Dimanche 25 février 2007

ils viennent jusque dans nos baignoires, égorger nos moutons, ces barbares

Dredi 23 Février :

Au Grand Journal, Julien Dray comme invité montre une belle modification faciale. Ça commence par un visage fermé quand Jean-Michel Apathie se lance dans un flingage en règle de la nouvelle équipe de campagne de Ségolène Royal. Puis, il se détend lorsque Apathie se montre dubitatif (voire carrément sceptique) sur le fameux Spartacus. Donc, Dray montre qu'il est satisfait que la tentative de déstabilisation soit dénoncée mais, il se crispe soudainement lorsque Apathie fait une comparaison entre Spartacus et le Caton que Mitterrand avait lancé contre la droite. Du coup, il a évité de la ramener ensuite sur ce sujet. Dans la même émission, grand moment de rigolade offert par Noël Mamère, grâce en soit rendue à Karl Zéro. En effet, interviewé par le César du meilleur documentaire, il en a fait des tonnes sur son déplacement en vélo, il nous explique longuement ce que c'est que de pédaler sous la pluie et dans le vent comme il vient de courageusement le faire et on nous montre son arrivée effective ... en voiture, et avec un chauffeur en plus.

Ce jour-là, c'est aussi le deuxième numéro des documentaires de France 5 sur les images et la communication des candidats. Cette fois-ci, après Olivier Besancenot et Jean-Marie Le Pen, ce sont Arlette Laguiller et Philippe de Villiers qui ont été analysés.

D'abord, Laguiller, sixième candidature à la présidentielle, et première femme à l'avoir été, ainsi, elle aura à jamais porté la question de la place des femmes dans la politique. On la ressort à chaque présidentielle, on la retrouve toujours pareil, à part des rides en plus, c'est un tel point fixe qu'on sait toujours ce qu'elle va dire avant même qu'elle ne parle. Elle ne marchande pas ses voix contre une carrière, elle se les garde bien au chaud, d'ailleurs, elle ne représente pas une action mais un message et l'important est qu'il passe. Gérard Miller définit ainsi la sympathie dont elle bénéficie : "Laguiller, c'est la fille cachée de Trotsky avec Nounours, tout le monde a aimé, aime ou aimera Laguiller". Quand bien même on ne la croit pas, elle rassure, c'est la seule à encore défendre une utopie. Pourtant, Lutte Ouvrière passe pour une vieille organisation, fermée, impénétrable, limite sectaire, tournée vers un unique objectif : la révolution. Elle est aussi la seule à utiliser le mot "travailleurs", ce qui est toujours appréciable pour son auditoire. Elle lit un texte fixé, écrit par d'autres, dont elle ne change pas une ligne, elle ne sort pas de la ligne du parti. Gérard Miller continue de montrer qu'il a de la culture en comparant ses colères avec celles de Donald : elles sont furieuses mais sans conséquence. Laguiller apporte des solutions simples à des problèmes compliqués : il n'y a qu'à prendre l'argent des riches, voilà qui est applicable dans tous les domaines. Elle veut une ouverture sur l'immigration, témoin de son internationalisme et de la libre circulation des personnes. Son succès, c'est aussi évidemment qu'elle tranche dans le paysage politique, elle bénéficie d'un vote habituel de 5% de gens qui ne sont pas en accord avec elle mais qui approuve le message. La différence entre le vote LO et le vote FN tient à ce que l'électeur LO croit encore dans le changement par la politique alors que l'électeur FN n'y croit plus.

Philippe de Villiers se pose en grand frère, il fait partie du groupe, mais un peu au-dessus des autres, ainsi, il n'utilise pas le "je". Il prône l'autorité, notamment dans l'école et la famille, ce qui correspond à un électorat de province, catholique, de classe moyenne - aisée, et plutôt âgé. Ses discours parlent souvent de renouer avec la tranquillité française d'avant. D'avant quoi ? D'avant l'immigration. Il ne donne pas vraiment sur ce point du fond mais des signaux (le drapeau, les slogans ...), mettant ainsi en scène une préservation de l'école. Ce que propose de Villiers, c'est l'ordre moral, l'ordre des moeurs privées : la famille, la sexualité au service de la production et la religion catholique. Il ne met pas en cause les institutions mais son personnel, la classe politique, dans son ensemble. S'il se revendique d'un "patriotisme populaire", ses idées sont plutôt signe d'un populisme patriote. Il lie ainsi des choses qui n'ont aucun rapport dans ses démonstrations. Autre caractéristique de son discours, l'opposition des petits et des gros : il se met en effet dans le camp des travailleurs de la terre, des petites mains, contre les gens de la haute qui manipulent l'argent. On est ainsi en plein dans un thème classique de l'extrême-droite, la France éternelle contre la modernité. Il use ainsi du discours du Chouan, d'un patriotisme des campagnes et se pose par conséquent en porte-parole de la ruralité. Cela dit, il a aussi ses contradictions. Ainsi, ce chaud partisan du respect de l'autorité prône la désobéissance contre Bruxelles et le pouvoir européen. Quand il s'agit de la France, il incorpore aussi des moments de gravité dans son discours, il prend un ton solennel pour arracher une larme à l'auditoire (sans grande réussite, d'ailleurs).

Sadi 24 Février :

Après Bernie Bonvoisin et Pierre Arditi, Richard Bohringer dément vouloir voter Bayrou. Si les deux autres se sont depuis prononcer pour Royal, lui affirme ne pas encore avoir choisi. Alors, comment ces trois personnes ont pu se retrouver embrigadées malgré elles pour un candidat qui refuse les comités de soutien de célébrités ? Pour une raison simple, ils ont accepté de prendre en compte ses idées et même reconnaître des qualités. Or, on est censé avoir un gentil et tout le reste ne doit être composé de méchants vilains pas beaux. Donc, si on respecte ou qu'on approuve, ne serait-ce que sur un point, un candidat, c'est qu'on est pour lui. On ne peut pas soutenir quelqu'un tout en concédant que les autres ne sont pas des désastres absolus. IM-PO-SSI-BLE !

Tant qu'on est dans l'engagement politique, on retrouve deux héros des derniers jours. D'abord, Jean-Louis Debré, à peine libéré de sa charge de Président de l'Assemblée Nationale, est nommé Président du Conseil Constitutionnel. Reste à savoir si ce sera le Debré Ministre de l'Intérieur (méprisant envers les contradicteurs) ou le Debré du Perchoir (garant du règlement au-delà des clivages) que l'on verra à l'oeuvre. Dans le même temps, Alain Duhamel, qui avait été jeté de France 2 et RTL, non pas pour incompétence notoire (là, personne n'aurait gueulé), mais pour avoir annoncer son vote pour Bayrou. Ainsi, il faut garantir l'objectivité journalistique au-delà des soupçons de connivences et donc, les grands rôles doivent être dévolus à des personnalités impartiales. Donc, RTL a remplacé Duhamel par Franz-Olivier Giesbert (directeur de l'hebdomadaire sarkozyste Le Point) et Serge July (ainsi directeur de Libération, marqué clairement socialiste), qui, eux, ne sont pas suspects de faire passer leurs idées dans leur travail. Ou alors, ils soutiennent des candidats qu'on peut soutenir, c'est selon.

Consolation pour Bayrou, il est au second tour ... du sondage en ligne de votez2007. Résultat tout aussi fiable que n'importe quel sondage, ce qui signifie qu'on ne peut absolument rien en conclure. En effet, comment on explique la différence entre ce résultat et les sondages actuels ? Les sondages sous-estiment le score de Bayrou ? Sur-estiment celui de Royal ? Les fans de Bayrou sont-ils en proportion plus nombreux chez les internautes que dans la population totale ? Mais alors, pourquoi ? Meilleur accès à l'information ? Classe sociale plus réceptive aux idées centristes ? Simple effet de mode ? Ou encore, les fans de Bayrou ne sont, même sur le Net, pas plus nombreux qu'"en vrai", mais mieux organisés ? Enfin, tout ça n'empêche pas que l'information soit relayée telle quelle, sans toutes ces interrogations.

