Lundi 12 mars 2007

Coupable ! En taule !

Bon, tous les tocards sont passés, on peut enfin rester entre grandes personnes, et recevoir dans la grande émission de France 2 les deux candidats qui comptent et pour commencer, qu'est-né cé qui gringue ? Ma, c'est Sarko superstar ! Youpi !

Arlette Chabot commence par feuilleter l'album de photos avec lui, qui fait mine de ne pas y toucher ("je ne crois pas que ce soit un élément important de l'élection présidentielle") mais qui en fera des caisses, comme à son habitude, à commencer par le désormais traditionnel pour un candidat "rien ne m'a été donné dans la vie". Interrogé sur l'éventuel soutien de Jacques Chirac, il se montre très respectueux (mais il aura beau essayer de chasser le naturel en charter, il reviendra assez vite au galop dans l'émission) : "quelqu'un qui a été douze ans Président et deux fois Premier Ministre, si jamais par extraordinaire il disait que, parmi les candidats, je suis le plus à même à remplir la fonction, ça aura une signification". On lui montre la photo déjà montrée à Bayrou, celle où ils rigolent ensemble dans le gouvernement Balladur, et Nicolas ne veut pas polémiquer ("François Bayrou, c'est quelqu'un que j'apprécie"), mais alors, vraiment pas ("c'est quelqu'un que je respecte"), c'est normal, il est amour. Mais bon, quand même, il dénonce les coalitions à l'italienne car "celui qui dit non est toujours plus fort que celui qui dit oui" (et lui, il ne va pas dans un gouvernement en n'étant pas d'accord, on le voit tous depuis cinq ans). Il se dit "ami" avec Bayrou, ce que ce dernier ne disait pas du tout, au contraire, il est trop affectif, ce Nicolas, ça le perdra. Alors, bien sûr, en ce moment, il est à la mode dans les dîners mondains, ce Bayrou, mais qu'importe, ce qui compte, ce sont les gens, ceux que Nicolas chérit : "ce n'est pas les sondages qui vont faire l'élection, mais les Français". Quant au mauvais coton que Bayrou file à draguer ces gauchistes mal peignés, Nicolas le met en garde, mais gentiment, dans sa nature : "jusqu'ici, François Bayrou a été élu par les voix du centre et de la droite. Il faudra qu'il nous explique pourquoi, depuis 20 ans, il a fait toute sa carrière à droite ... S'il est maintenant de gauche, il faudra qu'il le dise à ses électeurs".

On revoit ensuite le débat furtif entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy à l'occasion des législatives de 1993 et ce qui peut être le seul débat entre les deux, pour peu qu'un individu à grandes oreilles ou avec un oeil en moins s'invite au second tour (oui, ils nous parlent de vrai choix à faire par les Français, mais ils refusent de débattre avant l'entre-deux tours, allez comprendre). Dans ce fameux débat, Royal dit qu'il faut laisser un peu d'espace à la gauche parce que la droite a toutes les régions métropolitaines sauf deux (tiens, tiens), s'emporte violemment contre Sarkozy ("ce que vous dites est totalement à côté des clous") et enfin, termine par une phrase à la construction novatrice : "ce n'est pas parce qu'on est dans l'opposition que nous reconstruirons". Fin du magnéto, Arlette Chabot sollicite une réaction ("elle n'est pas facile") et Sarkozy répond avec beaucoup de classe : "vous voulez dire qu'elle n'a pas changé ?" Il poursuit en défendant sa conception de la fonction présidentielle, non sans allusion fine : "un Président, ça n'est pas quelqu'un qui vient dire à la télé «mes pauvres» et qui prend la main, et quand ça va mal, qui tapote sur la main". Bon, c'était peut-être destiné à Royal, mais ça vise quand même bien Chirac aussi. De toute façon, le pathos, Nicolas ne donne pas dedans : "ne le répétez pas trop fort, mais j'ai un coeur, il bat à gauche, il bat aussi vite que les autres, mais je suis pudique et je n'expose pas mes douleurs". C'est vrai que Nicolas n'est pas du genre à jouer du violon comme Royal ou à y finir comme Chirac.

Bon, les amabilités d'usage, c'est bien gentil, mais il est tend d'attaquer le programme. Et là, fini les lamentos, les mots doux et toutes ces chiacayades, on part plein pot : "je veux créer un Ministère de l'Immigration Nationale et de l'Identité Nationale". Tout de suite, ça donne envie. Surtout les deux ensembles, ça fait un bel attelage, garanti sans amalgame et sans doigt pointé vers les autres. Le problème de l'identité française, ben c'est les étrangers, donc on va mettre tout ça dans le même ministère. Mais il y a d'autres propositions phares, comme la possibilité de travailler plus pour gagner plus, avec ce grand classique de la rhétorique sarkozienne qui l'usage de questions : "à quoi ça sert, les RTT, quand on n'a pas de quoi payer des vacances à ses enfants ?" Une autre envie clamée : "je veux faciliter l'accès à la propriété de son appartement". Comme le PS, il en appelle à un vrai second tour ("il faut que les Français tranchent, on n'a pas pu trancher en 2002"), dirait-il par là que s'il se trouvait au second tour contre Le Pen, on n'aurait pas de vrai choix ? Il lance encore une pique à Chirac, c'est plus fort que lui, il ne peut pas s'en empêcher : "la République se remplit de nominations impartiales, je veux arrêter les nominations de complaisance". Debré appréciera. Enfin, il veut changer la façon de faire sur un autre point : "je souhaite que le Parlement ait plus de pouvoirs".

Comme sur TF1 et France 3, il y a un panel d'intervenants de la vraie France, des vrais personnes, avec de vrais problèmes (pas nous, donc), débute ainsi un débat de macroéconomie entre Nicolas Sarkozy, candidat à la présidentielle, président de l'UMP, ancien Ministre du Budget, ancien Ministre de l'Economie, et Paulo Teixeira, chômeur (mais on peut l'appeler Paulo, comme Nicolas le fait, d'ailleurs, comme il appelle les gens par leur prénom, je fais pareil avec lui). Le problème, voyez vous, Paulo, c'est que ça va mal : "depuis 2 ans, nous avons un point de croissance en moins que les autres". Bon, on se demande qui est le président du parti au pouvoir depuis 2 ans, ce nullos qui nous enlève de la croissance mais Nicolas est chou, il ne balance pas. D'ailleurs, le problème remonte à avant : "depuis que nous avons fait les 35 heures, il n'y a pas un seul pays qui a suivi". D'abord, diminuer les postes dans la fonction publique, il le faut : "20 000 douaniers. Effectif constant depuis 1980. Sauf qu'entre-temps, les frontières ont disparu". Pas toutes, il reste les ports et les aéroports, mais on ne va pas chicaner, d'autant que Nicolas n'a rien contre les fonctionnaires : "je n'aime pas la façon dont on parle des fonctionnaires dans ce pays, mais". C'est marrant, on le voit venir gros comme une maison, ce mais, avec le biscuit qui va bien, suppression massive de postes. Et tout ça, c'est du patriotisme, Paulo : "j'aime la France et qu'est-ce que je veux pour mon pays ? Qu'on y crée des richesses". Il fait alors encore son discours sur ceux qui se lèvent tôt, par oppositions aux assistés et caricature quelque peu (mais alors, vraiment pas beaucoup, un chouia) la concurrence : "Madame Royal dit «c'est scandaleux, il y a des entreprises qui font des bénéfices»". Alors, faisons ce qu'il nous dit : "on fait quoi ? On continue de faire la fortune de la Belgique, de Monaco, de la Suisse ?" Johnny Hallyday a le tiercé dans l'ordre.

