Lundi 16 janvier 2006

Dernier stade avant le stade terminal

 

 

Dans un cadre somptueux (une table avec des journalistes dont on n'est pas capable de se souvenir ni le nom ni le visage) et dans une ambiance que Séverine Ferrer (paix à son cerveau) qualifierait de dithyrambique (on n'a plus vu un tel délire depuis l'époque bénie de Cognac-Jay), le tout ponctué de jeu de mots subtils (les abeilles des Wasps ont le bourdon, ça se corse pour Ajaccio ...), le service des sports de France Télévision est heureux de vous en apprendre autant que le docteur Tortora en 6 minutes sur M6. Mais la valeur ajoutée, c'est clairement l'humanisme indéfectible de Gérard Holtz, imperturbable dans l'emphase et intarissable en compliments. Que ce soit clair, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (mais surtout les Français quand même, on va y revenir). Dans ce monument de la télévision publique, on traite l'actualité sportive de la semaine mais avec les images disponibles : c'est-à-dire celles appartenant à France Télévision (soit les tournois de tennis en France, les courses cyclistes en France, les compétitions de patinage artistique, les matches de Coupe d'Europe de rugby en France et la Coupe de la Ligue de football). Ainsi, que retenir de la semaine en football ? Un reportage sur le déficit de la FFF (donc, sans image de match à payer) causé par une mystérieuse commande de barils de Romanée-Conti, deux-trois buts de championnats (d'accord, la Ligue 1 n'est pas des masses spectaculaire mais on y voit quand même plus de buts que ça) et un tableau de résultats. En fait, ils ont le droit de passer sans payer de droits une minute d'images du championnat par émission, autant dire qu'il n'ont même pas le temps de montrer rien que les buts lyonnais, alors on meuble par de l'investigation, investigation qui consiste à demander leur avis à trois personnes concernées par un problème, on brode autour et le tour est joué (je suis méchant, il y a un vrai reportage avec des déplacements de temps en temps).

 

D'ailleurs, le service des sports de France Télévision est le seul à montrer deux minutes consacrées au skeleton. Le skeleton, qu'est-ce que c'est ? Eh bien, contrairement à ce que son nom pourrait faire penser, ce n'est pas une soirée caritative au profit des mannequins professionnels ou de l'Ethiopie. En fait, le skeleton, c'est un peu comme la luge, mais à l'envers. Comment dire ? A la piscine, le toboggan, la plupart des gens le prennent allongés sur le dos et pieds en avants mais il y a toujours des abrutis qui le prennent sur le ventre et tête en avant pour faire les malins (et mieux de se fracasser le crâne ou boire de la bonne eau chlorée aux senteurs d'urine). Là, c'est pareil, c'est comme une piste de luge, ça ressemble à une luge, mais on l'utilise sur le ventre, tête la première mais on a intérêt à ce que personne ne s'amuse à traverser alors qu'un concurrent est parti. C'est donc un sport sûrement passionnant (d'ailleurs, il est aux JO, au même titre que le curling et le short-track) qu'on a pu découvrir et voir bien plus que le handball ou le basket.

 

Restons dans la glace avec un reportage d'investigation (donc une interview avec des commentaires et des images d'archives de l'INA) sur le patinage artistique, Gérard Holtz : "le système de notation a changé à cause, ou plutôt grâce à, Marie-Reine Le Gougne". C'est beau comme tournure, non ? Pour mémoire, Le Gougne est la juge française qui a donné la victoire au couple russe contre les canadiens aux JO de 2002 pour favoriser la victoire en danse sur glace des concurrents français. Certes, ils étaient cinq juges à voter russe contre quatre pour les canadiens, mais elle était le seul juge qui n'était pas acquis pour un camp avant ce jour et d'ailleurs, sur les commentaires en direct de Nelson Monfort (non remontrés par France 2, quel dommage !), immédiatement à l'annonce des résultats, il ne donne que le choix de la française car il est habitué du fonctionnement des notations dans ce sport. Mais là, non, on n'entrera pas dans ces détails pourtant connus de tous ceux qui s'intéressent un peu, on se contentera de dire que c'est une martyre, sacrifiée pour une juste réforme. Un Français ne saurait être coupable de magouille, de bénéficier d'erreurs d'arbitrage ou de se doper. Ça, c'est bon pour les étrangers, nous, nos succès on les mérite ! D'ailleurs, la tournure de Gérard Holtz est tout un programme : c'est grâce à celle qui a truandé que le système a changé comme c'est grâce à Nicolas Sarkozy que la crise des banlieues (il a été déposé comme nom de marque ? à mon avis, il y a de l'argent à se faire, là) a été résolue (encore qu'il y en a qui le disent sérieusement aussi, ça !) ou que c'est grâce à Hitler que l'antisémitisme est combattu (là, ça va, personne n'ose le dire).

