision ou l'ordinateur pour rompre cette solitude". Aïe, cette phrase peut paraître "mère la pudeur", mais elle sait bien relancer : "quand on aime beaucoup et qu'on le dit à ses enfants, ils sont armés pour la vie". Là, encore, comme pour la phallocratie, c'est un problème essentiel : "si la France est en déclin, c'est parce qu'une partie de la jeunesse est sacrifiée". Interrogée sur le pourquoi de son amour pour Hollande, elle se plaint que cette question est indiscrète et répond globalement que c'est pour son humour, son caractère et sa "pétillance".

Sur la question d'élire éventuellement une femme, elle se lance dans une tirade assez velue : "c'est assez exceptionnel comme situation, qu'une femme puisse remplir les conditions d'expérience politique, à un moment donné, d'évolution et de maturité d'une société, qui peut accepter que l'incarnation du Président de la République soit une femme. Je sais que c'est une évolution profonde, une mutation". L'arrivée d'une femme au sommet serait un bouleversement qui serait salutaire : "il est temps de voir les choses autrement, de penser la vie autrement, de remettre de l'ordre juste, de faire du gagnant-gagnant, de faire des compromis".

On parle alors de son passé de ministre du gouvernement Bérégovoy, à l'Environnement. Proche de Mitterrand, elle dit avoir appris sa "volonté politique" et se dit visionnaire sur l'importance de l'environnement dans les décennies suivantes. Elle salue aussi sa promotion par Mitterrand, et annonce qu'elle fera de même : "à chaque époque, il faut favoriser l'émergence d'une nouvelle génération". Cela dit, Mitterrand et ses quarante ans au sommet, comme modèle de renouvellement de génération, on fait mieux.

On passe aux témoignages. Celui qui aime, Xavier Matharan, membre de son cabinet au gouvernement Bérégovoy, qui témoigne de sa volonté farouche, qu'elle ne lâche rien, et sur le plateau, elle approuve : "rien n'est impossible, dès lors qu'on est animé de valeurs solides". Matharan raconte aussi qu'elle peut prendre une idée d'un autres et dire que c'est la sienne, la voler, en fait. Ainsi, selon lui, elle aurait eu vent qu'un ministre voulait s'amener au Conseil des Ministres en voiture électrique et elle a tout fait pour concrétiser cette idée avant lui, afin que pour le grand public, ce soit son idée. Sur le plateau, elle précise que ça n'avait pas pu se faire à cause du scepticisme de Bérégovoy, qui considérait la voiture électrique comme un gadget, alors que elle, elle avait compris que cette voiture avait de l'avenir. Les témoignages de ceux qui n'aiment pas, Elisabeth Morin, son adversaire de Poitou-Charentes : "c'est une guerrière, c'est une femme qui aime la violence et qui aime l'affrontement". On a aussi Françoise de Panafieu qui témoigne : "elle n'accepte pas les critiques, quelles qu'elles soient". Pourtant, Royal se veut amour et tolérance : "je ne déteste personne mais je marque mes oppositions de valeurs". Elle se vante aussi de ne pas succomber à l'hypocrisie qui consiste à se donner de grosses bourrades dans le dos hors caméras et se mordre sur les plateaux. La preuve qu'elle respecte les autres, c'est que si elle est élu, le Président de la Comission des Finances fera partie de l'opposition, ce qui est une erreur grave, synonyme de retour à la IVe République, qui fera le jeu des extrêmes, tout ça.

