la nuit est chaude, elle est sauvage
Tandis que certains s'empiffrent joyeusement, d'autres n'ont de cesse de nous informer sur le monde qui ne va plus que c'était mieux avant et cela, au péril de leur vie. Charles Villeneuve est de ceux-là, il nous propose effectivement un Droit de savoir consacré au business de la nuit. On commence avec une boîte branchée des Champs-élysées, qui "fourmille" avec "les provinciaux, les noctambules". Mais avant de s'amuser, il faut rentrer. Les mineurs sont virés (désolé les Lensois), les garçons seuls sont invité à venir avec des filles car "une soirée réussie, c'est une soirée avec plus de filles que de garçons et une soirée avec du chiffre d'affaires, c'est une soirée avec plus de mecs". Se rincer l'oeil ou se gonfler le porte-monnaie, il faut choisir. Enfin, les pauvres, ouste ! Ici, on veut des gens qui casquent sans râler, qui peuvent envoyer 200€ pour une bouteille (pas question de ne prendre qu'un verre, grippe-sou !). Tout ça pour se faire asperger de la sueur des autres sur de la musique de merde et dans une atmosphère étouffante, "de la musique, des garçons qui rencontrent des filles et quelques verres, le milieu de la nuit joue encore son rôle". Le patron de la boîte, Muratt Atik l'explique : "c'est un lieu de rencontres, on rencontre plus facilement un garçon à 2H du matin qu'à 2H de l'après-midi dans une bibliothèque". Le hic, c'est qu'il faut être accompagné d'une fille pour entrer mais à part ça, on y croit, à ce rôle de service public (de droite).
Après les jeunettes qui se trémoussent, les mannequins qui défilent. Investigation, quand tu nous tiens ! Un casteur cherche à recruter pour ses boîtes, il invite les mannequins qui le dépassent d'une tête dans un anglais approximatif, il fait du gringue à une vieille liftée. Ce grand homme, coiffure en arrière impeccable et chemise décolletée sur un talisman Made in China, c'est Cyril Perret, qui, pour 4000€ par soirée, rémunère ses collaborateurs qui font venir les beautiful people (c'est une expression, ça inclut aussi Régine) aux soirées. Par exemple, Laurence, une collaboratrice, téléphone à Jean-Luc Lahaye car elle l'a croisé la veille. Et ça marche, "partout où ils passent, c'est soirée torride et branchée". Ces travailleurs sont surnommés Don't tell my booker, pourquoi ? Eh bien, Cyril Perret, tel Alain Rey, se lance dans l'explication étymologique : "quand on demande aux mannequins, elles nous disent «je peux pas, j'ai un casting demain» puis on insiste, dit de venir juste une heure boire un verre et elles disent «okay, but don't tell my booker", et comme ça, on l'a branded". Dans la boîte, le travail de Cyril Perret continue, il faut encourager les mannequins à rester, boire un verre, prendre un rail, tailler une pipe ... ainsi que câliner les invités.