Gromanche 25 Février :

Si Arrêt sur images continue son tour d'horizon des candidats (après Sarkozy et Royal, Le Pen, j'attends avec impatience celui consacré à Jean-Marc Governatori), Estelle Denis voit un nouveau candidat à grandes oreilles lui rendre visite. Mais celui-ci, il n'est pas un shamallow de 1m84 (et 1m84 de shamallow, ça commence à faire), mais plus ramassé. En effet, Nicolas Sarkozy succédait à François Bayrou pour Cinq ans avec.

On commence avec un sondage IFOP le donnant à égalité au premier tour avec Ségolène Royal, mais il réfute cette donnée, il ne croit pas au sondage et d'ailleurs, garde la tête froide qu'il a toujours eu : "je n'ai jamais dit que c'était gagné", malgré ses déclarations triomphalistes ("cette élection, je commence à pas trop mal la sentir") à la Réunion (d'ailleurs, si Sarkozy poursuit sa descente dans les sondages jusqu'au 22 avril et se fait jeter dès le premier tour, ça m'étonnerait qu'un candidat vienne à la Réunion en 2012, cette île est maudite). Son portrait par Anne-Elisabeth Lemoine : Nicolas Sarkozy est un condensé des émissions de M6 (quand on vous dit, qu'on a une télé sarkozyste). En effet, il est un mélange de Marc-Olivier Fogiel (petit, nerveux et agressif), de Fan de (c'est une vraie midinette quand il parle de Johnny Hallyday), de C'est du propre (rapport au Kärcher), de Turbo (il est toujours pressé) et de Super Nanny (son penchant autoritaire). Il nous explique alors que son "j'ai changé" faisait référence à ses 20 ans, on en prend acte en concluant qu'il n'a pas changé par rapport au Ministre de l'Intérieur de ces quatre dernières années.

Vous vous souvenez de Le Pen le pupille de la Nation, de Royal "partie de rien", de Bayrou le pauvre provincial brimé, eh bien voilà Nicolas Sarkozy, qui a beaucoup souffert, lui aussi. Car lui, s'il a gravi les échelons, c'est grâce à son seul mérite, pas comme d'autres (qu'il ne nommera pas) : "j'ai dû beaucoup me battre", "rien ne m'a été donné". Il a subi beaucoup d'ostracisme dans son enfance, à cause de sa mère divorcée, chose qui ne se faisait pas dans la bourgeoisie de l'époque. Car il est d'un autre temps, celui qui se réclame de la rupture. Ainsi, il nous raconte ses sorties du jeudi après-midi avec son grand-père : prendre la première station de métro venue, descendre au terminus, aller dans le premier café qu'on trouve et alors, "on avait l'impression d'avoir fait le tour du monde". Il poursuit en racontant que le premier film qu'il a vu au cinéma était Ben-Hur, son émerveillement d'alors, mais hélas, il a oublié de dire qu'à Noël, il n'avait qu'une orange. Estelle Denis lui demande alors si, comme il avait 20 ans dans les années 70, il a eu une jeunesse Sex, drugs and rock'n roll. Réponse : le sexe, non (et il ajoute qu'il n'a pas la même expérience que son ami Marc-Olivier Fogiel), la drogue, non plus et le rock, oui, Johnny (c'est quand même autre chose que les Stones ou Led Zep). Son ami d'enfance, Serge Danlos, maire PS d'Asnières (hi hi hi, 22, v'là le flic à Asnières), confirme sa passion pour Johnny et ajoute : "il y a toute la logique de Nicolas Sarkozy chez Johnny". On apprend aussi que sa chanson préférée est Cours plus vite Charlie (ça veut dire qu'il voulait que Pasqua se barre du département). Certes, il est ami avec Didier Barbelivien, Jean Reno, Christian Clavier et Pierre Palmade, mais ce n'est pas parce qu'ils sont stars. D'ailleurs, il ne sent pas de besoin de vedettariat. "Est-ce que ça m'est arrivé d'avoir la grosse tête ? Oui, mais il y a longtemps". Cet aveu concerne en fait 1993, quand il a accompli son rêve de gosse en devenant ministre.

Sarkozy et la politique, grande histoire. "Même très jeune, je n'ai jamais fait mon petit complexe gauchiste". Et pourquoi, cette envie de travailler dans la politique ? "Je n'avais pas envie d'être toujours avec les mêmes gens pour parler des mêmes choses". On visite alors son bureau au ministère, il n'écrit qu'à la main, il est définitivement rétif à l'ordinateur : "j'ai besoin du contact entre la plume et le papier" (mais oui, on te croit, tu écris toi-même tes discours). Seule la télévision lui appartient dans les meubles et la décoration doit avoir l'aval de sa famille. Il y a aussi au mur des photos de Sarkozy, avec ses gosses, avec Lionel Richie, avec Laurent Jalabert ... Famille toujours, il y a un panneau de basket (vous imaginez, Sarkozy faire un dunk ?) dans le jardin pour qu'il puisse jouer contre Louis. Qu'on se le dise, Sarkozy est amour. Ainsi, pourquoi l'Intérieur ? "J'étais plus heureux à l'Intérieur qu'aux Finances, parce que j'aime les gens". Avec Bernadette Chirac, il a une "amitié assez respectueuse" (tout est dans le "assez").

Un peu de critique de cette statue magnifique. D'abord, il affirme aimer le sport pour "l'effort de la volonté", il fait un jogging d'une heure pour être prêt à faire un discours d'une heure. Las, en insistant, il concède qu'il a tendance à grossir et ainsi, "la seule solution que j'ai trouvé pour ne pas être un petit tonneau, c'est de faire du sport". Il affirme aussi qu'il ne referait pas les photos dans son bureau avec sa famille, qu'il veut maintenant la protéger ("c'est mon rôle de père et mon rôle d'époux"), ce qui, pour quelqu'un qui a parlé un grand nombre de fois de sa famille, est signe d'un grand effort. Un court instant de parole est laissé à ses ennemis, l'opposition au Conseil Régional des Hauts-de-Seine (non, André Santini, ça ne compte pas). Ils lui reprochent en vrac : une absence de contact humain avec l'opposition (l'un viendra même à dire "on en vient à regretter Pasqua"), pas de respect pour la contestation de ses propos et de sa politique, une recherche constante à humilier ses adversaires et un mépris constant pour eux.

Enfin, la partie politique de l'émission, avec la caméra embarquée dans sa campagne. On voit ainsi l'UMP local préparer sa venue en Réunion, une discussion avec Santini (où Sarkozy lui dit de faire attention car il y a un micro), une rencontre avec des syndicalistes (où l'un d'eux l'envoie chier en disant qu'il ne le croit pas, et où ils sont immédiatement rejetés pour une photo avec un élu local) et une visite d'un supermarché (où il répète à tout le monde qu'il est pour la valorisation du travail, traitant ainsi en creux les chômeurs de glandos). On l'accuse de ne pas être sincère dans sa filiation avec Jaurès et Blum, mais il rejette ces accusations ("si je mentais, ça se verrait comme le nez au milieu de la figure") et en vient même à plagier Emile Gravier ("vous ne pouvez pas tromper les gens sur 20 ans de carrière"). D'ailleurs, son travail est unanimement salué : "l'opposition compris, tout le monde considère qu'il n'y a pas eu une bavure en quatre ans".

Entre enfin Bernard de la Vilardière pour l'interview finale. Sarkozy défend la discrimination positive pour sa solidarité ("il faut donner à chacun selon son mérite et selon son handicap"), sa généralité ("on a plus besoin d'aider la Creuse que les Hauts-de-Seine"), sa nécessité ("la France est diverse, mais elle ne l'est pas dans les élites") et enfin, son existence dans les faits, avec la parité. Sur l'immigration choisie, il la veut par humanisme (si, si), il ne faut faire venir que des gens qui auront un travail et un logement, non sans être auteur d'embardées à droite : "si on n'a pas de travail, on n'a pas vocation à rentrer en France", "ceux qui n'ont pas de papier ont la vocation à être reconduits chez eux". D'ailleurs, il refuse que viennent en France ceux qui pratiquent l'excision, la polygamie et les mariages forcés. En revanche, avec cette absence de citation, il faut croire qu'il a changé d'avis sur les égorgeurs de mouton dans les baignoires. Enfin, il montre qu'il sait avoir de l'humour : "le Contrat Nouvel Embauche est un succès".

par Schweinnie publié dans : telepoubelle
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Samedi 24 février 2007

autre monde possible, poulitique, coalition, rupture et préférence nationale

Mordi 20 Février :

Rien à voir avec la campagne, mais Jean-Luc Delarue fait une soirée spéciale sans évoquer les thèmes : "je picole en avion pour calmer ma peur", "j'aime peloter les hôtesses et mordre les stewards" ou "je me prends pour Joey Starr". Par pudeur, sans doute.