Le suivi dans la campagne, c'est un vrai tour des villes, sur un rythme effréné. Pour commencer, un grand meeting à Dijon, elle rejette l'équipe de M6 hors de sa loge pour être tranquille avant de monter sur scène, alors, pour meubler, ils interrogent Thomas Hollande, membre de l'organisation. Dans la salle, il y a du monde (selon Rebsamen, "on n'a plus vu ça depuis Mitterrand en 1981") et de l'ambiance (la salle scande "Ségolène" entre la première partie et l'arrivée de la star). Le lendemain, ça démarre avec un discours sans note, en extérieur, à Anglet, elle doit ensuite poser pour des photos, elle veut le faire sur un bateau mais le quai est vide. Contrariété vite oubliée puisque trois heures plus tard, on la retrouve à Mourenx, pour un autre discours, dans lequel elle chauffe le public comme Jean-Patrick Salut :
"Est-ce que Mourenx Va bien ?"
"Ouaiiiiiiis !"
"Est-ce que Mourenx veut cette France neuve ?"
"Ouaiiiiiiis !"
"Est-ce que Mourenx veut une France forte ?"
"Ouaiiiiiiis !"
"Est-ce que Mourenx me voit élue ?"
"Attention, le gendarme !"
Le soir, elle est cette fois à Pau (sans savoir si elle a pris les fameuses couchettes de jour) pour un meeting dans lequel elle donne encore du "public chéri, mon amour" : "seule, je ne peux rien, mais avec vous, tout devient possible". Bigre, mais c'est le slogan de Sarkozy, ça ! Le lendemain, elle se rend à Auch pour une visite d'un marché, elle est bien accueillie, mais est interpellée à la fin par un partisan de José Bové et par un militant d'Action contre le chômage. Faute de temps, elle répond au premier mais envoie chier le deuxième qui se fait éjecter par le service d'ordre. Le soir, on la retrouve à Mont-de-Marsan, pour encore un meeting et encore un amour de l'assistance : "portez moi jusqu'au 22 avril, c'est grâce à vous que je suis forte". Bref, il va falloir la faire pisser dans un flacon, car un rythme pareil, ça n'est pas humain.

On parle alors de poulitique, avec le sondage sur les qualités et défauts, comme chaque semaine. Elle est donnée à 50-50 sur la question de la compétence et 35-65 pour la stature présidentielle, mauvais chiffres qu'elle attribue à sa condition de femme et au fait qu'elle n'ait pas été assez soutenue par les pontes socialistes après la primaire. Entre Bernard de la Vilardière pour les questions techniques. Elle dénonce l'amalgame fait par Sarkozy sur le Ministère de l'Immigration et de l'Identité Nationale, elle dénonce aussi l'amalgame entre les étrangers en situation régulière ("qui sont ici chez eux") et ceux en situation irrégulière ("immigration contre laquelle nous devons lutter"). Elle dit qu'il faut revoir l'aide au développement, s'assurer que les fonds ne vont pas à des pouvoirs corrompus mais bien à ceux qui en ont besoin. Quant aux régularisations de sans-papiers, ce sera du cas par cas, pas du massif. Elle veut aussi assouplir les 35 heures par le dialogue social, elle veut changer les rapports dans le pays, donner un respect mutuel entre les syndicats des salariés et le patronat. Sur la question des mineurs délinquants, les rappels à l'ordre doivent être donnés, mais l'objectif est de ne pas en mettre en prison, car c'est une fabrique à récidiviste. Bernard de la Vilardière lui demande si l'armée est un bon cadre pour eux, ce à quoi elle répond : "tous les mineurs qui ont été en prison sont en échec scolaire, ils ont 400 mots de vocabulaire". Dans ce cas, c'est sûr, l'armée est bienvenue, ils doivent pouvoir se comprendre facilement, avec les militaires.

Enfin, le questionnaire personnel sans intérêt. Elle n'a jamais fumé de pétard, Hollande aime bien ses yeux chez elle, elle ne peut pas résister à un bon massage. Que du primordial ! Enfin, son héros, c'est Jeanne d'Arc, "une femme qui a eu le courage d'endosser les habits d'un homme".

par Schweinnie publié dans : telepoubelle
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Mercredi 14 mars 2007

mais non, ça n'est pas une partie de Pyramide

Dredi 9 Mars :

Le dredi, c'est En deux mots, l'analyse du verbe des candidats, sur France 5. Pour cette semaine, Nicolas Sarkozy vient remuer ses petits bras secs et Marie-George Buffet vient jouer de son 45 tours.