On continue à parler économie, c'est le grand thème de toute la première heure, et c'est plus compliqué que courser les brigands, comme thèse à défendre. Dans ses soutiens bien placés, figure la présidente d'Areva, Anne Lauvergeon, pourtant étiquetée à gauche (preuve que le nucléaire, ce n'est pas sûr, il y a des choses qui ne correspondent pas à la nomenclature), mais ça n'est pas un problème pour Nicolas : "Anne Lauvergeon a été la collaboratrice de François Mitterrand, ça n'est pas une raison pour qu'elle ne soit pas ma ministre un jour, ça n'est pas ma conception de la politique". Bon, déjà, on peut enculer une mouche sur le "ma ministre", puisqu'on est avant tout ministre d'un gouvernement et le chef du gouvernement, c'est le Premier Ministre. En plus, Nicolas, il peut travailler avec des gens de gauche, ça n'est pas un problème, alors que si c'est Bayrou, là, ça fait monter le FN et c'est la IVe République. De toute façon, les 35 heures, c'est une aberration : "comment on va aider les Français à augmenter leur pouvoir d'achat en leur disant de travailler moins ?" Non seulement, c'est mauvais pour les Français, mais en plus, ça coûte bonbon : "nous payons 17 milliards par an pour empêcher les gens de travailler". Car au fond, ce qu'on veut tous, c'est trimer, et Nicolas va nous y aider : "je veux une société qui récompense le travail, le mérite, la récompense". Oui, il est le candidat qui veut récompenser la récompense ! Plus techniquement, il demande aussi la fusion de l'ANPE et de l'UNEDIC et s'inspirer de l'Angleterre de Blair pour la suppression des allocations quand on a refusé trois offres valables.

Nicolas, c'est aussi du bon sens : "pourquoi j'ai décidé de donner les allocations familiales dès le premier enfant ? Parce que pour avoir un deuxième enfant, il faut en avoir un premier". Sur l'assurance maladie, il a une autre idée : "je propose de créer une franchise, de quelques euros". Chabot demande du détail : "combien ?" Réponse limpide : "il faut en débattre". Entre alors le journaliste pour l'interview spéciale, comme pour les autres, mais ils n'ont jamais le même. Le Pen avait eu Alain Duhamel, Bayrou était confronté à Gilles Leclerc, eh bien pour Nicolas, ce sera Eric Le Boucher (rien à voir avec Cubiller), pour encore parler d'économie. Evidemment, l'actualité, c'est Airbus et Nicolas est ferme dans son flottement : "toutes les personnes sérieuses disent qu'il faut un plan. Est-ce que ce plan est Power8 ? Je n'en suis pas sûr". Il précise aussi sa pensée globale sur l'économie : "moi, je suis libéral, mais ça ne veut pas dire que l'Etat doit regarder passer les trains". Il défend aussi la fusion GDF-Suez et se pose en sauveur d'Alstom, de la privatisation, de la participation de l'Etat, ça dépend, il faut voir, tel est son nouveau credo.

Et après cet intermède, le face-à-face avec les vrais Français (dont nous ne faisons pas partie) reprend, toujours sur l'économie, avec cette fois la question de l'euro : "je n'accepte plus l'utilisation de l'euro dans notre pays". Alors, pour un européiste convaincu comme lui, ce genre de sorties, ça la fout mal, donc il explique : "j'ai voté pour l'euro, mais on n'a pas fait la deuxième monnaie de monde pour ne pas s'en servir". Après avoir montré qu'on avait trop de douaniers et qu'il fallait sabrer dans la fonction publique là où c'est nécessaire, il peaufine : "je ne souhaite pas réduire le nombre de fonctionnaires". Et le virage se poursuit, avec maintenant une déclaration d'amour pour une corporation trop décriée : "je respecte les enseignants, qui font un boulot remarquable, et qui n'ont pas la considération qu'ils méritent, mais combien ont leurs enfants en ZEP ?" Ah, oui, forcément, il y a un mais et une question pernicieuse. En gros, on doit comprendre que les enseignants aiment leurs élèves, mais préfèrent leurs gosses et qu'ils n'hésitent pas à faire l'inverse de ce qu'ils prônent pour leurs protégés. Là encore, Nicolas sait : "je souhaite qu'on revienne aux fondamentaux de l'école de Jules Ferry". Non, pas l'école de Luc Ferry, quand on était obligé d'envoyer le Ministre de l'Intérieur négocier avec les professeurs car le Ministre de l'Education était trop détesté. Celle de Jules, avec les barbiches, les blouses noires et l'amour de la France.

On change (enfin) de sujet avec les banlieues, histoire de remettre Nicolas dans son élément. Et là, un coup de bâton : "la première chose, c'est qu'il faut débarrasser les quartiers des trafics et des trafiquants". Avant, c'étaient des couilles molles, ça changer, qu'on se le dise : "nous avons été trop permissifs avec ceux qui n'ont pas respecté leurs voisins". Il pointe du doigt un autre problème, l'accent mis sur les immeubles plutôt que sur les habitants : "nous nous sommes trop occupés des bâtiments et pas assez des gens". Et pour les gens, un coup de bâton : "la France est un vieux pays, où ils ont tous les droits, mais aussi tous les devoirs". A ce moment, il entame une autre figure adorée, l'exemple frappant. Ici, il parle d'une prof poignardée par un élève de troisième âgé de 19 ans : "voulez-vous me dire ce que fait un élève de 19 ans en troisième ?" Une question à réponse évidente, toujours. Arlette Chabot lui demande alors quand est-ce qu'il va aller encore en banlieue, histoire qu'on prépare les cocktails Molotov, il dit qu'il peut s'y rendre sans problème, mais que là, tout de suite, il n'a pas le temps, mais plus tard, peut-être. Enfin, il n'oublie pas un clin d'oeil aux fans de Jean-Pierre Raffarin : "je suis pour l'ordre et pour le mouvement". Résumé de sa politique de sécurité : "je privilégie la victime au délinquant".

Enfin, un débat contre un ancien candidat retiré, Nicolas Hulot. Et voyant entrer cette personnalité aimée, le public s'exclame : chouette ! Hulot ! (cette blague n'est pas de moi mais je ne donnerai pas son auteur, il vit à Alençon, c'est un châtiment suffisant) Nicolas balance sur Ségolène Royal qui veut réduire la production d'énergie par le nucléaire, en disant que cela va entraîner une augmentation de la production par charbon, qui est le plus polluant. Il joue encore la carte du bon sens bien de chez nous en prenant à partie une personne du public : "madame, elle habite dans le Finistère, on ne peut pas lui demander de compter sur les transports en commun". Les habitants de ce département apprécieront de se voir qualifier de ploucs qui ne connaissent ni le train ni le bus. Et monsieur le libéral, quand il veut sauver la planète, il a sa solution, à savoir, un coup de bâton : "les Suisses et les Allemands ont interdit le transit routier sur leur territoire, et on se tape tous les camions ! Alors, je demande qu'on taxe le fret routier". C'est bête, il aurait aussi pu demander une incitation à utiliser le fluvial ou le ferroviaire, pour ne pas nuire à la compétitivité de nos entreprises mais, dans une séance de table tournante, Jaurès et Blum lui ont dit de taxer, alors il taxe. Cela dit, l'écologie, ça fait bien entre bayrouistes la bouche pleine de caviar dans les vernissages, mais pour en faire, il faut que l'économie marche : "c'est bien beau, de dire que la croissance ne fait pas tout, mais comment on paye les incinérateurs ?"

