scoop : Bernard Tapie ne serait pas honnête !
Naguère, l'actualité politique était vue sur France 3 par une émission fonctionnant sur un schéma très simple : une tenancière lançait ses deux piliers (un vieux ronchon vachard et un faux rebelle) sur les sujets de débats sur lesquels intervenaient aussi les invités. M6 s'est dit que pour revoir l'actualité footballistique de la semaine, le concept était bon et a donc créé 100 % foot sur ce modèle. L'émission est aussi agrémentée de quelques rubriques censées rythmer le tout : l'invité foot doit réagir à trois photos, l'invité people doit préciser sa passion et à la fin, on joue sur des questions de culture foot, ce qui est surtout à beau prétexte pour Domiique Grimault pour faire des gestes obscènes à Pierre Ménès (on sent qu'il en a envie toute la semaine). Mais là, attention, émission spéciale pour traiter un évènement. En effet, d'habitude, on se contente de débattre pour savoir si Lyon sera champion avec au moins 90 points, sur le placement de Yepes sur un but encaissé par le PSG, si Frédéric Thiriez est formidable, génial ou tout simplement fabuleux ou encore si le recrutement de Maoulida par n'importe quel club de Ligue 1 est censé. Mais là, non, on ne parlera que du scoop énorme sorti par L'équipe magasine (c'est la branche journalisme, investigation et humour de L'équipe) : il y aurait eu (c'est à peine croyable) de la triche à l'OM pendant la période Tapie !!!!!!!!! (J’en rajouterai bien dix autres mais je pense que c'est déjà suffisant) Pour en parler, l'entraîneur adjoint d'Ajaccio Patrick Bosso et le comique marseillais Rolland Courbis sont conviés, par contre, étonnamment, ils ne sont pas assis à la bonne place, d'habitude, c'est l'invité foot qui est à côté de Ménès, d'autant que là, on sent un certain roulis sur le plateau causé par un déséquilibre dans la répartition des masses.
Donc on va parler de la face sombre de l'OM avec deux marseillais, donc en toute objectivité et sans pollution partisane. D'entrée, Courbis attaque fort et s'étonne qu'Eydelie ait mis douze ans à révéler tout ça, il se réveille trop tard pour que ce soit honnête. En plus, il fait ça avant la sortie de son livre, donc ce n'est qu’une opération de promotion, il veut se faire de l'argent, c'est tout. Là dessus, ça rétorque que s'il se réveille maintenant, c'est aussi parce que tout le monde l'a laissé tomber et qu'il est ruiné à l'heure actuelle. On arrête pas Rolland ainsi : s'il est ruiné, c'est parce qu'on paye trop d'impôts ! Et paf, une vieille rengaine du culbuto (on a beau le bouger, il reste inébranlable) de casée ! Et il repart, cette affaire, on en a tous souffert (on, quand il dit ça, ça veut dire les marseillais, car les équipes qui ont été flouées, leurs joueurs, leurs supporters, ils en ont souffert, mais pas de la même manière) et on nous a enlevé un rêve. Quand il parle de rêve enlevé, il ne pense pas aux supporters marseillais trompés qui découvre les trucs du magiciens, non, il parle des sanctions prises en 1993. Enfin, concernant les accusations de dopage, il a encore la solution (c'est dingue, on croirait que ça concerne son passage à l'OM, ces révélations, pour qu'il s'emporte ainsi) : il ne parle que de piqûre, rien ne prouve que c'est du dopage, ça peut aussi être des vitamines.
Les piliers interviennent et le discours change. Dominique Grimault, tout d'abord, "ne fait pas semblant de tomber de l'arbre", rappelle qu'il y a quand même plus que ces simples déclarations, que de très nombreuses présomptions rôdaient et que ce ne sont pas les premières révélations de ce genre sur ce qu'il se passait à l'OM, pour lui, Eydelie est crédible. Pierre Ménès poursuit en narrant une petite anecdote : le soir de VA-OM, un joueur marseillais de l'époque (il a refusé de dire lequel car c'est passible d'un procès et que "c'est trop énorme", de sa bouche, ça veut dire quelque chose) l'a appelé pour lui demander, à lui qui connaît tout le foot, si Glassmann et Eydelie ont déjà joué ensemble. Ménès lui répond alors qu'ils ont évolué ensemble à Tours, le joueur rétorque qu'il comprend maintenant pourquoi il a vu Tapie dire à Eydelie : "dis donc, je croyais que ton pote Glassmann, c'était une tombe, et il est en train de tout balancer à la presse". Sur l'histoire des boissons des adversaires trafiquées, Ménès rappelle que Michel Mézy apportait toujours ses propres bouteilles quand il venait à Marseille, preuve qu'il y avait déjà des doutes qui circulaient.