Ce jour, c'est aussi le nouveau passage obligé des candidats devant un lobby. Après le défilé sur le canal Saint-Martin pour exprimer aux Enfants de Don Quichotte leur compassion envers les SDF, après la signature spectacle du Pacte Ecologique de Nicolas Hulot, après le rendez-vous sur le Sport organisé par le CNOSF, ce sont maintenant les chasseurs qui organisent la surenchère thématique. Cela dit, rien ne les oblige à se plier à cette demande, Le Pen et Laguiller avaient refusé le Pacte Ecologique, Bayrou n'a rien promis sur le sport et cette fois, le rôle du ronchon de service est tenu par Dominique Voynet, qui vient dénoncer les actions entreprises contre elle par les chasseurs lorsqu'elle était Ministre de l'Environnement et défendre sa politique d'alors. Du coup, non seulement elle se montre cohérente avec ses idées (au contraire des contorsions de certains autres pour plaire à tous) mais en plus, on a surtout parlé d'elle, bien plus que des autres. Réussite sur les idées et sur l'effet médiatique, ça fera une raison de se réjouir pour elle.

Vu au Zapping, Marc-Olivier essaye de se farcir Bruno Gollnisch et se prend un retour en pleine face. Il attaque, comme à son habitude, en sortant les dossiers gênants : "vous avez été condamné pour négation de crimes contre l'Humanité". Mais l'exemplarité du journaliste, ça ne veut pas dire seulement ne pas dire qu'on vote Bayrou, Gollnisch vient le lui rappeler : "mais vous aussi, vous avez été condamné, pour injures raciales avec un SMS falsifié". On voit bien lequel des deux est désormais pote avec Dieudonné, du coup, Fogiel bredouille et passe à autre chose. On connaissait le combat de l'éléphant contre l'hippopotame, on vient de découvrir le combat de la fouine contre la hyène.

Enfin, les derniers sondages qui sortent : CSA, qui annonce Royal à la hausse, et BVA, qui annonce Royal à la baisse. Alors, CSA annonce avoir fait son sondage après la prestation télévisé sur TF1 (non pas à chaud, mais carrément à brûlant) contrairement à BVA, certes, mais si c'était pour convaincre le bas peuple à la parole d'Alain Garrigou, c'est réussi. D'ailleurs, l'institut CSA se déchaîne et en met partout, un sondage le 15, un autre le 17 et encore un le 21, visiblement, entre deux C dans l'air, Roland Cayrol s'emmerde. A voir autre chose, aussi, les correctifs. Vu qu'on n'a pas eu d'élection permettant de connaître les forces de chacun depuis 2004, les instituts naviguent bien à vue et donc, les marges d'erreur sont plus que jamais à prendre en considération (bien qu'elles ne soient jamais données), que ce soit pour le premier ou le second tour. En général, on considère cette marge à 3%, voyons ce que ça représente sur les sondages de second tour de CSA du 17 et du 21. Donc, selon ce qui est fourni par l'institut, on passe de 55-45 pour Sarkozy à 51-49, conclusion : il se prend une peignée sur la semaine mais garde l'avantage. Sauf que ça peut aussi vouloir dire qu'on passe de 52-48 à 54-46 (dans ce cas, Sarkozy augmente son avantage) ou qu'on passe de 58-42 à 48-52 (et là, c'est une calamité pour le Gremlin qui, d'une élection triomphale, se retrouve à une défaite), avec, bien évidemment, toute la gamme des intermédiaires. Conclusion : on ne peut rien en dire.

Credi 21 Février :

Dernière séance des Questions au gouvernement, comme à chaque dernière journée de classe, c'est l'heure de adieux déchirants et nostalgiques. Nous ne verrons peut-être plus Maxime Gremetz vociférer, André Santini s'étouffer de rire, Jacques Myard se dresser sur ses ergots, Jack Lang se pavaner, Jean Lassalle se dessécher (quand il ne chante pas), François Hollande roupiller et Jean-Louis Debré s'exciter sur sa règle. Snif. Ils nous manqueront (enfin, juste pour ça, il ne faut pas déconner, non plus). Evidemment, Jean-Louis Debré a reçu une standing ovation de tout l'hémicycle, les hommages ont plus, même Dominique de Villepin y est allé en saluant l'opposition "qui a rempli son rôle" (il parle de flinguer Sarkozy ?), petit moment de gentillesse dans une période où les coups pleuvent.

En parlant de coups, on découvre Eric Besson, dont l'existence était ignorée par les ouvriers une semaine plutôt et qui, en partant et en se prenant un tombereau d'injures par les ségomaniaques, s'est retrouvé sur le devant de la scène un peu malgré lui. Il était là invité du Grand journal et il faut le savoir, qu'il était membre estimé du PS. Bon, il a quand même remercié François Hollande pour son bon comportement mais explique que sa décision d'accompagner sa démission de départ du PS et de convocations de la presse est due aux attaques subies. Attaques portant sur sa santé mentale et sa famille et, c'est à cause de ça qu'il porte l'affaire sur la place publique. Hélas, il ne donne pas les noms de ceux qui l'ont attaqué ("des responsables du parti, membres de l'équipe de campagne de Ségolène Royal"), quitte à régler ses comptes, il aurait pu aller au bout. Il dénonce aussi la place des conseillers dans l'équipe de campagne de Royal (avant renouvellement), peu au fait des réalités politiques. Enfin, il se dit "assez pote" avec Nicolas Sarkozy, hors de combats politiques. Là, on se rappelle les diverses descriptions de Besson au moment de la publication de son rapport sur Sarkozy, et ceux qui le descendent maintenant l'encensaient avant et réciproquement.

Joudi 22 Février :

Le mois de février, c'est celui où Chirac avait inversé la tendance par rapport à Balladur en 1995 et Jospin en 2002, alors on en profite pour sortir les armes secrètes. Ainsi, Ségolène Royal renouvelle son équipe et fait sonner la relève ambitieuse : Pierre Mauroy, Yvette Roudy, Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius, Lionel Jospin ... Que des jeunes aux dents longues ! Avant, elle disait "pour que ça change fort", maintenant, elle dit "pour que ça change", fort, pour que tout le monde entende. Ça a l'avantage de remettre la main sur les socialistes de toujours, sur les divers dubitatifs quant à sa nouvelle poulitique, mais a contrario, ça tord le cou à l'image du renouveau. Finalement, elle se retrouve comme une candidate socialiste quelconque, pas si novatrice qu'elle le prétend.

Dans le même temps, une tribune de Libé nous apprend le ralliement de Spartacus à François Bayrou. Non, pas le gladiateur en slip, mais des hauts fonctionnaires socialistes de Bercy, regroupés sous ce pseudonyme car des hordes de gardiens de la révolution hantent les couloir avec de gros couteaux entre les dents pour traquer les dangereux réactionnaires. Dans le même temps, Ulysse 31, collectif de dinosaures partouzeurs de droite, annonce qu'il soutient Royal, tandis que Thésée, groupement anonyme d'instituteurs savoyards unijambistes atteints de sclérose en plaques, osent dire que Sarkozy est l'homme qu'il faut. Tant de ralliements surprise, ça fait comme une sorte de fussoir.