A noter aussi ce dialogue assez incroyable, on croirait qu'ils parlent de la loi Sarkozy sur le racolage passif et la lutte contre la prostitution, mais non, il s'agit bien de diversité animale.
Hulot : "La morue a disparu de Terre-Neuve."
Sarkozy : "Et le maquereau ? Et le hareng ?"
Nicolas n'oublie pas aussi de flatter deux catégories qui ont le bon goût de voter à droite : "concernant les agriculteurs et les chasseurs, j'en ai assez qu'on les prenne pour des ennemis". Avant de clore la soirée, Arlette Chabot fait la promotion du livre de Catherine Nay, hagiographie de Nicolas. Comme Le Pen et Bayrou avant lui, il doit aussi signer ses engagements à la palette graphique récupérée dans l'ancien bureau de Bernard Chenez, mais il a du mal à utiliser l'engin. La chose fait, il se demande que faire du stylet ("je ne le garde pas ?") mais se fait casser par Arlette Chabot ("non, vous ne saurez pas vous en servir"). Enfin, avant de rendre l'antenne, elle donne à ce grand supporter du PSG le résultat du match contre Benfica en ces termes : "le PSG a gagné, ce n'est pas toujours le cas".

par Schweinnie publié dans : telepoubelle
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Dimanche 11 mars 2007

:attrapepoulitique:

Credi 7 Mars :

Le credi, nouvelle tradition, c'est le patrimoine immobilier des candidats analysés par Le canard enchaîné. Bon, bien sûr, les Guignols de l'info se plaignent qu'on ne parle plus des programmes mais, après tout, quand le même journal sortait l'affaire des frais de bouche de la Mairie de Paris en pleine campagne, ou que Didier Schuller se décidait à rentrer en France, s'en étaient-ils plaints ? Et puis, n'allez pas croire que ça nuit aux politiques, au contraire. Regardez Royal, elle qui est partie de rien (elle le répète suffisamment), la voir arriver à ce stade, c'est bien la preuve qu'elle a de grandes compétences, quoi qu'on en dise. De plus, elle qui est maintenant riche, ça ne doit pas être facile tous les jours pour elle, que de vivre avec un homme qui ne l'aime pas. Dans le même temps, Sarkozy, dont on émet des doutes sur ses talents en matière d'économie, la gestion de son patrimoine personnel montre qu'il sait valoriser des biens pour peu de frais. Enfin, attendons la prochaine livraison, dans laquelle il sera révélé que les chevaux de François Bayrou font partie des dossiers du bon docteur Fuentes, pour tirer toutes les conclusions de cette série.

Tandis que l'on s'écharpe sur ces questions annexes, Stéphane Bern garantit le pluralisme avec la présence de Yves-Marie Adeline (candidat royaliste, pas au sens poulitique, mais au sens roi, couronne, sceptre, mariages consanguins, tout ça) et de Cindy Lee (pour le Parti du Plaisir) à l'Arène de France. C'est ça, le service public. Sinon, le sondage fracassant de la semaine, avec les 24% accordés à François Bayrou par l'institut CSA. Le même institut le plaçait pourtant début janvier à 6% (et Buffet alors à 5%, d'accord, c'est vilain de le rappeler, mais quand même) et début février à 12%. Donc, logiquement, début avril, Bayrou sera à 48% et, le 6 mai, il fera 96%. Ou alors, il y a une erreur quelque part. Ou pas. Faut voir.


Joudi 8 Mars :

Le Grand Journal, spécial présidentielles, troisième édition. Après François Bayrou et Nicolas Sarkozy, c'est au tour de Ségolène Royal (c'est sa semaine, chacun son tour) d'être la rédactrice en chef d'occasion. Mais pour le début, en fait de poulitique, on évoque la journée de la femme, qui coïncide avec cette émission, comme ça tombe bien ! Tant qu'on leur laisse un jour, autant qu'elles en profitent !

D'abord, les images d'actualité à choisir. Elle commence, comme Sarkozy, avec Airbus, au sujet duquel elle dit que les syndicats, les poulitiques et les patrons doivent travailler ensemble et que le problème d'Airbus vient du fait qu'on n'a pas respecté les salariés. Elle tacle aussi le gouvernement sur son changement de position devant la médiatisation du sujet ("jusqu'il y a quelques jours, les responsables poulitiques disaient que l'Etat ne peut rien faire") et demande à ce qu'on prenne aussi en compte les entreprises sous-traitantes. Autre image retenue, le Salon de l'agriculture, car elle est élue d'une région agricole et se prétend d'ailleurs visionnaire sur le chabichou. Elle cite ensuite les photos de Yann-Arthus Bertrand sur le réchauffement de la planète, ce qui lui permet d'évoquer l'aspect écologie de son programme, pardon, de son "pacte présidentiel". Ainsi, il ne doit pas avoir de permis de construire délivré s'il n'y a pas prise en compte des énergies renouvelables. Et puis, elle, elle ne se découvre pas écologiste au dernier moment : "j'ai appris toute petite à lutter contre les gaspillages".

Elle évoque enfin un autre aspect de sa candidature : c'est une femme (enfin, à ce qui paraît). Elle donne donc comme images d'actualité Angela Merkel et Maud Fontenoy. Merkel car elle l'a rencontré dans la semaine, parce que c'est une femme de pouvoir qui conduit une coalition gauche-droite (ah non, ça, il ne faut pas le dire) et qui est libérale (non, ça non plus, il ne faut pas le dire) et dont on remet systématiquement en cause sa compétence ("nous subissons des attaques qu'aucun homme ne subit"). Quant à Maud Fontenoy, elle salue la femme "d'une volonté farouche qui a pris son destin en main et s'est dit : «c'est possible»", et avec son pacte présidentiel, chacun pourra s'accomplir comme elle (oui, là, retranscris de pêle-mêle, alors c'est un peu décousu).

Le temps d'appeler à la pacification du pays ("il faut que la France sorte de sa logique d'affrontement"), on passe au deuxième grand volet de cette émission : les invités, choisis spécialement par l'invitée d'honneur. D'abord, aspect économique et social, avec Marie-Gisèle Chevalier et Thierry Meuriot. Qui sont-ce ? La première est une ancienne employée de Moulinex, passée à la vireuse automatique suite à un plan social. Elle salue la combativité de Royal ("dans un monde de loup, il faut être une lionne", c'est le réchauffement climatique, ça bouleverse la faune) qui en profite pour égratigner la patron responsable de cette faillite. Thierry Meuriot, comme ça tombe bien, est un patron, mais fréquentable car il tient compte des besoins de ses salariés. Ségolène Royal enchaîne en rappelant son souhait "pour que ça change en profondeur", que les aides économiques doivent être faites en contrepartie d'emplois. Enfin, elle rappelle la justesse de sa méthode, car ces deux personnes ont été rencontrées à l'occasion de ses débats participatifs.

Les invités, elle les choisit par tandem ou groupe, et leur laisse la parole, du coup, elle n'aura pas assez de temps pour elle à la fin (c'est ballot). Là, on va parler de culture et elle va montrer qu'elle a des soutiens vachement plus classe que les autres, puisque entrent Jeanne Moreau (qu'on a sorti de son sarcophage spécialement pour l'occasion) et Cali. Jeanne Moreau, que Royal aime beaucoup, normal, c'est quand même pour ça qu'elle est invitée, et elle ne se prive pas le dire : "Jeanne Moreau a un regard moderne et neuf". Oui, ça fait bizarre, comme phrase, mais quand on est obligée de trimbaler Pierre Mauroy, Lionel Jospin, Yvette Roudy et Laurent Fabius, on peut raisonnablement trouver que Jeanne Moreau est effectivement la modernité même. Elle le lui rend bien, l'actrice, puisqu'elle sort un ancien discours de Royal, vitupérant contre les ravages de l'argent, ce qui, le lendemain de l'affaire de la baraque de Mougins, sonne étrangement. Cali aussi a des choses à dire, et il ne se tait pas quand il veut parler. Il dénonce alors "les lois ignobles de Sarkozy sur l'immigration", il balance aussi sur les chaînes de télé qui sabordent le système des intermittents du spectacle en employant des techniciens permanents sous ce régime. Royal l'approuve en rappelant aussi l'utilité économique de la culture, citant en exemple les Francofolies de La Rochelle. Enfin, Cali sent monter la passion en lui, il acquiert l'esprit de Florent Brunel et se met à balancer grave, attention, âmes sensibles, s'abstenir, il va leur en mettre plein la gueule : "mes amis m'ont dit de me méfier, que je prenais des risques, en m'engageant, mais je prends le risque de le dire, Ségolène Royal seule incarne le changement et voter Bayrou, c'est voter à droite". J'avais prévenu, quand il attaque, ça fait du dégât.

Aussi invités, la Netsquad, c'est-à-dire les modérateurs de desirsdavenir et la dauphine sourde de Miss France, ce qui permet à Royal de soutenir "la revendication de la différence qui ne se voit pas" et de se vanter d'avoir "le seul site politique accessible aux malentendants". Elle demande alors à l'interprète de rester sur le plateau jusqu'à la fin de l'émission pour tout traduire en langage des signes. En revanche, comme on n'est pas sur TF1, l'invitée ne s'est pas mise à pleurer et Royal n'est pas allée la toucher, si c'est pour qu'elle vote Bayrou après comme l'autre ingrat, non merci.