D'abord, Sarkozy, qui n'hésite pas, en meeting, à citer ce grand penseur qu'est Johnny Hallyday, avec "l'envie d'avoir envie" car Sarkozy, ce qu'il répète, c'est qu'il veut rendre le moral aux Français. Pour le décor de ses meeting, on note une ressemblance surprenante avec Mitterrand : même costume, une table, un pupitre, la même lumière et le même fond vert imitation jardin. En revanche, le discours est, lui, celui de la droite traditionnelle : le travail, le mérite, la récompense. Cela dit, contrairement à d'autres, il s'assume comme de droite. Pour la forme du discours, pas de chichi (rien à voir avec les animaux fiers et beaux), il utilise rarement les métaphores (et quand il le fait, ça n'est pas heureux, comme avec le Kärcher), il parle avec les termes des gens de la rue, il n'est pas un intellectuel et n'essaie pas de se faire passer comme tel.

Contrairement à Le Pen qui théorise beaucoup, Sarkozy, lui, il parle de son travail concret, il raconte la vie de tous les jours. Très visible, il a deux tics de tête : il la rentre dans le torse (comme une tortue) pour changer d'idée et l'incline brutalement sur le côté pour appuyer une thèse. Maintenant, à chaque fois qu'on va le voir parler, on va y penser, c'est malin. Sur scène, il fait des gestes vifs et contenus, comme pour dire qu'il peut beaucoup mais qu'on le bride. Après, ça peut donner espoir ou faire peur, un peu comme son discours.

Comme l'insécurité, c'est un peu faible pour faire campagne, il faut autre chose. Un tiers d'impôt en moins, ça ne peut pas marcher deux fois, alors il préfère se maintenir dans le même cadre et élargir de l'insécurité à l'autorité. Il parle aux couches intermédiaires (le fameux vocabulaire de la France qui se lève tôt), cherche à les séduire, ces voix qui avait manquées à Jospin en 2002. En France, on n'aime pas le libéralisme, alors faire passer un discours libéral, c'est plus balèze qu'un poussin. Pour cela, Sarkozy part de la vie quotidienne pour camoufler sa vision économique en du bon sens bien de chez nous. De là, vient le droit aux salariés de travailler plus pour gagner plus, sans bien sûr rappeler que ces heures supplémentaires, ça dépend aussi quand même du patron, qui n'est pas mentionné quand il se lance là-dessus. De même pour son discours sur la croissance, il part du trivial pour poser un argument peu évident : on peut donner plus sans prendre plus, c'est une histoire de gâteau à partager, mieux vaut maintenir les parts et grossir le gâteau qu'augmenter la grosseur des parts en diminuant le gâteau.

Sarkozy, c'est aussi de grosses contradictions. Par exemple, il dit que l'immigration est un sujet tabou qu'il est le seul, là, maintenant, tout de suite, à aborder, qu'il n'y pas de loi sur ce sujet ... alors qu'il en a fait lui-même. De plus, l'immigration est débattue depuis trente ans, ce qui rend faible le tabou. Même ordre d'idée, son refus de l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne, justifiée par le fait que la Turquie n'est pas en Europe, malgré la Thrace et sa place dans l'Histoire de l'Europe. Comme il s'agit pour lui de faire élire une personne, il utilise à fond le "je", il personnifie fortement le discours, ce n'est pas l'UMP pour qui on doit voter, mais Sarkozy. Enfin, il veut faire la rupture, mais c'est encore une thématique qui laisse les Français dubitatifs. La rupture est en effet perçue comme un risque de perte de nos protections, alors, pour la faire passer, il extrapole sa rupture comme une rupture avec tout ce qui ne va pas actuellement.