Enfin, Michel Denisot continue d'animer son émission au rythme de la campagne, avec Bernard Kouchner venu vendre du Royal mais qui aura surtout vendu du lui-même, et encore une exposition d'une autre vision des grands candidats. Nouveauté par rapport aux autres fois, Bayrou est inclus au tandem Royal-Sarkozy, début de la gloire mais fin de l'ostracisme. Bon, pour qu'on reconnaisse bien qui supporte qui, il a quand même invité des stéréotypes, Mounir pour le PS (la banlieue, l'intégration, le sweat rose), Charles-Edouard pour l'UMP (la coiffure sophistiquée, les yeux mi-clos et la chemise ouverte sur le duvet) et Quitterie pour l'UDF (l'amour de tout le monde, pas de polémiques, mais quand même, Bayrou est le meilleur). Choisis ton camp, camarade ! Cela dit, pas de frontiste ni d'anti-libéral, soit deux mouvances recueillant un joli nombre de suffrages mais non représentées.

par Schweinnie publié dans : telepoubelle
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Mercredi 21 février 2007

réconcilions les Français avec la poulitique

Troisième édition du grand rendez-vous de TF1, évidemment, j'attendrai que le quatrième soit passé pour tirer un bilan global. On peut quand même déjà reconnaître à TF1 le fait de faire ses émissions spéciales toutes à la suite, pour mettre chacun dans globalement la même situation, alors que les A vous de juger consacrés à Royal et à Sarkozy n'auront lieu qu'après, donc plus proches de la date du vote, ce qui peut sembler injuste. De même, on aurait aimé une pareille régularité dans les numéros spéciaux du Grand Journal, pour que Bayrou, qui a inauguré cette formule, soit mis dans les mêmes dispositions que les autres qui s'y prêterons (on ignore qui et quand).

Avis global : le PS nous promettait un traquenard de Télé-Sarkozy, l'UMP une démonstration de nullité et d'incompétence, on aura vu ni l'un ni l'autre. Elle aura été mise dans la même situation de Sarkozy et Le Pen et s'en sera aussi bien sorti. Comme quoi, les jugements avant l'heure n'ont aucun sens. Elle a déjà rangé son costume rouge de Villepinte, retour au blanc mais toujours sa posture de mère de la Patrie et de ses Citoyens. Une innovation : elle s'est mue sur la scène, n'est pas restée derrière son pupitre mais en revanche, elle a eu trop tendance à s'accouder à ce pupitre façon pilier de bistrot. De plus, même immobile, elle bouge beaucoup des jambes, passant d'un pied sur l'autre. Enfin, ce qu'on retient du fond, c'est "dans le pacte présidentiel que je propose" (dit 184 fois, ce qui commence à faire), que c'est "une très bonne question" (471 fois) une utilisation massive du "je", une profusion de générations de "cercles vertueux" (539 fois) et d'actions "gagnant-gagnant" (615 fois). Parfois, elle a même dit : "dans le pacte présidentiel que je propose, je faire créer des cercles vertueux qui, pour vous, seront gagnant-gagnant, c'est ça, ma poulitique".

Entrons dans le détail. Déjà, un départ en fanfare : mon ami a un cancer du colon, je suis un ancien alcoolique, je suis atteint de sclérose en plaques, on se croirait chez Jean-Luc Delarue. Evidemment, pas de boulettes, elle a bien pensé à dire qu'elle était contre le cancer, l'alcoolisme et le handicap, voilà qui répond bien aux grandes causes nationales définies par Chirac en 2002. Il y a aussi des questions de fonds abordées, à commencer par les retraites, première question posée. Là-dessus, la solution est définie clairement : "je réformerai l'indice des prix car il comprend des données qui ne concernent pas les retraités". Plus que les pensions, c'est le mode de calcul qu'il faut changer et pour cela, il faut "que l'indice des prix corresponde à ce que coûtent les choses aux personnes concernées". Alors, si on augmente les pensions, ça fait plus d'argent payé par l'Etat, donc il faut trouver des pépettes : "bien sûr, il faut abonder l'alimentation des retraites, mais à partir de quoi ? A partir de la relance de la croissance". Bayrou nous expliquait que les économies règleraient tout, Sarkozy défendait l'idée du diminution du nombre de fonctionnaires, Le Pen clamait que sans immigration, on aurait plus de blé, eh bien Royal, elle, elle propose la croissance. Comme quoi, dans cette campagne, on a des vraies divergences de fonds : on va trouver plein d'argent pour faire ce qu'on veut, mais les solutions miracles divergent, à vous de croire laquelle est la plus crédible.

Commence la séquence émotions, je vous aime, public adoré. D'abord, amis jeunes, vous êtes l'avenir du futur : "la proposition que je fait dans mon pacte présidentiel est qu'il n'y ait pas un jeune au chômage pendant plus de six mois". Alors, certains se plaindront de cette compassion, mais la madone s'en défend : "certains disent que c'est pas d'la poulitique, mais si, c'est d'la poulitique". Ensuite, les soins et les vieux, beaucoup peut être fait : "dans les services d'aide à la personne, il y a des milliers d'emplois qui ne sont pas délocalisables". Certes, mais on peut envoyer mamie en Chine. La santé est un service public et on doit garantir sa permanence : "j'organiserai des états généraux de la santé pour voir comment on peut compléter les hôpitaux et la médecine de proximité". Et égalité, car on est de gauche, alors on clame "que tous les Français puissent accéder aux hautes technologies médicales". Enfin, le fameux handicapé atteint de sclérose en plaques, résultant d'un coup de gueule d'associations d'handicapés contre leur absence lors des deux précédents panels. Premier problème, les communs des valides, qui ne se rendent pas compte de ce que c'est : "il faut changer le regard de la société sur le handicap". Autre soucis, l'accession sociale des handicapés aux hautes sphères diverses : "dans une réunion avec une vingtaine de personnes, il devrait y avoir une ou deux personnes en situation de handicap". A la fin, il veut faire passer un message, mais, pris par l'émotion, il pleure. Royal s'approche alors pour le consoler et lui prendre la main (qu'il relâche aussitôt). Là, j'ai été un peu déçu, elle n'a pas réussi à lui rendre l'usage de ses jambes, belle bourde, donc. Cela dit, il a bandé, c'est déjà ça.

Rien à voir, elle se prononce pour l'euthanasie (je répète, c'était une autre question, elle n'a pas dit ça à l'handicapé) : "je pense qu'il faut avoir le courage d'ouvrir le débat sur cette question là". Après ce passage sur la santé, on attaque l'économie et le social. Pour débuter, le SMIC : "notre salaire minimum est un des plus bas d'Europe, 984€ nets par mois". S'en suit cette promesse : "1500€, c'est brut en 5 ans". Donc, entre temps, on passe du brut au net pendant la démonstration, histoire de ne pas suivre. Sauf que, si on fait des calculs en tenant compte de la réévaluation du SMIC automatiquement avec l'inflation, on devrait arriver à ces fameux 1500€ bruts mensuels vers 2011, voilà qui prouve que Ségolène Royal ne tient pas que des promesses inaccessibles. Et cette promesse (qui sera tenue à coup sûr), ce n'est pas de la petite bière : "il y a un salarié sur deux aujourd'hui qui gagne moins de 1500€". Cette réévaluation des salaires se fait avec incitations pour les entreprises : "les exonérations de charges, les divers avantages fiscaux, seront indexés sur la masse salariale de l'entreprise". Maintenant, les 1500€ en 2012, il ne faut pas les prendre comme ça, mais comme un cap : "si nous pouvons aller plus vite, nous irons plus vite, nous avons un objectif à 1500€ à condition qu'il ne soit pas rattrapé par la hausse des prix".

Maintenant, pour avoir le SMIC, il faut déjà avoir un boulot. Ben oui. Pour cela, elle propose les emplois tremplins : la salaire du jeune embauché est payé par l'Etat pendant 6 mois, durant lesquels il est mis à disposition de l'entreprise n'ayant pas les moyens de recruter. Quid de la mécanisation du travail ? D'un côté, "on est dans un système où le progrès technologique détruit l'emploi". Mais de l'autre, "il ne faut pas empêcher le progrès technologique qui, lui-même, produit de l'emploi". Toutes ces mesures sont bien gentilles, mais une "vraie gens" lui demande comment sera fait le financement. Réponse : "comment on paye ? C'est une très bonne question". Mais le gagnant-gagnant, c'est aussi du donnant-donnant : "chaque mesure prise, chaque droit nouveau, organise des devoirs nouveaux". Ce qui compte, c'est les possibilités offertes aux salariés : "je veux que les salariés puissent changer d'emploi sans passer par la case chômage". Là s'arrête la réponse sur le financement des mesures, vous serez tous satisfaits de la réponse, n'en doutons pas.