Bon, maintenant, quand on est socialiste, être invitée sur Canal+, c'est quand même plus tranquille qu'aller sur TF1 la preuve avec le passage humoristique. L'intervention de Thomas N'Jijol a été aimable, comme avec les autres candidats, d'ailleurs, mais Royal ayant été accueillie par le Jamel Comedy Club pour sa dernière, d'autres auraient crié au complot si ç'avait été Sarkozy dans ce rôle de proximité (par exemple, prétendre que Gérald Dahan, comme il a fait une première partie d'un meeting de l'UMP, était en service commandé quand il a piégé Royal). De même, les Guignols de l'info ne sont pas trop féroces, on voit un sketch la montrer se faire interroger sur tout et par tout le monde pour montrer qu'elle n'a pas le niveau, allusion fine à l'interview par Jean-Jacques Bourdin, sauf qu'il a aussi posé ses question à Sarkozy (qui n'a pas su répondre non plus). Là encore, pour d'autres, on aurait succombé à la complotite pour moins que ça. Alors qu'il n'y a pas de quoi casser trois pattes à un canard (bon, je le fais quand même, mais quand on aime faire souffrir les animaux, on ne compte pas).

On a passé beaucoup de temps sur les invités et sur les images d'actualité, du coup, la partie culture a dû être expédiée. Pour le cinéma, en plus, ça faisait un peu doublon avec le sketch des Guignols, puisque le film était La gueule de l'autre, de Pierre Tchernia, et l'extrait diffusé montrait Michel Serrault, Roger Carel et Pierre Douglas, dans un débat politique où la conversation dévie sur le prix du jarret et de comment faire le pot-au-feu. Ségolène Royal en profite pour rebondir sur son pacte présidentiel et sa poulitique de réforme de l'indice des prix pour lutter contre la vie chère (comme Auchan). Pas le temps de parler la chanson (Foule sentimentale, d'Alain Souchon) ni du livre (Masculin/Féminin, par un anthropologue), l'émission a déjà bien débordé.

Il reste encore deux séquences. D'abord, l'intervention de Jean-Michel Apathie, qui commence par dire qu'elle ne fait pas de distinction selon le sexe car elle attaque le MEDEF, pourtant présidé par une femme. Elle dément avoir perdu son indépendance avec le récent retour des éléphants et prône encore "l'ordre social juste qui résout tous les désordres". Evidemment, l'histoire de sa maison (enfin, son cabanon) de Mougins est abordée, elle en minimise l'importance ("ce qui est important, c'est de savoir si la personne est honnête") et rappelle encore qu'elle n'est au départ qu'une pauvre petite malheureuse ("je suis partie de rien"). Enfin, il reste le portrait vidéo, on voit un meeting avec le MJS (Mouvement des Jeunes Socialistes) très présent via les banderoles et les tracts mais une affluence assez vieille, pique qui fait tiquer Royal : "ce n'est pas bien de se moquer des militants". Dernier scoop, le QG de campagne de Ségolène Royal est dans le même immeuble que la SCP Lyon-Caen/Fabiani/Thiriez. Elle travaille donc dans le même bâtiment qu'un saint homme, une bonne raison de plus pour voter pour elle.

par Schweinnie publié dans : telepoubelle
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Samedi 10 mars 2007

oh oui, pour moi, pour moi !

Lendi 5 Mars :

Il n'y a pas que TF1 à proposer des émissions politiques le lundi soir, France 3 sait faire aussi. Comme TF1, on a un panel de vraies gens (donc, pas nous) pour poser aux politiques les questions que les journalistes n'osent pas poser eux-mêmes mais là, c'est un panel à la sauce France 3, c'est-à-dire avec des décrochages régionaux. Pour être plus précis on a, en plus des questions par le public présent sur le plateau, plusieurs questions posées en duplex depuis une capitale régionale où, visiblement, ils sont plusieurs à regarder l'émission ensemble. D'autres peuvent même poser les questions par webcam, de quoi donner une très belle tête à l'antenne. Entre les questions et les débats, on a aussi une autre touche de France 3, avec les reportages de proximité, dignes de Groland. Quatre invités, mais pas les quatre gros candidats présents, zéro même. En fait, on se retrouve avec deux soutiens de Royal et Sarkozy (Jean-François Copé et Jean-Marc Ayrault, qui semblaient faire un concours de celui qui dira le plus le nom de son poulain) et, au lieu de soutiens de Bayrou et Le Pen, de l'ouverture avec deux petits candidats, Olivier Besancenot et Philippe de Villiers. La différence majeure entre les émissions de France 3 et celles de TF1, c'est la formule. TF1 propose une émission par candidat qui expose son programme, France 3 préfère organiser des débats avec un thème par émission.

On commence avec un reportage sur le chômage dans le nord pour lancer le thème du chômage (c'est clair, non ?). Besancenot sonne la charge en réclamant de plafonner les écarts de revenus à 1 contre 5, ce qui lui donne l'occasion de dénoncer les patrons du CAC40. Copé, lui, se plaint des 35 heures et dit qu'il faudra revenir dessus (la même chose qu'il y a 5 ans, quoi, mais là, il n'a pas eu le pouvoir ou le temps de s'en occuper). Quant à Ayrault, il clame fièrement que le programme de Ségolène Royal reprend des propositions de Martin Hirsch, président d'Emmaüs, et cite aussi la discussion qu'il a eu avec des clients des Restos du coeur. Enfin, pour ce premier tour, de Villiers termine en se vantant de réhabiliter le travail (ce qui veut dire supprimer les 35H) et de souhaiter supprimer la moitié des charges pour les PME. Besancenot reprend alors le flambeau de la lutte finale : "dans le donnant-donnant, on a donné beaucoup et les patrons ont surtout pris". Car, selon lui, le problème ne vient pas de la base : "quand on prend les vrais chiffres, on a 5 millions de chômeurs qui ne demandent qu'à travailler". Commence alors un premier crêpage de chignon entre Ayrault et Copé, ce qui va être un cadre habituel de la soirée, le premier vient sur les effets des 35H. De Villiers vient apporter son soutien aux petits patrons ("les créateurs d'emplois sont écrasés par la pieuvre fiscale") tandis que Copé explique que les 35H nuisent au pouvoir d'achat ("le partage du travail, ça a fait un partage des salaires").

Deuxième sujet, le pouvoir d'achat (comme la transition est jolie). Besancenot est encore le premier à la parole, il se plaint de l'iniquité de la TVA et nie tout nivellement des salaires par le bas, du fait des grands patrons qui augmentent leurs salaires : "la PDG de L'Oréal, elle gagne en une heure ce que je gagne en une vie entière". Et puis, il peut aussi jouer le jeune de service : "je fais partie d'une génération qui, que ce soit la crise ou la croissance, on n'en voit jamais la couleur". Le vicomte relance le combat contre l'Union Européenne, il dénonce l'euro cher et veut passer "d'une logique de guichet à une logique du regard". Il se plaint aussi du problème de l'orientation, qu'il attribue à l'Education Nationale, car il y a 500 000 emplois non pourvus : "quelqu'un qui a fait HEC, on ne le prend pas, quelqu'un qui fait de l'ébénisterie, on le prend tout de suite et très cher". Ayrault et Copé se dispute alors sur le CPE et, finalement, Copé réclame la flexsécurité et le modèle danois, mais sans les hausses d'impôts qui vont normalement avec.

On traite alors du retour à l'emploi, de la réinsertion, de ceux qui ne touchent plus le RMI lorsqu'ils trouvent un emploi et ne sentent pas d'amélioration dans leur situation pour autant. De Villiers demande des quotas de marchés publics pour les PME (la faute aux gnomes de Bruxelles, encore) et un revenu d'éducation de ses enfants (en fait, considérer les mères au foyer comme un service public). Ayrault demande, lui, un service public de la caution alors que Copé botte en touche en disant que les crèches, c'est le travail des municipalités. Pour Besancenot, la solution est plus simple : "l'argent de poche des actionnaires du CAC 40 permettrait de faire un service public de la petite enfance".