Autre boîte, autres filles en furie. Car ce soir, c'est soirée fille, avec couscous offert et personne pour leur faire remarquer qu'avec ce gros cul, elles ne devraient pas. Ça coûte, mais ça rapporte, car les filles sont là, elles ont bu, elles sont un peu pétées et à 23H, on lâche les garçons qui, du coup, piaffent de venir à un tel point qu'ils peuvent banquer comme des brutes. Chez Régine, il a fallu s'adapter également au monde moderne, c'est le rôle de Laurent Gourcuff. "Pour entrer, il faut avoir le bon look et les bonnes manières", "à un moment, je ne vais pas vous mentir, on laisse surtout rentrer les jolies filles que les filles moins jolies car les garçons, quand ils rentrent, ils ne veulent pas voir de filles affreuses". C'est sympa, hein ? Le physionomiste a donc ordre de ne pas laisser les boudins pénétrer l'établissement, même si certaines se planquent à l'arrière du banc. Maintenant, mesdames, vous le savez, si vous vous êtes fait refoulées de chez Régine, c'est que vous êtes moches. Mais heureusement, eugénisme visuel effectué, des chippendales viennent faire l'animation pour exciter les demoiselles, d'autant que "les plus jolies ne sont pas les plus farouches ; plus intimidée par les caméras que par son Tarzan bronzé, la victime consentante a demandé à ne pas être reconnue" (ceci illustrant une demoiselle se déchaînant sur le bellâtre). Gourcuff : "c'est une stratégie commerciale basée sur le poulailler, on a 200 poules survoltées et on fait entrer les coqs". Et dans le rôle des coqs, les garçons, mais seulement ceux qu'on connaît, les habitués, bien habillés, à la mode, comme qu'il faut, qui font bien, dont on veut bien qu'ils s'assurent de perpétuer l'espèce. Preuve que ce sont les meilleurs qui entrent, les hommes sont des gentlemen qui offrent les consommations aux filles (15€ le verre en moyenne), "les garçons abattent leur carte maîtresse, celle qui est de couleur bleue" (appréciez le zeugma).
Pour les pouilleux, les provinciaux, les étrangers, les vieux, on a Le Moulin Rouge (en français dans le texte). On veut des images, on en aura ! L'équipe de TF1 a reçu l'autorisation de nous montrer les coulisses du truc, les répétitions des danseuses avec des chorégraphes hystériques qui, en franglais, demandent aux filles d'être sexy et aux garçons d'être macho. Elles sont 50 à passer le casting ce jour-ci, pour une seule place, c'est comme ça qu'on a choisi les Whatfor, c'est une méthode qui a fait ses preuves. Epreuve éliminatoire, faire le french cancan (en gros, imiter Pascal Gentil), celles qui ne savent pas ou qui ne veulent pas, dehors ! Ensuite, on les mesure, il faut "seven two" pour pouvoir entrer, la sélection reste impitoyable comme Hugh Dallas. Enfin, la silhouette, on les déshabille pour bien juger de la marchandise, "après le jogging, on peut avoir des déceptions". Une se fait virer car trop maigre, une autre car trop de bidoche. Car le Moulin Rouge, c'est important, voire primordiale. Laurence Hekic, interprète pour touristes, explique "les gens qui viennent à Paris, ils veulent voir la Tour Eiffel, le Louvre, le Château de Versailles et le Moulin Rouge". Elle a juste oublié le tramway, Mireille Mathieu et le Stade Olympique pour 2012. Olivier Villalon, directeur général, nous détaille la stratégie, ne pas trop dépendre d'un pays, avoir une clientèle suffisamment diverse pour ne pas craindre un coup dur, les Allemands, les Américains et les Japonais ne doivent pas truster les places. Audrey, la gagnante du casting, va faire ses débuts. Comme les autres, elle a un CDD de 6 mois, à 2000€ par mois et le coup de pression est régulièrement mis par Jacki Clérico, le patron qui vient dîner tous les quinze jours. En cuisine, c'est l'effervescence, 1000 bouteilles de Champagne par soir, c'en est le premier consommateur en France, juste devant Christine Bravo. Chez les danseuses, c'est comme chez les abeilles, au début, on est préposée aux cancans mais les meilleures peuvent être danseuses seins nus voire, au sommet de la hiérarchie, meneuses de revue. Résultat impeccable, les vieux spectateurs sont aux anges.