Deuxième discours analysé, celui de Marie-George "red is dead" Buffet. Elle est communiste, alors elle montre son militantisme chez les pauvres, la distribution des tracts mais, comme c'est la patronne et pas un cégétiste à béret, elle est plus respectée par les gens, c'est à elle qu'on vient prendre le tract, alors que l'autre qui l'accompagne, tout le monde s'en fout. Elle appartient à la génération d'avant, de l'ancienne politique, sans le besoin de faire de la communication ou de soigner ses passages télés. Buffet peine à définir vraiment le communisme, maintenant que le "grand frère" soviétique n'existe plus, alors elle en donne une définition très vague avec une accumulation de valeurs qui peut tout aussi bien correspondre au ... catholicisme. Un comble. Il y a tout de même une grosse évolution dans le fonctionnement du parti, c'est la fin du centralisme de l'appareil. Désormais, il y a une base qui peut parler, une opposition, des débats.

C'est donc laborieux dans le discours théorique, mais ça devient crédible lorsqu'une cible personnalisée et caricaturale (de préférence, Laurence Parisot, mais n'importe quel autre patron peut faire l'affaire) est identifiée. Elle se place ainsi dans le "nous contre les autres", avec les patrons dans le rôle des autres. Buffet tient aussi un discours de lutte contre la fatalité de la mondialisation, ce n'est pas par parce que c'est comme ça que ça doit toujours durer. Son idée première, c'est la redistribution des richesses, la question de leur production, on verra ça plus tard, c'est moins important. En fait, Buffet tient un discours semblable à celui de Mitterrand en 1981, celui de la rupture avec le capitalisme et des nationalisations massives. Elle joue aussi grandement sur la défense du service public, thème cher aux électeurs. Alors que le PC était répressif contre l'immigration dans les années 1970, il tient maintenant un discours inverse, on veut régulariser les sans-papiers et donner aux étrangers le droit de vote aux élections locales, voilà la nouvelle position des cocos. Le PC subit désormais une concurrence féroce à l'extrême-gauche, mais il distingue des trotskistes par une meilleure force de propositions, elle est ainsi l'extrême-gauche réaliste, de gouvernement. Enfin, si le PC est maintenant faible politiquement, il reste actif culturellement.

Sadi 10 Mars :

Les signatures, on est en plein dedans, et Jean-Jacques Aillagon réussit à rappeler à tout le monde son existence et à passer à nouveau à la télé. Pour cela, il propose d'offrir son parrainage à un candidat en galère tiré au sort. Et le vainqueur est ... Olivier Besancenot. Comme quoi, les intermittents du spectacle politique, il les préfère à ceux de la culture.

Les étrangers aussi connaissent les élections, c'est fou, bientôt, on apprendra qu'ils ont l'eau potable. Par exemple, l'Irlande du Nord, pour ce week-end. Hélas, ils font un bien mauvais choix, avec une coalition entre les unionistes et le Sinn Fein. Vraiment, c'est une idée à la con, pas réaliste une seconde, les Nord-Irlandais ont besoin d'un vrai choix à faire, de ne pas être privé d'un grand débat. Et puis, on fait une coalition, et après ? Qui il reste dans l'opposition ? Les extrêmes, et c'est ça qu'on veut pour nous enfants ? Allons bon !

Artistes engagés, il n'y a pas que Doc Gynéco et Pascal Sevran, il y en a aussi des talentueux. Mais aussi d'autres qui ne le sont pas. Par exemple, Philippe Torreton, invité chez +Clair pour parler du téléfilm d'adaptation de Maupassant dans lequel il joue, n'a pas pu s'empêcher de parler de sa vision des choses et, attention, ça fait mal. Bon, on peut quand même reconnaître que ça s'améliore, dans sa tête, il ne se prend plus pour Jaurès comme en 2005 après l'avoir joué dans un téléfilm, soyons honnête. Et quitte à être honnête, reconnaissons aussi qu'il ne peut pas être plus risible que dans Les rois maudits version Josée Dayan, avec un costume par personne, des filtres hideux dans tous les sens, des jeux d'acteurs grandiloquents et des décors dignes de Harry Potter. Sans parler du tournage qui, au lieu de se faire en France, a été fait dans un pays de l'Est (du calme, le Chuiche, c'est une expression), pour ne pas dire délocalisé pour question de rentabilité. Mais bon, restons sur l'engagement personnel de Torreton.