On aborde alors le problème de la fiscalité, avec dans le reportage, le témoignage poignant d'Arnaud Boetsch, exilé fiscal en Suisse (comme à peu près tous nos tennismen et tenniswomen). Besancenot dit alors qu'il veut augmenter l'ISF et diminuer les domaines détaxés (il donne l'art en exemple, occasion d'adresser une pique contre Fabius) et demande aussi une harmonisation fiscale européenne, mais vers le haut. Copé défend ses mesures, dit que 80% des gens qui bénéficient du bouclier fiscal sont modestes (il faut savoir que pour Copé, un conducteur de TGV touche 4000 € par mois) et rappelle que les services fournis par l'Etat ne sont pas gratuit pour celui-ci : "il y a un moment, il faut arrêter de dire aux gens que tout est gratuit, ce qui est payé par l'Etat, c'est par les contribuables". Ayrault veut fusionner l'impôt sur le revenu et la CSG. Enfin, de Villiers demande de diminuer les prélèvements pour se mettre au niveau européen (tiens, je croyais qu'on devait sortir de l'Union Européenne, ce ne serait alors pas la peine de la faire, cette harmonisation) et, évidemment, mettre fin à l'immigration.

A ce moment-là, il y a eu une séquence terrible. Il y avait une question posée en duplex de Nice, le type était bien motivé par sa participation mais en arrière-plan, dans l'assistance qui doit appuyer le discours, il y avait un gros détournement d'attention. En effet, il y avait un gugusse les yeux exorbités, une belle tronche de taré, regardant partout, alternant sourire niais et moue dubitative, on aurait dit Alain Chabat dans Didier. Il est alors rigoureusement impossible d'écouter la question, on ne voit que le fou derrière, belle tentative de déstabilisation.

On en vient alors au problème du logement. Besancenot parle encore en premier, pour se plaindre (encore), il réclame l'inéligibilité des maires qui ne respectent pas la loi SRU, il dénonce la droite qui veut remettre en cause cette loi et la gauche qui ne l'applique pas. Il est comme ça, le facteur. Ayrault demande que l'Etat fasse des logements lui-même dans les communes qui ne respectent pas cette fameuse loi SRU alors que Copé tient un autre discours, en disant que les logements sociaux doivent être faits dans les villes qui le peuvent (donc, on ne change rien). Mais Copé sait aussi s'énerver contre les gros vilains, sauf que pour lui, ce sont les squatteurs. Enfin, de Villiers a aussi ses solutions miracles : une assurance mutuelle obligatoire pour les loyers impayés et la priorité citoyenne aux Français. Bon, l'émission dure trois heures, sans pause, où ça parle beaucoup et par moment, assez technique, il faut se farcir le tout et c'est assez ardu de tout suivre. Là, à la fin, j'ai décroché. Du coup, je ne peux pas trop retranscrire ce qui s'est dit sur la santé et sur les retraites. C'est peut-être le point faible de cette émission : la longueur alors qu'elle demande un effort d'attention plus grand que celle de TF1.

Mordi 6 Mars :

Ségolène Royal rend visite aux Français résidants en Allemagne, à Berlin, sans évidemment rappeler que Dominique Strauss-Kahn voulait instaurer un impôt pour les exilés (idée qu'elle n'a pas retenue) mais en leur parlant en Allemand. Plutôt original de s'adresser à des Français en allemand mais, fort heureusement, elle l'a fait dans un allemand compréhensible par les Français, même (et surtout) loin d'être bilingues. Bon, il faut reconnaître que les personnalités politiques françaises sachant s'exprimer convenablement dans une langue étrangère, on n'en a pas lourd (non, Daniel Cohn-Bendit en allemand, ça ne compte pas). Sarkozy en anglais ou Bayrou en anglais sont tout aussi ridicules. Enfin, notons que dans le 13H de TF1, Jean-Pierre Pernault (journaliste qui ne soutient aucun candidat sinon on l'aurait assurément écarté) a conclut cette séquence par : "rappelons que l'allemand est la première langue de Ségolène Royal, il faudrait peut-être revoir l'apprentissage des langues".

Parlons d'Europe, aussi. Non pas de l'échec d'Aulas-Sarkozy contre l'AS Roma (pour l'occasion, on aurait du mal à se plaindre de l'arbitre ou de l'antijeu, en plus) mais de l'Eurovision, puisque c'était la soirée de présélection française. Là, ça doit se voir, je suis un peu à la bourre sur les CR, donc celui de cette émission viendra peut-être dans la semaine qui vient, ou pas, on verra selon le temps. J'avais aussi promis un retour global sur J'ai une question à vous poser, ça reste sur la pile d'attente, faute de temps. Et évidemment, l'autre blog, ben, c'est un flop de la campagne du même ordre que Dominique Voynet. Là, c'est le rattrapage de retard, pour remettre un peu d'ordre juste, comme dirait l'autre.

par Schweinnie publié dans : telepoubelle
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Samedi 10 mars 2007

Estelle Denis reçoit Le Pen, mais pas Ulrich

Gromanche 4 Mars :

Dimanche placé sous le signe de l'autorité et du retour vers le futur. D'abord grâce à Michel Drucker, qui propose un Vivement Dimanche consacré aux années 80, avec Lio en invité, ce qui lui permet de faire parler sa classe folle. Ainsi, à ses filles, présentes dans l'assistance mais quelque peu dissipées, elle s'adresse en ces charmants termes : "j'en ai ras le bonbon, je vais vous en coller une". Jusqu'où s'arrêtera le bayrouisme triomphant ?

Après Bayrou et Sarkozy, Estelle Denis reçoit Jean-Marie Le Pen. Le ton de l'émission étant globalement aimable, on pouvait se demander ce qu'il se passerait avec le moins recommandable des candidats, voire s'il serait reçu. On se souvient de la polémique qui avait été occasionnée par une occurrence d'une émission sur le même principe, en 1999, sur les têtes de liste des élections européennes. Cette émission était pour le moins inoubliable par ses intervenants, elle constituait d'un entretien affable avec l'inénarrable Charles Biétry ("bon, alors là, tu as pris la décision de voter pour augmenter les barrières de piscine dans les normes de sécurité, cette idée a évoqué en toi le souvenir de ces vacances à Ploërmel, chez les Le Goffic, où, au moment précis où tu marchais à côté d'une flaque, tu as pensé voir ton visage dans la flaque en imaginant un enfant dans l'eau, et donc se noyer, d'où la nécessité de préserver de se danger nos têtes blondes"), le tout entrecoupé de dessins caustiques (forcément caustiques) de Bernard Chenez, c'est dire si ces émissions étaient dantesques. Ah, c'était le temps où Canal+ osait faire n'importe quoi (et en matière de n'importe quoi, ce tandem infernal, ça se pose) ! Donc, il avait traité de la même manière toutes les têtes de liste, et le fait d'avoir été ainsi aimable avec Bruno Mégret avait choqué. Donc, là, avec Le Pen, on était sur un terrain glissant, avec risque d'avoir un traitement différent des autres ou d'être trop laxiste envers un candidat inquiétant. Finalement, l'équilibre a été assez bien trouvé (en fait, le problème de cette émission, c'est la personnalisation de l'élection au dépend de la réflexion et des idées, mais ça vaut pour toutes et pas seulement la venue du Chef).

Pour commencer, il ressort son violon des signatures, qui n'avait plus servi depuis 5 ans, mais qui lui permet de mettre la pression sur les gros appareils et de se poser en condition sine qua non de démocratie (rien que ça), ainsi, s'il ne les avait pas, "ce serait un cataclysme, il en va de la réputation nationale, de la démocratie française". Le petit blabla introductif lui permet aussi d'observer son électorat, surtout masculin : "j'ai toujours un petit déficit du côté féminin, que je ne m'explique pas, d'ailleurs". Il en profite aussi pour glisser sa vision personnel de l'élection présidentielle : le choix d'un homme (si possible, lui), d'une personnalité, et non pas d'un programme, qui est du ressort des élections législatives. En fait, quand on est de gauche, on peut parfaitement voter Le Pen, alors.