En province, ce n'est pas le même son de cloche, quant au milieu de la nuit. Exemple avec Le 5, près de Metz (on passe devant une centrale nucléaire en s'y rendant, ça donne envie), la patron Hervé Taron montre son compteur à clients qui affiche, pour une soirée, 21. Là, forcément, on peut rentrer on étant moche, pauvre, chauve, handicapé, avec un bouc et une gourmette, fringués comme l'as de pique et seul. D'ailleurs, sur la scène, on est seul. Thank you, Le 5. Toutefois, si les boîtes de Moselle sonnent aussi creux qu'un discours de Jack Lang, juste à côté, en Allemagne, on fait le plein. Y compris de Français. Pourquoi ? Ils passent des morceaux méconnus mais il faut payer de bons DJ et ça coûte cher. Mais le problème, en vrai, il est ailleurs, c'est la fiscalité, bien sûr ! Les boissons alcoolisées sont nettement moins chères que chez nous et du coup, les gens fuient notre beau pays par la faute de ces vampires fiscaux qui viennent nous sucer le sang tout ça pour quoi ? Pour du gaspillage d'état ! Genre, payer une bagnole de course à un présentateur télé pour qu'il fasse le mariole au Trophée Andros sur les fonds publics. Autre problème, les contrôles d'alcoolémie. Merci Chirac ! A cause des ces conneries, on ne boit plus, et le petit commerce périclite. Un CRS moustachu (pléonasme) montre les contrôles, signale que désormais, les garçons laissent mieux conduire les filles pour pouvoir se bourrer la gueule, et quand on en trouve un qui est encore plus bourré que les gendarmes, on le sabre. Forcément, si on commence à interdire les trucs illégaux, on ne peut plus lutter !
Direction Pigalle et là aussi, c'est la crise. Avec Internet, les peep-show ne servent plus à rien et en plus, les arnaques ont dégoûté les habitués, sans parler du prix des consommations forcées. Les patrons de bars à strip-tease revendiquent une transparence totale sur les prix mais le démon de l'investigation reprend, les journalistes vont alors tester en caméra cachée si on est obligé ou pas de consommer. Après la pub, on verra même les filles qui dansent. "L'assistance est essentiellement composée d'étrangers qui viennent voir le Pigalle des guides touristiques", les danseuses se contentent de danser devant les clients pour qu'ils consomment, mais elles en font pas plus, promis, juré, il suffit d'écouter le patron : "c'est interdit, terminé, il y en a plus, les gens, ils se demandent alors «mais s'il n'y a pas filles à Pigalle, où y a-t-il des filles ?»". Les filles, elles sont parties à cause des sans-papiers expulsées et les lois Sarkozy sur le racolage passif. Car, si Chirac a saboté nos glorieux commerçants, Sarkozy, lui, a sauvé la patrie du stupre ! Qu'on se le dise ! Il n'y a qu'à faire un tour au bois de Boulogne pour mieux comprendre la différence entre la prostitution (on a le droit) au racolage (pas droit). Le racolage n'est pas seulement dans la "relation sexuelle tarifée" (exemple un) ni dans la tenue provocante (exemple deux) mais dans les gestes incitant le client (exemple trois). Après vérification du délit auprès du client, les policiers interviennent pour en arrêter une et là, ils en découvrent une autre en sous-tif dans un bosquet. Pour elle, ça ira pour cette fois, mais la prochaine, ça sera la cabane pour exhibition. Heureusement, au poste, il y a un peu d'humanité, "on ne mélange pas les hommes, les femmes, les travestis et les transsexuels". Toutefois, on n'en voit plus dans la rue, mais on en voit davantage sur Internet, Francis Caballero nous en montre des images. Le massage body-body est autorisé, mais proposer de la prostitution ne l'est pas, quelle différence, Maître Caballero ? "Un poil de cul". C'est très fin. "Dans la rue, vous avez un rapport sexuel pour 60€, sur Internet, c'est vers 200€". Interview d'une prostituée mais en situation, c'est une caméra cachée avec le journaliste en client pour savoir qu'elle fait ça pour l'argent. Selon la loi, c'est aussi illégal que dans la rue, mais celles qui tapinent sur Internet ne sont pas poursuivies, tout ça parce que les policiers n'ont pas le droit de se faire passer pour des clients et qu'elles cachent leurs réelles qualités". Alors, pendant qu'on s'empiffre de foie gras, souvenez vous que des journalistes tentent au péril de leurs vies de nous informer. Ne les oublions pas.
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