Contrairement aux deux autres émissions, là, on a pas une question suivie d'une réponse, mais une rafale de questions sur un thème et après, le candidat répond. Du coup, plus difficile de répondre mais plus facile de ne pas répondre. Ainsi, plusieurs patrons de petites entreprises la chargent, elle se fait bien bouger mais entame sa réponse pleine d'amour : "merci pour vos témoignages". Et elle continue, sous le charme du pays qui bouge : "je veux être la présidente d'un pays qui entreprend". Cela vient dès le plus jeune âge : "il faut apprendre le principe d'entreprendre à l'école". Si les profs font leurs 35 heures au collège, ils pourront chanter les louanges de l'entreprenariat, tout se tient, quoi qu'en disent les phallocrates nazistes. D'ailleurs, Royal ne hait pas les entreprises, elle est prête à les aides : "les bénéfices qui seront investis dans l'entreprise seront moins taxés". Elle en profite alors pour dénoncer les entreprises qui délocalisent et touchent des marchés publics et cite en (mauvais) exemple Aubade. Sinon, comme Bayrou, comme Sarkozy, c'est la technique de l'aller-retour : un coup à droite ("je veux une société de la responsabilité, je ne veux pas une société de l'assistanat"), un coup à gauche ("il faudrait du travail pour tous, car la dignité passe par là").

Maintenant, moment personnel, on éteint les lumières et se blottit au coin du feu. D'abord, voyons la lumière : "le moment est venu pour la France d'avoir une femme à la présidence de la République". Sortez les mouchoirs, Cosette est dans la place, Cosette is on fire : "je suis partie de rien, j'étais boursière, j'ai passé un concours difficile, j'ai fait l'Ecole Nationale d'Administration". Oui, on connaissait Sarkozy en réincarnation du Petit Chose, fils d'immigré brimé, sans le sou, vénérant secrètement Jaurès et Blum. Maintenant, on découvre Royal en Cosette, qui grandit dans un milieu austère, qui doit toujours en faire plus que les rupins, elle qui n'est qu'une pauvre petite malheureuse fille de lieutenant-colonel et qui devait prendre le charbon à la mine. A noter que Bayrou n'est pas en reste, Jacquou le Croquant, connaissant et travaillant la terre du lever au coucher du jour, le visage buriné par des décennies de patient effort et malgré le mépris des gens de la ville-ville-ville qui lui prennent son panier. Enfin, n'oublions pas Le Pen, Père Goriot qui se fait tout seul et chérit ses filles avec tout son amour pour défendre cet héritage durement gagné à la peine. Non mais dites donc, ils ne se foutraient pas un peu de notre gueule, les quatre comiques ?

Dans la catégorie mélange des thèmes douteux, chacun met sa pierre à l'édifice. L'une pose une question sur l'immigration et sur "un sujet connexe", l'insécurité, beau rapprochement tendancieux. Mais Royal aussi a été surprenante (sans la presse sarkozyste ne le cite, ils baissent) en répondant à une question sur les émeutes en banlieue par le co-développement. Interrogation sur la place de François Hollande après la victoire, mais pas de réponse : "ce serait indécent de ma part de distribuer déjà les places". On ne parle pas de la victoire avant qu'elle ait lieu mais en revanche, on parle du deuxième tour avant qu'on en connaisse les participants : "je pense que pour que la démocratie soit vivante, il faut qu'il y ait un choix et là, c'est clair : il y a deux choix de société". Pas de gauchisme outrancier pour autant ("je suis moderne, mais je suis réaliste") et même une tournure tant attendue ("je veux de l'ordre juste") non sans oublier un petit clin d'oeil à l'humanisme scolaire centriste ("la base de tout, c'est la réussite à l'école").

Toutefois, elle sait faire parler la femme de gauche qui est en elle, en saluant la jeunesse défavorisée ("vous me dites que je ne suis pas allée dans les banlieues, si, j'y vais beaucoup, sans les médias"), mais sur le domaine des sans-papiers, elle se crispe et nous rappelle que Chevènement la soutient. Gauche réaliste, tel est son credo, alors pas de foire aux papiers ("la régularisation des sans-papiers se fera au cas par cas") car les problèmes sont réels ("je ne veux pas annoncer de régularisation massive, ça fera un appel d'air"). Elle ne va pas causer, elle va faire : "je pense que la politique, c'est la politique par la preuve, les actes qui suivent le discours". Mais quand même, la tentation de lancer une pique contre Sarkozy est trop forte : "si toute la France était pour le logement social comme la ville du Ministre de l'Intérieur, ce serait la guerre civile".

Maintenant, place à l'environnement et l'agriculture. D'abord, elle nous rappelle qu'elle a été Ministre de l'Environnement et qu'elle avait tout bien vu : "si on m'avait écouté il y a plus de dix ans, on ne serait pas dans cette situation". Ni plus, ni mons. Bon, et qu'est-ce qu'elle propose ? Des incitations : "je mettrai en place une réforme fiscale qui va baisser la fiscalité pour les entreprises qui baissent leurs activités polluantes". Cela est valable pour les industries agricoles, sa volonté est "que les activités non-polluantes soient plus aidées que l'agriculture productiviste". Arrive la question des OGM, qui ne dépendent même pas des maires pour le moment : "un maire, il lui faut une autorisation pour modifier une barrière ou ajouter une fenêtre, mais il ne peut pas décider des OGM sur sa commune". De toute façon, les OGM, méfiance : "je veux un moratoire sur les cultures d'OGM en plein champ". Un chasseur vient alors demander à laisser les décisions des dates de chasse aux chasseurs. Royal, les chasseurs, elle les aime bien, mais ce n'est pas une raison pour les laisser entrer chez soi, péter dans le canapé et saloper le tapis avec leurs godasses pleines de boue : "je pense qu'il faut les laisser tranquille, les chasseurs, mais il y a des règles et il faut les respecter".

Et le bouquet final ! D'abord, l'école, secteur essentiel ("la scolarité est un progrès de l'école de la République"), qui peut s'enrichir de la technologie ("la pédagogie a fait d'immenses progrès, avec les ordinateurs, on peut apprendre à lire différemment", que ceux qui ont appris à lire avec un ordinateur me fassent signe, et les auteurs de skyblogs, ça ne compte pas) et à qui on doit consacrer plus de forces ("je veux que le soutien scolaire, dans mon pacte présidentiel, soit gratuit"). Insécurité, oui, elle existe encore malgré 5 ans de Sarkozy. Mais pas de polémiques : "la question de la délinquance doit échapper à la politique politicienne". Enfin, un peu quand même, il y a de quoi s'énerver, il est vrai : "je trouve pas bien que la police de proximité ait été supprimée". Bref, mamour, mamour, ténérontré Crishna : "je ne veux pas une France violente, je veux une France apaisée où les gens vivent ensemble". Enfin, une dénonciation qui va bien d'un paneliste contre les salauds de la haute politique qui se vautrent dans le caviar en mangeant des voitures avec chauffeur. Mais Royal est avec lui, elle raconte qu'elle a supprimé les Velsatis et les réceptions avec champagne au Conseil Régional de Poitou-Charentes. Maintenant, ils roulent en Logan et boivent du Champomy. Si, si. De toute façon, personne ne va vérifier.

par Schweinnie publié dans : telepoubelle
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Lundi 19 février 2007

Bayrou, pour qui je vais voter, et je le dis d'autant plus facilement que je ne travaille ni à France Télévisions, ni à RTL, ni à Libé, ni au Point, ni à ...

Dredi 16 Février :

Deux évènements qui animent l'actualité médiatico-politique (qui est le traitement de la campagne fait ici, vous vous en seriez rendu compte, ou alors c'est à désespérer). Pour commencer, la promotion par Pierre Péan de son livre entretien avec Jacques Chirac à Esprits libres, tellement libres qu'aucune critique ne fut faite contre cet ouvrage. Il n'en va pas autant sur le plateau du Grand Journal où Jean-Michel Apathie sort de la sienne pour se livrer à un flingage en règle, soulignant que les points négatifs n'ont peu voire pas du tout (les affaires, par exemple) été abordés. Le Grand Journal recevait d'ailleurs Arlette Chabot, venu parler de l'affaire Duhamel mais aussi du travail de directrice de la rédaction de France 2 dans cette campagne. Elle rejette la faute de l'absence de débat sur les candidats qui refusent de s'y prêter : Royal et Sarkozy ne veulent débattre qu'entre eux et pas avant la deuxième tour (la question de savoir s'ils y seront ne se pose visiblement pas, leçons du 21 Avril, tout ça), Bayrou et Le Pen ne veulent débattre qu'avec l'autre ou les deux gros, et les autres candidats ne veulent débattre qu'avec les quatre principaux animateurs. Avec cette situation, on n'est pas vomi. Rendu non plus. Einstein avait posé ce problème, mais tous les tableaux Excel n'y ont rien fait. En plus, il y a tous ceux qui se plaignent de ne passer suffisamment à la télé : "on donne du temps de parole à tout le monde, c'est normal, mais on aimerait faire notre métier de journalisme". Sur l'affaire Duhamel, elle n'en dira rien d'intéressant.