Anne-Elisabeth Lemoine arrive pour faire son portrait et commence par expliquer son malaise devant la situation avec la fameuse phrase de Pierre Desproges (prononcée justement lors d'un réquisitoire du Tribunal des flagrants délires consacré à ... Jean-Marie Le Pen) : "on peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui". D'ailleurs, Le Pen aussi rie beaucoup, mais pas avec n'importe qui, comme en témoigne sur sortie sur la chasse au chapon dans le marais, qui, selon lui, n'était qu'humour et n'avait aucun caractère homophobe : "j'ai des amis homosexuels qui ont trouvé ça drôle, qui n'ont pas été choqués". A l'en croire, Le Pen vit entre les nègres et les paydays, bonjour la dégénérescence de la France. Anne-Elisabeth (on n'a pas idée d'avoir un prénom pareil !) Lemoine rappelle aussi "Durafour crématoire" et le décrit comme un "homme politique pas comme les autres jusqu'il y a peu" car maintenant, il commence à être traité comme les autres.

Le positionnement de Le Pen se voit bien d'entrée : patriarche, grand sage et persécuté par le système. Car ce n'est pas l'agneau qui vient de naître, il a roulé sa bosse et il en est fier : "il y a cinquante ans que je suis dans la vie politique française, et gloire m'en fait". On revient aussi brièvement sur ce qui se passe dans sa tête au 21 avril et lui, il n'a pas été surpris, au contraire, il s'y attendait. Quoique ... il avoue s'être gouré aussi : "j'étais un peu déçu, de ne faire que cela, je pensais que je ferais plus que cela". Mais malgré tout, même chamboulé, il garde la tête froide : "mentalement, je me prépare aux responsabilités de la Présidence de la République". De toute façon, il ne pouvait pas avoir peur, car il ne connaît pas la peur : "je n'ai peur que d'une seule chose, comme mes ancêtres les Gaulois, c'est que le ciel me tombe sur la tête". Pour 2007, il s'attend à du 2002 en mieux : "je serais en tête au soir du premier tour, j'en serais pas étonné" (pas sûr que la conjugaison soit pertinente, dans le choix des modes). Il se lance aussi brièvement sur sa persécution ("je suis victime d'une sous-représentation permanente") en resservant le refrain habituel, à tel point qu'il parle de "FR3".

Arrive la rétrospective en vidéo de sa vie politique, jalonnée de joyeusetés diverses : le député de Poujade, la guerre en Mickael Jackson ou Indochine (je les confonds toujours) sans grande influence (il est arrivé sur place après Dien Bien Phu), la guerre en Algérie car il ne s'est pas engagé pour rien, la torture revendiquée dans Combat en 1962 (il est moins disert sur le sujet maintenant), sa candidature aux présidentielles de 1974 (avec le look du Capitaine Crochet), son échec aux 500 signatures en 1981, l'émergence du FN avec Jean-Pierre Stirbois à Dreux, le détail de l'histoire de la seconde guerre mondiale, les affiches catégoriques et tendancieuses ("3 millions d'immigrés, 3 millions de chômeurs"), l'inégalité des races, l'amitié avec Saddam Hussein, la baston avec l'élue PS de Mantes ... C'est sûr, l'image du vieux sage, après ça, elle en prend en coup.

Bon, maintenant, il faut se défendre devant cette belle liste. Alors, comme pour profiter de la mode Piaf, voilà Le Pen qui nous la fait non, rien de rien, non, je ne regrette rien : "je ne regrette qu'une chose, c'est de ne pas avoir été candidat en 1965, j'ai promu quelqu'un d'autre et ça a fait perdre 20 ans à la droite nationale et ça aurait empêché Mai 68". Confesser s'être trompé sur Tixier-Vignancourt, c'est hautement courageux, ça, dis donc. Mais Le Pen, c'est aussi un autre vieux slogan, "têtes hautes et mains propres", alors il nous le ressert en se prenant cette fois pour Alain Delon : "lui, il a pas de sang contaminé, il a pas de tripotage d'argent dans les caisses, alors on lui reproche quoi ? On lui reproche ses opinions contraires à la pensée unique". Bon, la récente condamnation de son soutien Bruno Mégret, pour des magouilles bien réelles, il oublie. Son cognage d'Annette Peulvas, c'était une idée. L'âge, sans doute. Mais bon, Le Pen, il est victime de procès politique et pas autre chose : "il y a une pensée correcte en France et quand on la respecte pas, on est hors la loi".

Le Pen contre le système, c'est parti, le discours est rôdé. Les autres, tous pareils : "je ne veux pas prendre une place dans l'autobus de devenir complice, comme le sont volens nolens monsieur Bayrou, madame Royal et monsieur Sarkozy". Bayrou va être content, il le cite avec les deux autres. Mais au fait, pourquoi qu'on devrait l'élire, Le Pen ? Parce qu'il a eu raison avant tout le monde, pardi : "comme je suis le seul à avoir annoncé les catastrophes qui nous menaçaient, je suis le seul légitime à formuler des propositions". C'est méchant pour Elisabeth Tessier, ça. Ensuite, il explique qu'il a autant de soutiens d'artistes que les autres, mais que les siens se cachent, à sa demande, pour éviter les représailles. Il parle de chanteurs ayant chanté à la fête du FN qui ont eu leur carrière brisée, d'ouvriers FN brimés par la CGT ... Et puis, les médias le boude, aussi : "les journalistes ont invité tout le monde, sauf Le Pen". Certes, il est en retrait dans les temps d'antenne, mais quand même, ce couplet ne marche plus : il a été invité à la grande émission de TF1, à celle de France 2 et à celle de M6.

La conversation entame alors son passage personnel, avec son initiation à la politique : "le premier geste politique que j'ai fait, c'était à 16 ans, à la Libération, j'ai été assez scandalisé par les tartarins qui se révélaient après le départ des Allemands et tondaient les femmes". Il raconte aussi la vie entre les deux guerres (les deux guerres mondiales, pas les deux guerre du Golfe), et justifie son comportement bagarreur quand il était étudiant par ces termes couillus : "quand j'étais jeune, la virilité était admise".

Comme les autres, il avait le droit de faire visiter sa maison (c'est pour ça qu'Hervé Gaymard n'est pas invité, il lui faudrait plus d'une heure pour montrer tout son logement). En fait, on n'a pas vu sa baraque de Montretout mais celle de sa femme, à Rueil-Malmaison. Alors, c'est très prolétaire (un grand jardin, une piscine ...), il se fait filmer en train de donner à manger aux poissons (rouges, même pas blancs, preuve qu'il n'est pas raciste) dans une fontaine dans le jardin (il ne va quand même pas avoir un aquarium miteux dans son salon). On fait ensuite avec lui le tour des rosiers puis il plaisante avachi dans son canapé avec le clebs qui lui lèche l'oreille pendant l'interview (un clebs balèze, pas un petit chihuahua de merde). Une grosse déception, malgré toute cette profusion de révélations sur sa vie quotidienne, on n'a pas vu ses amis noirs ni ses amis paydays. Pudeur, sans doute. En plateau

En plateau, on a également, comme pour les autres, un sondage sur ses qualités et ses défauts. Ce qui est rigolo avec Le Pen, c'est que, quand on donne les quatre qualités qui lui correspondent le mieux, on cite des caractéristiques qui sont approuvées par 20% et désapprouvés par 80%, autrement dit, on donne des qualités qui ne sont pas reconnues. De toute façon, il ne réagira pas sur ces chiffres, car il se refuse de considérer les sondages. La question de l'âge est aussi posée, il répond que Konrad Adenauer et Abdoulaye Wade ont eu le pouvoir en étant plus vieux encore que lui. Et puis, il a la patate, à l'en croire.
Estelle Denis : "vous avez 78 ans ..."
Jean-Marie Le Pen : "et presque toutes mes dents"
En outre, il ne renoncera jamais, ou presque : "je n'ai pas un métier, je crois remplir une mission".