 
Il commence par clamer que le service public doit diffuser des oeuvres culturelles (je ne sais pas s'il y compte la série déjà évoquée), que le contenu doit passer avant l'audience car c'est un service public, et toutes ces sortes de choses (que je pense aussi, d'ailleurs). Dauchez s'esbaudit alors : "mais c'est un discours intéressant, pourquoi les Ministres de la Culture ne le tiennent pas ?" Il y avait le pluriel, mais il n'a pas pris garde et maugrée "parce qu'il appartient au mauvais gouvernement". Dauchez relance alors : "mais il y a eu des ministres de droite et de gauche, et ils n'ont jamais tenu ce discours ?" Et là, première séance de rameur. Puis, l'interview passe, et maintenant, le voilà qui dénonce les liens personnels unissant Martin Bouygues et Nicolas Sarkozy, discours qui n'est pas attaquable en soi, mais encore, il en fait trop et ça lui revient dans la gueule. En effet, Dauchez lui dit qu'il tient le même discours que Bayrou, ce à quoi il répond : "oui, Bayrou, il dénonce ça aussi, il a raison, mais quand il est venu sur TF1, il n'en a pas parlé, il n'a rien fait et ça, c'est caractéristique du centrisme". Dauchez le reprend aussitôt, en lui objectant que Ségolène Royal, sa chouchoute, n'a pas plus dénoncé ces liens sur le plateau de J'ai une question à vous poser. Deuxième séance de rameur pour Torreton. Allez, c'est bien, ça fait les pectoraux.

Enfin, les Victoires de la Musique, l'occasion de voir des artistes jouer et chanter pour de vrai en prime time, c'est quand même ce qui est intéressant dans l'émission, bien plus que les distributions de trophée. Jack Lang était dans la salle, bien sûr. En revanche, il y a une coutume depuis quelques années qui nuit au charme de cette cérémonie. Avant, les intermittents du spectacle étaient représentés par un individu mal rasé, inconnu au bataillon, qui parvient sur scène essoufflé d'avoir franchi plusieurs barrages et surtout, à un moment complètement imprévu. Alors que maintenant, c'est devenu un passage obligé, institutionnalisé, prévu dans le programme. La nouveauté cette année, c'est que le Ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, a ensuite pris le micro pour répondre, il a vasouillé quelques banalités et s'est fait siffler, de toute façon, si ça se trouve, dans deux mois, il n'est plus là. Autre nouveauté pour cette année, bien meilleure, celle-là, à chaque discours de vainqueur, l'orchestre se met à jouer au bout d'une minute, pour qu'il se taise et laisse l'émission continuer dans les temps. Agnès Jaoui, ainsi sanctionnée, s'est plaint d'un manque de respect dans ce dispositif pour les artistes mais Nagui a alors rétorqué que déborder est aussi un manque de respect, pour ceux qui doivent passer après. Agnès Jaoui a, en plus, dû subir l'intervention d'un intrus, car il y en a quand même eu un. En effet, pendant qu'elle chantait (et donc, que dans le public, on regardait sa montre, on baillait, on discutait ou encore, on explorait une cavité nasale, de préférence la sienne), un individu a jailli des coulisses pour prendre le micro et dire qu'on pouvait guérir du cancer avec les plantes. Il a été vite sorti, mais pour punir le service d'ordre négligeant, on a eu double ration d'Agnès Jaoui qui chante.

par Schweinnie publié dans : telepoubelle
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