D'abord, soyons clair : personne, à part les amateurs de raie (je parle de coiffure, là, on ne va pas tout balancer sur Duhamel en moins d'une semaine), ne regrettera sa mise à l'écart. Mais les raisons tiennent du plus haut comique (ou alors sont particulièrement désolantes, mais ici, on prend plus les choses à la rigolade, c'est le principe de la maison, qui ne fait pas crédit). En effet, ce n'est pas pour ces erreurs répétées d'analyse ni pour sa situation de quasi monopole sur l'analyse politique, qu'il a été mis en quarantaine. Sinon, ç'aurait été le cas avant. C'est plus grave que cela : il a dit qu'il voterait pour François Bayrou (et là, d'un coup, me retrouver dans le même camp que lui, ça ne me rassure pas super).
Résumons :
Être condamné dans l'affaire Botton, on peut.
Truquer une interview de Fidel Castro, on peut.
Dire à Simone Veil : "merci de participer à cette campagne", on peut.
Dire que Chirac a "légitimement" refusé le débat contre Le Pen, on peut.
Participer à une compétition sportive grâce à un apport financier dû à un ministre, on peut.
Être la femme de Jean-Louis Borloo, Bernard Kouchner ou François Baroin, on peut.
Dire qu'Alain Juppé arrête la politique alors qu'à l'instant même, il dit le contraire, on peut.
Faire des oeillades à Ségolène Royal quand on la reçoit, on peut.
Dire "notre position" au sujet de l'UMP, on peut.
Enregistrer une fausse édition spéciale pour le bon plaisir d'un dictateur à la gomme qui doit passer de gros contrats avec le propriétaire de la chaîne, on peut.
Traiter les ouistes avec déférence et les nonistes avec agressivité, on peut.
Dire à Chirac, en 1995, de se retirer parce qu'il va se vautrer comme une grosse merde, on peut.
Clamer en privé qu'on veut une bipolarisation de la vie politique et qu'on agira en conséquence, on peut.
Faire un amalgame constant entre accusés et coupables, on peut.
Mélanger JT et opérations de charité, on peut.
Faire dans les JT de la promotion pour des oeuvres déjà très présentes dans les émissions de variété, on peut.
Construire ses JT pour l'audience et non pour informer, on peut.
Mais dire qu'on va voter pour un candidat (comme n'importe quel citoyen), ça, on ne peut pas.

Honnêtement, on n'est pas des demeurés, on sait que chaque journaliste est un citoyen et donc vote (ou pas, d'ailleurs) pour un certain candidat, a des idées, certains même s'engagent et peuvent devenir maires de Bègles ou de Toulouse, l'important, c'est que leurs idées ne transparaissent pas dans l'analyse ou alors, que ce soit clairement annoncé. Le problème n'est pas de savoir pour qui vote pour qui mais plutôt en quoi le traitement de l'information est altéré. Ainsi, le fait que Duhamel vote Bayrou ne doit pas être un frein mais au contraire, un avantage : on sait à quoi s'en tenir (d'autant que beaucoup, dont moi, pensaient jusqu'à la diffusion de cette vidéo qu'il était un fervent sarkozyste). D'ailleurs, il me semble que le but de Guy Birenbaum (à l'origine de la popularisation de la fameuse vidéo) n'était pas de flinguer Duhamel mais de provoquer un grand déballage, que chaque journaliste fasse son coming out afin de clarifier la situation. En plus, cette éviction est d'autant plus crétine qu'elle sert Bayrou : lui qui se posait comme martyr des médias commençait à passer régulièrement (donc, ce positionnement ne tenait plus), recevait un soutien d'un poids lourd du milieu médiatico-politique, bref, il se retrouvait dans le système qu'il dénonce. Et là, Duhamel se fait jeter (alors que les soutiens vraisemblables de Royal et Sarkozy exercent encore), renforçant ainsi l'idée que le vote Bayrou est une hérésie dans le microcosme.

Sadi 17 Février :

Rien ou presque. On note que Patrick Sébastien, malgré son soutien à Bayrou, exerce encore en toute impunité (délation offerte par Kamba). Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy s'y croit tellement qu'il envoie la division Humour de leur légion, avec Roselyne Bachelot chez Ardisson et André Santini chez Ruquier.

Gromanche 18 Février :

Après Nicolas Sarkozy la semaine dernière, les sodomites de diptères d'Arrêt sur images se sont penchés sur les relations entre Ségolène Royal et les journalistes. Au menu, de l'infantilisation avec bons élèves et mauvais élèves, amateurisme dans l'équipe de relations publiques et, plus surprenant, la différence des photos parues dans la presse : avant janvier, elle sourit tout le temps (comme une Miss France) et après, elle tire la tronche (comme un entraîneur nantais).

M6 a aussi sa grande émission politique, premier épisode avec François Bayrou (qui, ainsi aura fait, en trois jours, celle de France 2 et celle de M6, pas mal pour un ostracisé alors que la chouchoute Royal n'en a encore fait aucune ni même celle de TF1). Si les deux autres laissent la parole à des Français de base peu au fait des choses politiques, M6 innove en laissant les clés à une française peu au fait des choses politiques : Estelle Denis. Du coup, on peut espérer qu'elle présente comme 100% Foot, à coup de "la présidentielle est relancée", "Sarkozy est-il déjà champion ?", "les erreurs d'arbitrage médiatique faussent-elles l'élection ?", le tout entrecoupé de reportages sur les voisins des candidats (pour savoir s'ils achètent des pains au chocolat ou des chouquettes) et les fines analyses de Jean-Claude Narcy et Gérard Carreyrou. Les premiers échanges nous apportent un Bayrou qui affirme ne pas avoir participé aux gouvernements de cette législature pour "changer d'époque" et pour cela, que cesse la "guerre stupide entre le PS et l'UMP, qui coupe les Français en deux depuis 25 ans".

Première partie, la plus longue, d'ailleurs, avec l'ajout d'Anne-Elisabeth Lemoine, qui parle autant que chez Fogiel, c'est-à-dire pas. On le voit collectionneur de tracteurs (comme Colony Capital), homme rural, agriculteur, rebelle. Ses références constantes aux Pyrénées (la zone géographique, pas les chocolats ou le fromage), et ses espèces de "rendez-vous le 6 mai", qui ne sont pas sans rappeler Raymond Domenech (mais la défaite contre les corrupteurs vicieux en finale, ça n'est pas au programme). On a aussi le témoignage de Jean Lassalle, sur le caractère vif du bonhomme : "Bayrou, il a le sang près du béret". De retour à l'antenne, Bayrou prend la défense d'Alain Duhamel, en en faisant un martyr de la cause centriste : "Alain Duhaml est un des journalistes les plus respectés de France, les plus objectifs" (ceci dit sans pouffer, bel exploit, surtout pour un bègue). De plus, selon Bayrou, si Duhamel avait dit qu'il voterait Royal ou Sarkozy, il n'aurait pas été viré. Pour poursuivre dans la veine Michel Drucker (bon, on n'a pas abordé le sujet de l'amour des chiens, non plus), dans son enregistrement, Jean Lassalle raconte sa rencontre avec Bayrou et l'autre qui lui aurait dit : "je vais être Président de la République, pour changer le monde", cela dans les années 70, époque où ils étaient très chevelus (à l'en croire). Réaction de Bayrou : "Jean Lassalle est un formidable conteur, je le soupsonne d'en rajouter un peu". Malgré tout, il maintient une partie de la phrase : "si ce n'est pas pour changer le monde, à quoi ça sert de faire de la politique ?" Eviter la prison, ça compte ?

