ils viennent jusque dans nos baignoires, égorger nos moutons, ces barbares
Dredi 23 Février :
Au Grand Journal, Julien Dray comme invité montre une belle modification faciale. Ça commence par un visage fermé quand Jean-Michel Apathie se lance dans un flingage en règle de la nouvelle équipe de campagne de Ségolène Royal. Puis, il se détend lorsque Apathie se montre dubitatif (voire carrément sceptique) sur le fameux Spartacus. Donc, Dray montre qu'il est satisfait que la tentative de déstabilisation soit dénoncée mais, il se crispe soudainement lorsque Apathie fait une comparaison entre Spartacus et le Caton que Mitterrand avait lancé contre la droite. Du coup, il a évité de la ramener ensuite sur ce sujet. Dans la même émission, grand moment de rigolade offert par Noël Mamère, grâce en soit rendue à Karl Zéro. En effet, interviewé par le César du meilleur documentaire, il en a fait des tonnes sur son déplacement en vélo, il nous explique longuement ce que c'est que de pédaler sous la pluie et dans le vent comme il vient de courageusement le faire et on nous montre son arrivée effective ... en voiture, et avec un chauffeur en plus.
Ce jour-là, c'est aussi le deuxième numéro des documentaires de France 5 sur les images et la communication des candidats. Cette fois-ci, après Olivier Besancenot et Jean-Marie Le Pen, ce sont Arlette Laguiller et Philippe de Villiers qui ont été analysés.
D'abord, Laguiller, sixième candidature à la présidentielle, et première femme à l'avoir été, ainsi, elle aura à jamais porté la question de la place des femmes dans la politique. On la ressort à chaque présidentielle, on la retrouve toujours pareil, à part des rides en plus, c'est un tel point fixe qu'on sait toujours ce qu'elle va dire avant même qu'elle ne parle. Elle ne marchande pas ses voix contre une carrière, elle se les garde bien au chaud, d'ailleurs, elle ne représente pas une action mais un message et l'important est qu'il passe. Gérard Miller définit ainsi la sympathie dont elle bénéficie : "Laguiller, c'est la fille cachée de Trotsky avec Nounours, tout le monde a aimé, aime ou aimera Laguiller". Quand bien même on ne la croit pas, elle rassure, c'est la seule à encore défendre une utopie. Pourtant, Lutte Ouvrière passe pour une vieille organisation, fermée, impénétrable, limite sectaire, tournée vers un unique objectif : la révolution. Elle est aussi la seule à utiliser le mot "travailleurs", ce qui est toujours appréciable pour son auditoire. Elle lit un texte fixé, écrit par d'autres, dont elle ne change pas une ligne, elle ne sort pas de la ligne du parti. Gérard Miller continue de montrer qu'il a de la culture en comparant ses colères avec celles de Donald : elles sont furieuses mais sans conséquence. Laguiller apporte des solutions simples à des problèmes compliqués : il n'y a qu'à prendre l'argent des riches, voilà qui est applicable dans tous les domaines. Elle veut une ouverture sur l'immigration, témoin de son internationalisme et de la libre circulation des personnes. Son succès, c'est aussi évidemment qu'elle tranche dans le paysage politique, elle bénéficie d'un vote habituel de 5% de gens qui ne sont pas en accord avec elle mais qui approuve le message. La différence entre le vote LO et le vote FN tient à ce que l'électeur LO croit encore dans le changement par la politique alors que l'électeur FN n'y croit plus.