 

Il y aussi des reportages plus exotiques comme celui sur les 4 karatékas afghanes (en effet, pour favoriser l'émancipation de la femme là-bas, on a envoyé des gens pour leur apprendre à se prendre des coups dans la gueule, ça leur servira plus tard) invitées à l'Open de Paris où elles ont fait une démonstration mais ne pouvait concourir car le port ostensiblement ostentatoire du voile est interdit par les règles de la fédération internationale. Et encore, ce n'était qu'un voile classique, parce qu'un kata avec une bourka, ça perd beaucoup en crédibilité, on dirait quelqu'un au saut du lit essayant de se débarrasser d'un drap trop collant. Autre reportage, celui sur le retour au rugby des 120 kilos de barbac de Jonah Lomu à Cardiff, Lomu, atteint d'une maladie aux reins, s'étant fait greffer celui de Richard Berry pour reprendre la compétition. On savait qu'avoir une couille en moins permettait de gagner le Tour de France (essayez chez vous, si vous ne me croyez pas), verra-t-on qu'avoir un rein d'un autre favorise le rush final pour aller aplatir le ballon en terre promise comme dit Thierry Lacroix ? Puisqu'il y a eu allusion furtive à Lance Armstrong, l'homme qui valait trois milliards si on distillait son corps en alambics (d'ailleurs si vous avez un cycliste décédé chez vous, pensez à l'amener chez Cyclamed, ce n'est pas pour rien que ça porte ce nom), son thuriféraire Jean-René Godard va sévir aux commentaires lors des JO d'hivers de Turin, comme l'a annoncé fièrement Gérard Holtz. On attend avec impatience ses commentaires sur la performance d'un Bode Miller rougeaud, titubant, confondant les piquets et finissant par vomir dans l'aire d'arrivée. Lors de ces JO, France Télévision aura aussi un consultant de marque : Luc Alphand qui (transition formidable) vient de remporter le Paris-Dakar. Il était d'ailleurs interviewé en compagnie de son copilote, les deux dans leur magnifique combinaison empruntée aux frères Bogdanoff mais taguée par des vandales anti-anti-pub. C'est bien simple, vu le nombre de sponsors qui bariolaient leurs guêtres, j'ai cru que c'était un jeu des sept erreurs mais non, ils ont bien les mêmes. Quant au résultat, rappelons d'abord ceux des années précédentes.

1979 : grâce à Patrick Dodin, les blancs remportent la première édition par 1-0

1980 : match fermé, 0-0 sans saveur

1981 : hat-trick de la presse italienne, 3-0 pour les blancs

1982 : Berst Oosterhuis et Ursula Zentsch permettent aux blancs de l'emporter encore 2-1 (par contre, c'est bizarre, mais on a rarement le nom des buteurs pour les noirs)

1983 : 1-0 pour les blancs, but signé Jean-Noël Pineau

1984 : première victoire pour les noirs, 1-0, avec à l'origine une mauvaise relance de Dupart

1985 : encore un succès pour les noirs, 1-0

1986 : vexés par ces deux défaites consécutives, les blancs se vengent brillament : 6-0 ! Yasuo Kaneko, Thierry Sabine, Daniel Balavoine, Nathaly Odent, François-Xavier Bagnoud et Jean-Paul Lefur offrent ainsi ce succès historique, toutefois, les noirs protestent en signalant une participation active de l'arbitre au match

1987 : 1-0 plus classique pour les blancs grâce à Henri Mouren

1988 : année faste, offensive à tout va et spectacle inoubliable : 5-3 au final pour les blancs avec notamment le concours de Kees Van Loevezijn, Patrick Canado et Jean-Claude Huger

1989 : après ce délice de jeu d'attaque, on assiste à un triste 0-0 qui signe le retour vers une routine défensive

1990 : Kaj Salminen offre une nouvelle victoire aux blancs, 1-0

1991 : Charles Cabannes signe d'un nouveau geste technique (la balle reprise de la tête) le succès des blancs 1-0

1992 : un beau triomphe pour les blancs, 3-0, Jean-Marie Sounillac, Laurent Le Bourgeois et Gilles Lalay

1993 : 0-0 sans saveur

1994 : Michel Sansen pensait bien donner une nouvelle victoire pour les blancs mais sa moto est immédiatement contrée par un enfant, 1-1 score final

1995 : triste 0-0, encore

1996 : encore un nul, 1-1 cette fois, Laurent Guéguen pour les blancs

1997 : 1-0 pour les blancs qui mettent fin à cette série de nuls par Jean-Pierre Leduc

1998 : après tant d'années sans victoire, il fallait bien que la réussite revienne chez les noirs, ce fut pour cette année et particulièrement spectaculaire : 5-0

1999 : 1-0 pour les noirs, encore vainqueurs grâce à un gendarme burkinabé

2000 : 0-0, retour aux fondamentaux de la défense

2001 : 0-0, les blancs ne peuvent pas, les noirs n'osent pas

2002 : 0-0, le triomphe du catenaccio

2003 : 1-0 pour les blancs qui retrouvent enfin le succès par Bruno Cauvy

2004 : 0-0, on s'ennuie

2005 : retour du spectacle avec le succès 2-1 des blancs, dû à José-Manuel Perez et Fabrizio Meoni

2006 : revanche des noirs par 2-1, Andy Caldecott avait ouvert le score mais l'enthousiasme de la jeunesse guinéenne et sénégalaise a permis ce retournement de situation.

On est donc maintenant à 13 succès des blancs contre 5 pour les noirs et 10 matches nuls et un total de buts de 31 pour les blancs contre 17 pour les noirs.

Vive le sport !

par Schweinnie publié dans : telepoubelle
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