Visite chez lui (je n'étais pas si loin, avec le coup de voisins), une décoration très est-allemande mais une bibliothèque bien remplie. Au sujet des livres, son préféré est La décennie des mal appris (de lui-même, prix des lectrices de Elle), il aime aussi les polars, mais seulement ceux qui finissent bien c'est pourquoi il lit toujours la dernière page avant d'en acheter un. Contrairement aux trois autres grands candidats, il ne paye pas l'ISF et il est en fier : "je suis le seul candidat issu du peuple" (Sarkozy a pris Jaurès, Le Pen Marx, Royal de Gaulle, alors il prendra Maurice Thorez). Mais en fait, s'il ne paye pas l'ISF, c'est parce qu'à la maison, il était le seul salaire, bobonne restant à la maison à s'occuper des six gosses. Mais bon, ça faisait quand même 50 000 francs, naturellement sans rien branler, avec en prime le bruit et l'odeur, alors pas étonnant que les travailleurs français, sur le palier, ils deviennent fous.

Transition étonnante d'Estelle Denis : "on va passer à une nouvelle rubrique dans cette émission". Ça doit être l'habitude de lancer des rubriques qui ne tiennent pas plus d'une émission dans 100% Foot, parce que sinon, les nouvelles rubriques, il n'y a que ça, puisque l'émission est nouvelle. Ah, la candeur des débutantes ! François Bayrou évoque un lien particulier avec Michel Drucker : Michel Mastroto, coureur cycliste dont il était fan enfant car de son bled, et qui fut l'objet du premier reportage de Drucker. Estelle Denis liste aussi ses soutiens vedettes : Patrick Sébastien, Richard Bohringer, François Berléand et Vincent Lindon (belle liste : un roi de fête du slip, un excité permanent, le fils de l'Homme invisible et un tic ambulant). Bayrou explique alors qu'il refuse tout comité de soutien, car pour lui, ce ne sont pas des vedettes mais des citoyens (et donc, ce n'est pas du tout parce qu'il en a honte). Enfin, il y a aussi ceux qui l'ont lâché, humoristes comme André Santini et plus tôt, élus. Ainsi, Dominique Paillé, qui a rejoint l'UMP dès sa création, reproche à Bayrou (dans une vidéo) son souhait forcené de solitude et son enfermement dans sa posture. Bayrou renvoie l'autre à son bac à sable : "il faut bien qu'ils trouvent une raison pour se justifier, ces gens-là, il ont rejoint l'UMP, ils n'existent plus à l'UMP".

Deuxième partie, mais plus courte car on est pris par le temps, la poulitique, avec Bernard de la Vilardière. On commence avec un sondage IFOP qui le reconnaît comme courageux, tout ça, mais qui ne lui donne pas la stature de président (44% pour oui et 54% pour non sur la question), Bayrou préfère quand même s'en réjouir : "44%, c'est un gros chiffre". Bref, mieux vaut voir le verre à moitié plein. Autre sondage (vous noterez que dans cette émission, on utilise des vrais sondages et pas des trucs sur Internet), demandant si les médias lui permettent de s'exprimer : 45% de oui et 54% de non. Cette fois, la majorité légère lui est favorable, donc il ne fait pas le même coup du "45%, c'est beaucoup". Cela dit, il critique la question et réfute la position qu'on lui prête, il ne parlait pas de son cas personnel dans ses critiques des médias, mais du principe de pluralisme. Equivalent du j'te casse, j't'embrasse, le coup de gueule de Bernard de la Vilardière contre l'invité. Pour Bayrou, ce sont ses diatribes anti-establishment qu'il brocarde, qu'il assimile à du Le Pen. La réponse vaut Che Guevera (ou Francis "vous les ronds-de-cuir Lalanne) : "nous, la France, nous sommes un peuple qui, il y a deux cents ans, a fait la Révolution pour pouvoir s'exprimer". Tremblez, puissant, Fanfoué est dans la place !

On a aussi un reportage qui suit le candidat dans sa campagne, dans les banlieues et le monde rural, où on le voit imposer ses idées aux journalistes sur quelles photos prendre, quand et où faire les interviews ... La campagne imposant une vie de dingue, on se demande comment il fait : "je prends un produit dopant : orange pressée". On lui demande alors le principal reproche sur chacun des deux favoris. Contre Sarkozy, c'est son discours de la France de ceux qui se lèvent tôt qui est brocardé, à cause de son sous-entendu : les chômeurs, ce sont des glandos qui n'ont que ce qu'ils méritent. Contre Royal, il sera plus doux, se contentant de lui reprocher une hostilité contre les entreprises. On évoque (mais très rapidement) les mesures qu'il compte prendre, sur les heures supplémentaires, il veut augmenter leurs rémunérations pour les employés mais en diminuant les charges pour que les entreprises n'en ressentent pas les effets sur la masse salariale (tout ça équivalant à la fin des 35 heures sans le dire). Puis, la dénonciation des surenchères de Shirley et Sarko reprend : "il n'y aura pas de promesse, il n'y aura que des engagements". Enfin, on termine avec un questionnaire très personnel, où il ne se livre pas des masses. On retiendra qu'à "qu'est-ce que votre épouse préfère en vous ?" Il a répondu "je crois qu'elle aime que je sois viril".

par Schweinnie publié dans : telepoubelle
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Dimanche 18 février 2007

trente secondes pour convaincre

Après le show de la star, ce sont les petits braquets qui s'expliquent, comme dans les concerts, mais à l'envers. En revanche, la réalisation délirante perdure, ignorant mélange (le contraire d'un savant mélange, donc) de 24 heures chrono (pour les séparation d'écran) et de Fred Godard (pour les plans foireux, comme ceux des mains de l'orateur). Comme la semaine dernière, les trois ont une version allégée de l'entretien avec Arlette Chabot puis, ils se retrouvent ensemble pour répondre au panel.

Premier de cordée, José Bové, assez invisible pour l'instant à cause de son entrée en campagne tardive (surtout par rapport aux 5 ans de Sarkozy). Arlette le lance tout de suite sur un sujet essentiel quant au destin de la nation : l'interdiction de fumer dans les lieux publics. Le moustachu rassure tout le monde : il éteint sa pipe quand la loi l'ordonne car il est légaliste sauf quand il ne l'est pas ("quand elles sont justes, il faut respecter les loi mais quand elles sont injustes, il faut désobéir"). Mais quand on est un petit, pas le temps de se chauffer, il faut être direct au top, alors il démarre au quart de tour sur un sujet fétiche : "ce qui est scandaleux, c'est que, alors que 80% des Français sont contre les OGM, le gouvernement n'a toujours pas traduit dans la loi française une directive européenne". En matière d'OGM, le voilà partisan d'une "souveraineté alimentaire", rhétorique plutôt proche du vicomte. Arlette croit voir une contradiction entre sa posture de théoricien et celle d'éleveur de chèvres mais une réponse sous forme de question montre que non : "est-ce que le fait d'être paysan interdit de réfléchir ?" Il se défend d'ailleurs de vouloir aller en prison pour se faire de la promotion. Oui, car il se présente beaucoup comme un prisonnier politique, en ce moment, mais il passe dans les émissions politiques, ce que peu de prisonniers peuvent.

On évoque, après ce passage personnel, la politique plus générale. Et puis d'abord, pourquoi qu'il se présente, le moustachu ? Pas par ego hypertrophié : "si j'ai accepté, c'est parce que cette candidature pouvait générer un rassemblement". Le problème, c'est que pour être candidat, il faut les fameuses 500 candidatures et pour cela, compter sur le soutien de maires ruraux, soumis aux pressions des gros partis en matière de subventions par les conseils généraux : "aujourd'hui, nous sommes dans une situation dangereuse pour la démocratie : l'UMP et le PS font tout pour empêcher ma candidature". Oui, vous aviez bien lu, l'absence de José Bové signifierait une absence de démocratie. Et n'allez pas croire qu'en bon paysan, il cultive le melon, il est réellement le centre du monde : "si je ne suis pas candidat, les personnes qui se sont inscrites, en particulier les jeunes des quartiers, ne pourront pas s'exprimer". Ben oui, il est seul à pouvoir les séduire, les autres candidats ne sont que des quiches antisociales (tu perds tu sang-froid). Et pourquoi qu'il est plus meilleur que les autres, dis donc ? Eh bien, parce qu'il ne répond pas à une mécanique de parti : "je ne suis pas le candidat d'un parti, je suis le candidat d'un rassemblement". Alors, avec sa candidature, il descend un peu plus les scores des autres candidats de gauche, mais c'est pour leur bien : "notre objectif, c'est de battre Sarkozy et on battra Sarkozy, nous voterons pour le candidat de gauche le mieux placé". Enfin, il réussit encore à placer une proposition : "il faut qu'on puisse mettre les élus sous contrôle citoyen et si on n'est pas content d'un député, qu'on puisse le virer, c'est ça, le démocratie". Et nous n'aurons pas sa liberté de penser, qu'on se le dise, il balancera toujours : "l'Europe, avec sa politique, est en train de participer à la dérégulation de la planète".