Le suivi au jour le jour dans la campagne, avec du Le Pen intime, ça donne envie. Ainsi, lisant le discours de Villepinte de Ségolène Royal, il nous dit : "je m'intéresse à la femme à Jules" (putain, on dit "DE Jules", massacreur de langue !). Il est beaucoup moins aimable envers Jacques Chirac, lorsqu'il découvre des extraits du livre de Pierre Péan, dans lequel Chirac réfute toute volonté de rapprochement de sa part, là, Le Pen se fâche : "quel ordure, ce Chirac ! C'est un menteur, le plus grand menteur de la vie politique ! Est-ce qu'il y aura une rue Chirac ? Une impasse ! A côté de la Santé !" Il donne ensuite un one-man-show, enfin, un banquet républicain, à Nantes, le public, fortement alcoolisé, est en liesse, arborant fièrement des pin's (pardon, des épinglettes) clignotant "Le Pen 2007", le Chef faisant son entrée sur la BO de 1492. Après le spectacle, comme tous les grands artistes, il donne une séance de dédicaces, signant tout ce qu'on lui tend, untel lui demande par exemple de parapher son tapis de souris siglé LE PEN 2007 et provoque incompréhension : "un tapis de souris, c'est quoi ?" Bon, ça ne fera jamais que 11 ans que Chirac s'était demandé "qu'est-ce qu'on appelle la souris ?" maintenant, on découvre le tapis, il y a une progression. Ensuite, Le Pen se rend au cimetière chinois des combattants de la première guerre mondiale, où il lâche cette phrase énigmatique : "un Français vivant vaut plus qu'un Chinois mort". En matière d'élégance, le dialogue avec le journaliste de M6 vaut son pesant de cacahuètes.
Le journaliste : "Qu'est-ce que vous faites, ce week-end ?"
Le Pen (tendant l'oreille et s'approchant très prêt) : "Qu'est-ce que je ... ?"
Le journaliste : "Qu'est-ce que vous faites, ce week-end ?"
Le Pen : "Et ta soeur ?" (rire gras)

On le voit encore faire une spéciale dédicace à fifille ("elle remplit pour moi le rôle d'un fils") et Bernard de la Vilardière entre pour passer à la politique. On commence avec Le Pen qui parle de 500 000 immigrés entrant par an, de la Vilardière répond qu'ils sont entre 200 000 et 400 000 selon le Ministère de l'Intérieur mais Le Pen tranche en disant que les chiffres sont truqués. Il dit aussi que l'augmentation de la population française de 40 à 65 millions de personnes est due à l'immigration et non pas au baby-boom, on en apprend tous les jours. Le temps de se poser en leader du NON du 29 mai 2005, on aborde les question économiques. Pour commencer, dénonciation de ce qui se fait avant : "la politique d'assistance détourne les gens du travail". Ensuite, il nie les chiffres de la croissance donnés par Bernard de la Vilardière avant de se vanter que sa position sur l'impôt sur le revenu (qu'il voulait supprimer en 2002 et qu'il veut maintenant diviser par deux) est partagée par l'intégralité des Prix Nobel d'Economie (rien que ça). Question naïve, par quoi les recettes ainsi diminuées sont-elles remplacées ? Par la fin de l'immigration, tout simplement. C'est magique, on les vire, l'argent rentre, voilà, c'est tout, merci. La preuve, selon Le Pen, il y a en France "des millions de gens qui sont assistés, beaucoup sont étrangers". Enfin, la partie des questions indiscrètes, on apprend que son juron favori est "pocrate de dious", il "croit savoir" lire et écrire des SMS et enfin, quand Estelle Denis lui demande de dire un mot en verlan, il met bien une minute avant de dire, avec beaucoup d'hésitation et de peur de se planter dans la voix, "jour-bon".

par Schweinnie publié dans : telepoubelle
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Lundi 5 mars 2007

je suis ému. Pourquoi ? Je vais vous le dire. Je suis bon. Alors, qu'est-ce que je dois faire ? Ben, je pleure.

Mordi 27 Février :

Le père de Nasredine Hodja voulait se rapprocher de son fils, et quoi de mieux pour passer du bon temps entre hommes que de mater un match de football ? France 2 proposait un match, un quart de finale de Coupe de France (d'accord, ça ne vaut pas la plus belle compétition de l'univers, celle que le monde entier nous envie, la Coupe de la Ligue), avec une débauche de moyens énormes, comme à l'accoutumée. Sedan face à Nantes, une pelouse dévastée, les deux dernières équipes de Ligue 1, Patrick Montel aux commentaires, Jean-Pierre Papin pour l'expertise technique, Daniel Lauclair pour annoncer les remplacements dix secondes avant et Fred Godard qui s'en donne à coeur joie sur la réalisation (flou de Der Zakarian se curant l'oreille en surimpression du terrain, ralenti avec des battements de coeur, travelling de fou furieux ivres pendant les interviews ...). Au bout de vingt minutes, Nasredine se lève et dit à son père : "finalement, je vais me faire exploser dans un bus de Tel-Aviv".

Pendant ce temps, IFOP sort un sondage. Rien d'extraordinaire en soi, sauf qu'ils en avaient fait de même la veille. Du coup, Royal, la veille rebondissait de 26 à 29, rechute à 26 (en un jour), et ainsi de suite pour chaque candidat. Trop de sondages ne tuent pourtant pas les sondages. En tout, pour le mois de février, on en a eu 21 et encore, il n'y avait que 28 jours (d'ailleurs, deux autres sont sortis le 1er mars). Le passage obligé de la semaine, pour AC le feu, avec Ségolène Royal et Olivier Besancenot qui font un petit coucou, mais le rendu médiatique est moindre que pour les SDF, le réchauffement climatique et les chasseurs. Habitants de banlieues, tant pis pour vous, on vous oublie.

Creci 28 Février :

Quand il ne trie pas les factures de son menuisier et qu'il ne pourfend pas la racaille, Nicolas Sarkozy est un homme en campagne (il travaillerait 120 heures par semaine que ça ne m'étonnerait pas). Par exemple, il répond au quiz essentiel concocté par Jean-Jacques Bourdin, l'usurpateur du patronyme du Mandarom. Comme en campagne, il faut coller à l'adversaire, Sarkozy ne se contente par de chasser sur les terres de Royal avec Blum et Jaurès (oui, Patrice Blum et Francis Jaurès sont militants UMP), mais la copie aussi sur les bourdes. En ignorant si Al-Qaida est sunnite ou chiite, ce qui, pour un Ministre de l'Intérieur (donc, garant de notre sécurité et responsable des cultes, en plus d'être le fondateur du CFCM) est assez gênant. Tout juste sait-il qu'ils égorgent des moutons dans la baignoire mais c'est assez léger. Il ne se montre guère plus à l'aise sur les sous-marins, se trompant en croyant que la question serait la même que pour Royal (ce serait un peu trop fastoche, non ?) mais cela aura un avantage : maintenant, on peut penser que tous les candidats sont incollables sur notre flotte sous-marine le Charles de Gaulle, ça ne compte pas). En tout cas, il ressort une certitude de cela : Jean-Jacques Bourdin n'a pas la carrure pour être notre président, il s'est encore trompé (et lui, il avait la question).

Joudi 1er Mars :

Pas grand chose à dire, je suis à la bourre, ceci explique cela. Allez, une remarque sur cette journée, le nouveau gadget d'IPSOS qui monte un estimateur qui va donner un sondage par jour. Ça va devenir coton de suivre entre tous les instituts pour savoir qui fait combien. De toute façon, ils se trompent toujours, sauf quand ils ont raison (ce qui arrive parfois, surtout quand les estimations sont justes).

Dredi 2 Mars :

Après François Bayrou, c'est Nicolas Sarkozy qui devient rédacteur en chef d'occasion au Grand Journal (allez, blague sur le physique tout de suite : c'était rebaptisé le Tout Petit Journal). C'était les grandes retrouvailles avec son poto Michel Denisot qui, lui, est content, il n'avait rien à branler, l'invité s'occupe de tout. Les conseillers en communication de Sarkozy lui ont demandé, devant l'effritement de ses scores dans les sondages, de se montrer plus humain, moins dur, et donc de donner davantage dans l'émotion. Après son numéro "je suis à l'Intérieur car j'aime les gens" du dimanche précédent, il en a redonné une pelletée dans le pathos. Sortez les mouchoirs, préparez le Valium, nous tenons là un grand émotif, qui pleure quand il arrache un pétale de fleur et qui tourne de l'oeil quand il se coupe de traviole un ongle d'orteil.