Philippe de Villiers se pose en grand frère, il fait partie du groupe, mais un peu au-dessus des autres, ainsi, il n'utilise pas le "je". Il prône l'autorité, notamment dans l'école et la famille, ce qui correspond à un électorat de province, catholique, de classe moyenne - aisée, et plutôt âgé. Ses discours parlent souvent de renouer avec la tranquillité française d'avant. D'avant quoi ? D'avant l'immigration. Il ne donne pas vraiment sur ce point du fond mais des signaux (le drapeau, les slogans ...), mettant ainsi en scène une préservation de l'école. Ce que propose de Villiers, c'est l'ordre moral, l'ordre des moeurs privées : la famille, la sexualité au service de la production et la religion catholique. Il ne met pas en cause les institutions mais son personnel, la classe politique, dans son ensemble. S'il se revendique d'un "patriotisme populaire", ses idées sont plutôt signe d'un populisme patriote. Il lie ainsi des choses qui n'ont aucun rapport dans ses démonstrations. Autre caractéristique de son discours, l'opposition des petits et des gros : il se met en effet dans le camp des travailleurs de la terre, des petites mains, contre les gens de la haute qui manipulent l'argent. On est ainsi en plein dans un thème classique de l'extrême-droite, la France éternelle contre la modernité. Il use ainsi du discours du Chouan, d'un patriotisme des campagnes et se pose par conséquent en porte-parole de la ruralité. Cela dit, il a aussi ses contradictions. Ainsi, ce chaud partisan du respect de l'autorité prône la désobéissance contre Bruxelles et le pouvoir européen. Quand il s'agit de la France, il incorpore aussi des moments de gravité dans son discours, il prend un ton solennel pour arracher une larme à l'auditoire (sans grande réussite, d'ailleurs).
Sadi 24 Février :
Après Bernie Bonvoisin et Pierre Arditi, Richard Bohringer dément vouloir voter Bayrou. Si les deux autres se sont depuis prononcer pour Royal, lui affirme ne pas encore avoir choisi. Alors, comment ces trois personnes ont pu se retrouver embrigadées malgré elles pour un candidat qui refuse les comités de soutien de célébrités ? Pour une raison simple, ils ont accepté de prendre en compte ses idées et même reconnaître des qualités. Or, on est censé avoir un gentil et tout le reste ne doit être composé de méchants vilains pas beaux. Donc, si on respecte ou qu'on approuve, ne serait-ce que sur un point, un candidat, c'est qu'on est pour lui. On ne peut pas soutenir quelqu'un tout en concédant que les autres ne sont pas des désastres absolus. IM-PO-SSI-BLE !
Tant qu'on est dans l'engagement politique, on retrouve deux héros des derniers jours. D'abord, Jean-Louis Debré, à peine libéré de sa charge de Président de l'Assemblée Nationale, est nommé Président du Conseil Constitutionnel. Reste à savoir si ce sera le Debré Ministre de l'Intérieur (méprisant envers les contradicteurs) ou le Debré du Perchoir (garant du règlement au-delà des clivages) que l'on verra à l'oeuvre. Dans le même temps, Alain Duhamel, qui avait été jeté de France 2 et RTL, non pas pour incompétence notoire (là, personne n'aurait gueulé), mais pour avoir annoncer son vote pour Bayrou. Ainsi, il faut garantir l'objectivité journalistique au-delà des soupçons de connivences et donc, les grands rôles doivent être dévolus à des personnalités impartiales. Donc, RTL a remplacé Duhamel par Franz-Olivier Giesbert (directeur de l'hebdomadaire sarkozyste Le Point) et Serge July (ainsi directeur de Libération, marqué clairement socialiste), qui, eux, ne sont pas suspects de faire passer leurs idées dans leur travail. Ou alors, ils soutiennent des candidats qu'on peut soutenir, c'est selon.
Consolation pour Bayrou, il est au second tour ... du sondage en ligne de votez2007. Résultat tout aussi fiable que n'importe quel sondage, ce qui signifie qu'on ne peut absolument rien en conclure. En effet, comment on explique la différence entre ce résultat et les sondages actuels ? Les sondages sous-estiment le score de Bayrou ? Sur-estiment celui de Royal ? Les fans de Bayrou sont-ils en proportion plus nombreux chez les internautes que dans la population totale ? Mais alors, pourquoi ? Meilleur accès à l'information ? Classe sociale plus réceptive aux idées centristes ? Simple effet de mode ? Ou encore, les fans de Bayrou ne sont, même sur le Net, pas plus nombreux qu'"en vrai", mais mieux organisés ? Enfin, tout ça n'empêche pas que l'information soit relayée telle quelle, sans toutes ces interrogations.