Au suivant ! Marie-George Buffet. Plus ça va, plus elle me fait pitié. Elle n'a aucune force de conviction, ses discours tournent à vide, elle est piégée par son positionnement d'extrême-gauche en campagne et de gauche gouvernementale en temps normal, elle a l'air de s'excuser d'être là à chaque phrase, elle est minable par rapport à Besancenot, Bové et Laguiller et elle risque de faire encore moins que Robert Hue en 2002. Si en plus, elle n'a vraiment pas de bol, le PS met des candidats dans les circonscriptions communistes, le PC perd son groupe à l'Assemblée Nationale, sa bagnole est à la fourrière pour station interdite alors qu'elle avait le droit, elle casse une branche de ses lunettes et elle vend les locaux Place du Colonel Fabien à la CIA. D'abord, elle a à se débarrasser du sparadrap collant au doigt, sa participation au gouvernement Jospin : "on a été emmenés sur une voie libérale et nous n'avons pas pu le modifier". Toutefois, elle sent que sa personne n'est pas vraiment adéquate : "la question des présidentielles, ça n'est pas la question d'un individu, c'est l'occasion de changer les choses". Il lui faut aussi critiquer le programme de Ségolène Royal si elle veut être crédible dans son anti-libéralisme : "on ne peut pas dire 100% public pour l'énergie sans se poser la question de l'Union Européenne". Et sur l'Europe, le PC a gagné (oui, aussi étonnant que cela puisse paraître), alors on doit le leur rendre : "la France n'a rien dit, elle a fait comme si le referendum n'existait pas". Maintenant, place aux idées fortes de sa candidature. D'abord, "je suis pour un gouvernement de gauche mettant en oeuvre une politique antilibérale pour changer la vie". Ensuite, "c'est ma principale préoccupation : comment mobiliser les gens de gauche, tous ceux qui veulent que ça change, pour battre la droite". Enfin, "j'ai envie que la droite soit battue, donc que la gauche soit majoritaire". Conclusion : gauche, top délire méga groove, droite, caca boudin. Pour finir, elle affiche sa position sur les retraites : retour sur la loi Fillon et sur la loi Balladur.

Dernier en scène, Philippe le Jolis de Villiers de Saintignon, aka "l'autre neuneu" (c'est moins long à écrire). Rappel de sa vie, comme pour les autres, et de sa passion pour le football, il y a joué avec son frère et il ne se la pète pas du tout : "on nous appelait les Charlton". Ou alors, c'était en rapport avec le club londonien de Charlton, ou encore les frères Charlot. Allez savoir ! Ses études brillantes, avec l'ENA dont il a gardé la passion inaltérable des plans en trois points, mais comme ça n'est pas populaire de dire qu'on a fait l'ENA, il botte en touche : "j'ai fait l'ENA buissonnière". Puis, la politique, avec son passage au Ministère de la Culture (!!!!) sous les ordres de François Léotard (!!!!!) : "François Léotard est un homme intelligent et cultivé" (là, pour montrer ma réaction, il faudrait plusieurs lignes de points d'exclamation mais comme ça ne fait pas très beau, je m'abstiens). Le premier point actuel abordé, toujours le même avec lui et une preuve que sa campagne ne décolle pas : ses différences avec Jean-Marie Le Pen (à part que l'un est breton et l'autre vendéen). Pour cela, il a deux formules, déjà utilisées sur TF1 : "sur Le Pen, moi, j'ai deux différences : je crois que Jean-Marie Le Pen a dit des vérités avec courages, il a rendu les idées patriotes et nationales incomestibles (...) depuis 50 ans, Le Pen proteste, depuis 20 ans, j'agis".

Maintenant, il vante les mérites du modèle vendéen, qui produit autre chose que la brioche, le jambon, le pineau et les mojettes (miam). Car dans son département, il a fait une vraie société miracle : "depuis Paris, ça peut paraître drôle, quelqu'un qui a réussi chez lui". Le couplet contre Paris, ça marche toujours (Bayrou, Bové et, dans une moindre mesure Besancenot et Le Pen l'utilisent aussi), vu qu'il y a plus de provinciaux que de parisiens en France, autant ne pas se fâcher avec le plus grand nombre. Donc, la France va mal, elle est attaquée de toutes parts. Et qu'est-ce qu'on fait quand on est attaqué ? On se protège, pardi : "je veux un protectionnisme européen à l'américaine, à la chinoise, à l'indienne". Décidément, le modèle chinois séduit, dans cette campagne, entre Royal qui se réfère à la justice, Sarkozy qui récupère un ancien maoïste, Besancenot qui roule à vélo et Buffet qui est communiste sans l'être vraiment. Le protectionnisme, c'est la solution : "je veux un protectionnisme juridique français". Autre attaque qui ne mange pas de pain mais qui marche toujours, l'Europe : "avec l'Europe, on doit demander aux Français de nourrir les technocrates de Bruxelles". L'occasion est trop belle de rappeler un grand combat du Vicomte : "je suis pour une Europe européenne et pas eurasiatique, donc non à la Turquie". Car, ma bonne dame, si on continue de les laisser faire, on va se retrouver dans le caca : "on importe des écrans plats chinois et qu'est-ce qu'il nous reste ? Le Mont-Saint-Michel à visiter ?" Sans compter que les écrans plats, pour peu que l'installation électrique ne soit pas très fraîche, ça saute. Plus d'un couillon a dû faire des allers-retours fréquents à Conforama (enfin, ce sont les chiffres de la Police, en vrai, il n'y a effectivement qu'un seul pignouf dans ce cas). Conclusion avec un rappel à l'ordre salvateur : "les gens qui ne respectent pas le droit français, je les invite à retourner chez eux".

Donc, après ce petit numéro, c'était le débat à trois qui n'était en fait qu'une grosse engueulade entre Bové et de Villiers avec, de temps en temps, une petite voix qui disait : "excusez-moi, est-ce que je pourrais parler, s'il vous plait, j'aimerais parler, si vous permettez, mais sinon, ce n'est pas grave, j'attendrai sagement mon tour". Merde, un coco, ça a des chars soviétiques dans le baluchon et le couteau entre les dents ! Pas des manières de rosières et une vitalité de panda sous sédatif ! Autre signe de changement des cocos depuis Rambo III, sur la question de l'Islam, pendant que les insultes volaient entre le Vicomte et le syndicaliste, Marie-George Buffet a défendu la religion. L'opium du peuple, bordel, j'm'excuse, m'sieur Ellkabach, mais c'est un scandale d'entendre des choses pareilles ! Sinon, pour animer le débat, les questions étaient posées par des vraies gens, c'est-à-dire, c'est toi, c'est moi, c'est nous quoi, un jour, j'irai là-bas, un jour ... hum, là n'est pas le sujet. Donc, ce sont censés être de simples quidams, or, on a eu le droit à un musulman venu avec un nez rouge pour le donner à p2v (c'est comme ça qu'il se fait appeler sur son site, un des plus pourris des candidats, d'ailleurs) et lui proposer le rôle de clown présidentiel (alors que les questions sont données à l'avance à la production, la volonté de faire de la polémique plus que de soulever une question était évidente), un patron de firme agricole qui engueule Bové pour ses actions anti-OGM (on se place encore plus sur le plan de l'émotionnel que de la réflexion) et Sabine Hérold (oui, elle, elle a un nom de famille dans sa présentation par Arlette), pour engueuler Buffet sur son anti-libéralisme, et qui en a profité pour parler de son parti, Alternative Libérale, et de son candidat, Edouard Fillias. Bref, en fait de trois questions, c'étaient trois reproches, la règle frappée violemment sur les doigts, avec de vraies caricatures. On avait presque l'impression que c'étaient des questions violentes venues de la rédaction mais déguisées en intervention du panel.

par Schweinnie publié dans : telepoubelle
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