Courbis repart à l'assaut (non, mais on va vraiment finir par croire qu'il pourrait avoir des choses à se reprocher) alors que Basso reste d'une grande discrétion, et réclame des noms dans les déclarations d'Eydelie. Il veut qu'on laisse Tapie tranquille car il a payé (cela dit, c'est justement ce qu'on lui reproche, d'avoir payé) ce qui serait éventuellement recevable si Tapie se tenait tranquille, or, il ne cesse de se montrer (avec la complaisance notamment des pitres d'On refait le match et de TF1, chaîne avec qui il a de nombreux lien, quant à Stade 2, le journal de l’actualité heureuse des sportifs français, mieux vaut ne pas y compter) comme un modèle de gestion sportive, un exemple à suivre pour les autres présidents s'ils veulent gagner eux aussi. La mère Denis évoque des journaux italiens qui réclament qu'on restitue la Ligue des Champions 1993 au Milan AC, Courbis remet sur le tapis (et il n'a pas tort) le dopage concernant des clubs italiens, notamment Parme, vainqueur de la Coupe de l'UEFA 1999 contre l'OM, alors entraîné par Courbis. Il donne comme preuve une vidéo où l'on voit les parmesans se piquer avant la finale, mais là, il réfute immédiatement l'hypothèse des vitamines, s'ils se piquent, eux, c'est du dopage. Il conclut par "on n'a jamais vu un président marseillais réclamer la Coupe UEFA 1999" ce qui est vrai, mais on vient de voir un ancien entraîneur le faire et on a aussi plusieurs fois (principalement en 1998 et en 2003) un président marseillais (pas toujours le même) réclamer la restitution du titre 1993, acquis sur tricherie avérée (et pour jeter de l'huile sur le feu, j'ajoute qu'on n'a jamais vu de président parisien réclamer le titre de 1993 alors qu'ils avaient finis deuxièmes, de même pour les présidents monégasques pour les autres années).
Pierre Ménès nuance sa position en parlant d'une tendance bien française à l'autoflagellation à propos de cette affaire et ajoute que les milanais gagnent trop pour être achetés. Dominique Grimault parle du problème que causent les titres marseillais, si ce que dit Eydelie est vrai, on devrait moralement les retirer mais quel sens donner à un palmarès quand on le modifie plusieurs années plus tard (sans compter que ça provoque des non qualifications pour les Coupes d'Europe avec des pertes financières et pourquoi pas, des demandes d'indemnités) ? Il évoque pour illustrer son propos le cas Armstrong, dont on ne révèle son dopage qu'après sa carrière, doit-on lui enlever seulement maintenant ses Tours de France ? Une voix allemande étouffée par l'ingestion au même moment de Bratwurst à la Schlagsahne répond que ja. Courbis enchaîne (il fonctionne sur Duracell, c'est ça, sa recette) en réclamant qu'on rende justice à Poulidor si on venait à prouver qu'Anquetil était dopé. La mère Denis arrête là ce débat et on passe à autre chose.
Et là, il convient de faire des petites précisions. D'abord, Anquetil était dopé, ce n'est pas du tout un scoop, lui-même l'avait dit après avoir arrêté sa carrière, en ajoutant que c'était normal car tout le monde le faisait. D'ailleurs, le dopage généralisé dans le cyclisme, que tout le monde a feint de découvrir en 1998, est tout sauf une nouveauté, les premiers témoignages en ce sens remontent à ma connaissance aux frères Pélissier dans les années 30, la notion de dopage n'existant même pas à l'époque, ils parlaient de prendre des médicaments sans être malade. Qu'encore la très large majorité des cyclistes soient dopés n'est pas une révélation fracassante. Et ce qui vaut pour le cyclisme, ça ne vaut pas pour tous les sports (à part peut-être le twirling bâton, et encore) ? Et dans le cas de l'OM de Tapie, les déclarations d'Eydelie apportent des précisions mais ne sont pas nouvelles : Cantona, Deschamps, Desailly, Waddle et Cascarino avaient fait des déclarations dans ce sens. Il y a quelques années, Papin avait aussi affirmé que la finale contre Milan avait été achetée (en l'occurrence, deux joueurs milanais, d'après lui). Plus étonnant, une nouveauté dans les révélations d'Eydelie passe complètement à l'as : le dopage très répandu à Nantes, étonnamment, personne n'en parle. Peut-être les menaces de grippe aviaire font que la filière volaille rechigne à mettre l'affaire du canari aux hormones sur la table mais quand même. De plus, le dopage dans le foot a déjà connu un gros scandale avec des révélations et tout : c'était à l'été 1998, la Juventus et Parme étaient notamment visées. Mais comme cela concernait directement Deschamps, Zidane et Thuram, la presse française se bornait à ne parler que de et un et deux et trois zéros plutôt que de briser des rêves en révélant ce qui se passe en coulisses. Et qu'on ne dise surtout pas que le droit au rêve a pour pendant le devoir de vigilance, ça n'est pas vendeur, ces machins là.
on pourrait résumer ces propos (pas les tiens bien sur) à un seul mot : hypocrisie
C'est un peu long, et cela fatigue, comment veux-tu que nous lisions tout, il nous faut aussi garder du temps pour les autres BLOG et n'oublions pas qu'une journée n'a que 24h, et là, je te fais grace de tout ce qu'il faut arriver à faire pendant ce temps.
Voilà, c'était juste une petite remarque.
Salut et à bientôt
C vrai qu'ils sont longs à lire les autres blogs... 3 lignes, une photo... ça me fait plaisir de trouver quelque part un semblant de littérature.
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