Un scoop d'emblée : entre 16 et 18 ans (il y a un bail, donc), il voulait être journaliste. Comme Tintin. Et donc, non, il n'a pas rêvé toute sa vie d'être président, ce n'est pas un arriviste assoiffé de pouvoir mais un homme sensible, qui aime ses passions. Il doit choisir des images de l'actualité, il commence par les salariés d'Airbus, des gens qui souffrent, c'est émouvant. Ensuite, la guerre en Irak, car c'est triste tous ces gens qui meurent, pour un grand pacifiste comme lui (tout ce qu'il s'est bien gardé de dire à Bush, d'ailleurs) : "ceux qui sont montés à Verdun, ils sont morts, à quoi ça a servi ?" Il poursuit avec Al Gore (qu'il aime, autant que Blum, Jaurès, Thorez, Marx et Proudhon) et son Oscar, car l'écologie, c'est un de ses combats préférés : "derrière les Etats-Unis, il faut faire bouger la Chine, le Brésil, l'Inde". Enfin, dernière image retenue, le retour de Polnareff dont il était fan quand il était pitit (alors qu'il ne parlait que de Johnny Hallyday le dimanche précédent, faudrait savoir, même si ces exilés fiscaux, on les confond tous).

Sarkozy se veut aussi le candidat du pays réel, des vrais gens, contre la caste d'en haut avec les bobos journalistes, bref, il est comme Royal, Bayrou et Le Pen (ah non, ça, il ne l'a pas dit). Oui, il s'en branle, des plumitifs, il aime les gens : "je ne veux pas parler aux journalistes, je veux parler aux gens". Et les gens, on ne leur parle pas comme aux journaleux : "les journalistes, les médias, ça n'est pas le public, et le plus difficile, c'est d'être compris des gens, avec des mots qui ne rabaissent pas". L'excision, la polygamie et le mouton dans la baignoire, je vous laisse constater.

Il a aussi trois invités à choisir, la première est Mona Chasserio, présidente d'une association d'aide aux femmes qui souffrent (femmes battues, prostituées, anciennes fans des 2 Be 3 ...), association à qui Sarkozy a offert un bâtiment à Neuilly (avec l'aimable participation du groupe Lasserre). Sarkozy reprend son couplet d'amour des gens, qu'il faut aider, que ce soient les sans-logis ("aucun SDF ne doit rester dehors parce qu'il n'y a pas de place") ou les malades mentaux ("il faut qu'on se préoccupe des cas psychiatriques, la prison, ça n'est pas l'hôpital"). A se demander quel est l'immonde connard qui ne construit pas de logements sociaux à Neuilly et qui met de plus en plus en prison sans regarder, heureusement qu'avec un humaniste comme lui à la présidence, ça va changer.

Deuxièmes invités : Bernard Laporte et Paul Le Guen. L'entraîneur du PSG, ça n'est pas vraiment du meilleur niveau en ce moment, gare à la poisse ! A quel poste dans leur équipe mettraient-ils Sarkozy ? Laporte le verrait en demi de mêlée, une petite pute de neuf, quoi. Le Guen n'en veut pas en défense centrale à cause de sa taille (remplaçant de Sammy Traoré, la honte), mais en numéro 10 ("stratège"), ça passe. Et puis, ça tombe bien, Gallardo est blessé, Rothen a les couilles sur le terrain (ce qui n'est pas pratique pour courir) et Dhorasoo a les cheveux dans le cou quand il lit du Pablo Coelho. Sarkozy est d'humeur badine, il y va de sa petite vanne à Ariane Massenet ("il y a la place de Duhamel qui est libre, vous pouvez y aller") et en plus, Paul Le Guen chante ses louanges : "quelqu'un de droite a autant de chances d'être généreux qu'un homme de gauche".

Sarkozy est gentil et donne à fond dans la vanne, toujours, pour lancer la publicité : "nos abonnements vont diminuer parce qu'on met beaucoup de pubs". Donc, il est abonné à Canal+. A votre avis, c'est pour le cinéma, le football ou les films de cul ? Sinon, comme toute la semaine, les Guignols de l'info ne se sont pas foulés en ne diffusant que des anciens sketches. Mais Sarkozy aime les Guignols, car il est sympa (il a fait un noeud à son mouchoir pour en être sûr) : "je pense être un des hommes politiques les plus caricaturés et les plus injuriés". Et puis, la polémique sur sa baraque, c'est du pipi de chihuahua : "les informations du Canard Enchaîné, elles ne sont que dans le Canard Enchaîné".

Troisièmes invités, l'association Bleu Blanc Rouge, d'Argenteuil. C'est cette association qu'il était censé rencontrer lors de son retour à Argenteuil mais comme c'est une grosse flipette, il n'est toujours pas venu et finalement, c'est plus facile de les faire venir à lui sur un plateau télé. Il raconte sa version de sa virée polémique d'octobre 2005, dit qu'il a repris le terme "racaille" d'une "femme visiblement d'origine maghrébine" et un membre de l'association l'applaudit jubilatoirement : "ceux qui ont peur de Sarkozy, ce sont les délinquants, car l'étau vont se resserrer". Sarkozy annonce en plus qu'il ne fera pas d'amnistie des PV, survivance monarchique. On dit que la publicité diffusée dans une émission est significative du public, là, on a pu voir une publicité pour le Salon de la polyarthrite avec Annie Cordy (véridique !), on en apprend tous les jours.

Il a beaucoup parlé, alors il a fallu faire vite sur sa sélection culturelle et il n'a pas eu le temps de s'effondrer en pleurs. Crotte, alors ! Pour le film, il prend Sam, je suis Sam, film contre les discriminations contre les trisomiques, heal the world, paix et amour sur terre avec Sarkozy, matraque dans ta gueule. D'ailleurs, il adore Sean Penn (pourtant, c'est un gauchisse) : "Sean Penn, c'est un génie". Il lance aussi une pique contre Bayrou, qui avait choisi Les tontons flingueurs : "il faut dire à François qu'il y a eu d'autres films depuis Les tontons flingueurs". Ouais, il est vraiment sympa, ce Sarkozy, il appelle les gens par leurs prénoms. Comme livre, il prend Nulle part, de Yasmina Reza, mais sans préciser qu'elle prépare une biographie sur lui, une omission due à son émotion du moment, sans doute. Il brode énormément sur son côté grand émotif, il aime l'amour et la bonté, hélas, on ne connaîtra pas ses autres choix, il fallait moins parler. Cadeau de la maison, la pique finale de Jean-Michel Apathie : "votre campagne est bien partie, vous marchez sur les traces de Lionel Jospin".

Intellectuels engagés, deux écoles. D'abord, les lunettes, les papiers, la réflexion, s'écouter parler tous ensemble rabâcher ses vieilles lunes sans risque de trop grosse contradiction, c'était Esprits libres avec une belle brochette : Alain Finkelkraut (qui rejoue son numéro de "C'était mieux avant"), Bernard-Henri Lévy (qui nous prévient qu'attention, il revient du Darfour et là, si on ne fait rien, il va y avoir un génocide, à se demander ce qu'il s'y passe alors depuis trois ans), Michel Onfray (qui se plaint ensuite sur son blog qu'il a été sauvagement coupé en donnant comme exemples des extraits qui ont été en fait diffusés, mais quand il a vu l'émission, il était déchiré au champagne) et Alain Minc (qui continue de se prendre pour Keynes). En face, sur TF1, il y avait le concert des Enfoirés, pour nous dire qu'il faut donner pour les pauvres. C'est noble, mais ce serait crédible si, sur la tournée, ils ne se faisaient pas loger (et pas à leurs frais) dans des hôtels tout confort, à l'exception notable de Yannick Noah, seul à mettre ses actes en conformité avec sa présence dans la troupe. Question concours par SMS surtaxés que n'a pas osé faire TF1 : combien parmi eux ne payent pas leurs impôts en France ?

Sadi 3 Mars :

Ben, rien. Tout juste Laurent Ruquier qui continue de racler les fonds de tiroir avec, une semaine après Christiane Taubira, Nadine Morano qui, bien que tout juste éjectée de l'équipe de campagne de Sarkozy, sera considérée comme une porte-parole.

par Schweinnie publié dans : telepoubelle
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