Gromanche 25 Février :
Si Arrêt sur images continue son tour d'horizon des candidats (après Sarkozy et Royal, Le Pen, j'attends avec impatience celui consacré à Jean-Marc Governatori), Estelle Denis voit un nouveau candidat à grandes oreilles lui rendre visite. Mais celui-ci, il n'est pas un shamallow de 1m84 (et 1m84 de shamallow, ça commence à faire), mais plus ramassé. En effet, Nicolas Sarkozy succédait à François Bayrou pour Cinq ans avec.
On commence avec un sondage IFOP le donnant à égalité au premier tour avec Ségolène Royal, mais il réfute cette donnée, il ne croit pas au sondage et d'ailleurs, garde la tête froide qu'il a toujours eu : "je n'ai jamais dit que c'était gagné", malgré ses déclarations triomphalistes ("cette élection, je commence à pas trop mal la sentir") à la Réunion (d'ailleurs, si Sarkozy poursuit sa descente dans les sondages jusqu'au 22 avril et se fait jeter dès le premier tour, ça m'étonnerait qu'un candidat vienne à la Réunion en 2012, cette île est maudite). Son portrait par Anne-Elisabeth Lemoine : Nicolas Sarkozy est un condensé des émissions de M6 (quand on vous dit, qu'on a une télé sarkozyste). En effet, il est un mélange de Marc-Olivier Fogiel (petit, nerveux et agressif), de Fan de (c'est une vraie midinette quand il parle de Johnny Hallyday), de C'est du propre (rapport au Kärcher), de Turbo (il est toujours pressé) et de Super Nanny (son penchant autoritaire). Il nous explique alors que son "j'ai changé" faisait référence à ses 20 ans, on en prend acte en concluant qu'il n'a pas changé par rapport au Ministre de l'Intérieur de ces quatre dernières années.
Vous vous souvenez de Le Pen le pupille de la Nation, de Royal "partie de rien", de Bayrou le pauvre provincial brimé, eh bien voilà Nicolas Sarkozy, qui a beaucoup souffert, lui aussi. Car lui, s'il a gravi les échelons, c'est grâce à son seul mérite, pas comme d'autres (qu'il ne nommera pas) : "j'ai dû beaucoup me battre", "rien ne m'a été donné". Il a subi beaucoup d'ostracisme dans son enfance, à cause de sa mère divorcée, chose qui ne se faisait pas dans la bourgeoisie de l'époque. Car il est d'un autre temps, celui qui se réclame de la rupture. Ainsi, il nous raconte ses sorties du jeudi après-midi avec son grand-père : prendre la première station de métro venue, descendre au terminus, aller dans le premier café qu'on trouve et alors, "on avait l'impression d'avoir fait le tour du monde". Il poursuit en racontant que le premier film qu'il a vu au cinéma était Ben-Hur, son émerveillement d'alors, mais hélas, il a oublié de dire qu'à Noël, il n'avait qu'une orange. Estelle Denis lui demande alors si, comme il avait 20 ans dans les années 70, il a eu une jeunesse Sex, drugs and rock'n roll. Réponse : le sexe, non (et il ajoute qu'il n'a pas la même expérience que son ami Marc-Olivier Fogiel), la drogue, non plus et le rock, oui, Johnny (c'est quand même autre chose que les Stones ou Led Zep). Son ami d'enfance, Serge Danlos, maire PS d'Asnières (hi hi hi, 22, v'là le flic à Asnières), confirme sa passion pour Johnny et ajoute : "il y a toute la logique de Nicolas Sarkozy chez Johnny". On apprend aussi que sa chanson préférée est Cours plus vite Charlie (ça veut dire qu'il voulait que Pasqua se barre du département). Certes, il est ami avec Didier Barbelivien, Jean Reno, Christian Clavier et Pierre Palmade, mais ce n'est pas parce qu'ils sont stars. D'ailleurs, il ne sent pas de besoin de vedettariat. "Est-ce que ça m'est arrivé d'avoir la grosse tête ? Oui, mais il y a longtemps". Cet aveu concerne en fait 1993, quand il a accompli son rêve de gosse en devenant ministre.
Sarkozy et la politique, grande histoire. "Même très jeune, je n'ai jamais fait mon petit complexe gauchiste". Et pourquoi, cette envie de travailler dans la politique ? "Je n'avais pas envie d'être toujours avec les mêmes gens pour parler des mêmes choses". On visite alors son bureau au ministère, il n'écrit qu'à la main, il est définitivement rétif à l'ordinateur : "j'ai besoin du contact entre la plume et le papier" (mais oui, on te croit, tu écris toi-même tes discours). Seule la télévision lui appartient dans les meubles et la décoration doit avoir l'aval de sa famille. Il y a aussi au mur des photos de Sarkozy, avec ses gosses, avec Lionel Richie, avec Laurent Jalabert ... Famille toujours, il y a un panneau de basket (vous imaginez, Sarkozy faire un dunk ?) dans le jardin pour qu'il puisse jouer contre Louis. Qu'on se le dise, Sarkozy est amour. Ainsi, pourquoi l'Intérieur ? "J'étais plus heureux à l'Intérieur qu'aux Finances, parce que j'aime les gens". Avec Bernadette Chirac, il a une "amitié assez respectueuse" (tout est dans le "assez").
Un peu de critique de cette statue magnifique. D'abord, il affirme aimer le sport pour "l'effort de la volonté", il fait un jogging d'une heure pour être prêt à faire un discours d'une heure. Las, en insistant, il concède qu'il a tendance à grossir et ainsi, "la seule solution que j'ai trouvé pour ne pas être un petit tonneau, c'est de faire du sport". Il affirme aussi qu'il ne referait pas les photos dans son bureau avec sa famille, qu'il veut maintenant la protéger ("c'est mon rôle de père et mon rôle d'époux"), ce qui, pour quelqu'un qui a parlé un grand nombre de fois de sa famille, est signe d'un grand effort. Un court instant de parole est laissé à ses ennemis, l'opposition au Conseil Régional des Hauts-de-Seine (non, André Santini, ça ne compte pas). Ils lui reprochent en vrac : une absence de contact humain avec l'opposition (l'un viendra même à dire "on en vient à regretter Pasqua"), pas de respect pour la contestation de ses propos et de sa politique, une recherche constante à humilier ses adversaires et un mépris constant pour eux.
Enfin, la partie politique de l'émission, avec la caméra embarquée dans sa campagne. On voit ainsi l'UMP local préparer sa venue en Réunion, une discussion avec Santini (où Sarkozy lui dit de faire attention car il y a un micro), une rencontre avec des syndicalistes (où l'un d'eux l'envoie chier en disant qu'il ne le croit pas, et où ils sont immédiatement rejetés pour une photo avec un élu local) et une visite d'un supermarché (où il répète à tout le monde qu'il est pour la valorisation du travail, traitant ainsi en creux les chômeurs de glandos). On l'accuse de ne pas être sincère dans sa filiation avec Jaurès et Blum, mais il rejette ces accusations ("si je mentais, ça se verrait comme le nez au milieu de la figure") et en vient même à plagier Emile Gravier ("vous ne pouvez pas tromper les gens sur 20 ans de carrière"). D'ailleurs, son travail est unanimement salué : "l'opposition compris, tout le monde considère qu'il n'y a pas eu une bavure en quatre ans".
Entre enfin Bernard de la Vilardière pour l'interview finale. Sarkozy défend la discrimination positive pour sa solidarité ("il faut donner à chacun selon son mérite et selon son handicap"), sa généralité ("on a plus besoin d'aider la Creuse que les Hauts-de-Seine"), sa nécessité ("la France est diverse, mais elle ne l'est pas dans les élites") et enfin, son existence dans les faits, avec la parité. Sur l'immigration choisie, il la veut par humanisme (si, si), il ne faut faire venir que des gens qui auront un travail et un logement, non sans être auteur d'embardées à droite : "si on n'a pas de travail, on n'a pas vocation à rentrer en France", "ceux qui n'ont pas de papier ont la vocation à être reconduits chez eux". D'ailleurs, il refuse que viennent en France ceux qui pratiquent l'excision, la polygamie et les mariages forcés. En revanche, avec cette absence de citation, il faut croire qu'il a changé d'avis sur les égorgeurs de mouton dans les baignoires. Enfin, il montre qu'il sait avoir de l'humour : "le Contrat Nouvel Embauche est un succès".
ajouter un commentaire commentaires (0) créer un trackback recommander
Commentaires