Mardi 16 mai 2006

tout le monde hait Raymond

 

 

Le week-end était marqué par un évènement particulier : l'annonce par Raymond Domenech de la liste des 23 retenus pour la Coupe du Monde et du gardien titulaire. Evidemment, un évènement d'une telle ampleur, ça bouleverse tous les magasines sportifs, à commencer par celui dans lequel l'annonce a été faite en exclu lulu, Telefoot. Pour dire à quel point cela a chamboulé le programme habituel, on n'a rien, mais alors absolument rien, eu sur Drogba et Lyon n'a quasiment pas été encensé (on a juste revu les 37 buts de son match contre Le Mans). Bon, bien sûr, Arsenal a encore bénéficié d'un panégyrique de dix minutes (il faudrait que le CSA veille à l'égalité avec Barcelone, car là, il y a un gros dérapage) et la dernière journée de Ligue 0-0 a été évoquée. D'ailleurs, ils ont une façon originale de présenter les choses, ils montrent essentiellement les buts (il faut dire qu'il y en a eu beaucoup) et, sur la joie du buteur, balancent de la musique pour mettre une ambiance dramatique (et donc, on enlève la joie du public qui appréciera la considération de TF1 pour les supporters, de toute façon supposés tous hooligans violents avec des fumigènes). Alors, évidemment, pas un mot sur le trucage éhonté du championnat par les Lyonnais qui, en alignant leur équipe-type contre Le Mans, ont totalement faussé la course à la 9e place et, bien entendu, le Conseil National de l'Ethique ne dira rien.

 

Avant l'annonce de la liste dans une simili-conférence de presse, Raymond Domenech est passé faire un petit coucou à Thierry Gilardi, mais comme il ne voulait pas livrer des informations avant le moment prévu, ça ressemblait à une soirée électorale avant 20H. Sauf que là, on n'avait même pas comme indice les ambiances dans les QG de campagne (c'est quand même bien faux-cul, ça, le journaliste balance un sabir disant qu'on attend avec impatience les résultats et derrière lui, on voit des militants la flûte de champagne à la main qui font la danse des canards en chantant "on a gagné"), seulement un interrogatoire de Domenech par Gilardi qui, visiblement, n'avait pas les moyens de le faire parler. Il s'y est mal pris, aussi, en posant les questions essentielles ("c'est Barthez le numéro 1 ?" "il y a des joueurs nouveaux (il pensait, comme tout le monde, au seul Ribéry) dans la liste ?") de but en blanc alors qu'il aurait pu ruser ("il y est, Pouget ?" "ha, ha, non" "et Maoulida ?" "ha, ha, non plus" "et Pedros ?" "ha, ha, non, non, il n'y est pas" "et Govou ?" "ha, ha, non … et merde !"), il a donc vainement tenté de lui tirer les vers du nez pendant cinq minutes avant que Domenech envoie lui-même la pub pour avoir la paix et se rendre dans la salle de presse.

 

Dans la salle, ils avaient installé un grand mur aux sponsors, une sorte de fresque moderne et libérale, le genre de chose qu'on retrouvera dans 4000 ans en se demandant ce qu'on a bien voulu faire, d'ailleurs, si ça se trouve, Lascaux, c'est une publicité pour un lointain ancêtre de Charal. Avant de cracher le morceau, Domenech a balancé un long monologue expliquant globalement sa démarche au moment de faire la fameuse liste, le problème, c'est que tout le monde (que ce soient les joueurs concernés, les journalistes ou les téléspectateurs) s'en foutait, on entendait de gros soupirs, on s'attendait même à ce que l'un d'entre eux se lève et l'étrangle (surtout au moment où il a cru bon, parce qu'il avait dit que s'ils n'arrivaient pas à les mettre en bonne condition physique en 3 semaines, c'étaient des peintes, à s'excuser auprès des peintres) lorsque les mots tant attendus arrivent enfin : "je vais donner la liste".

 

Et là, c'est le drame, alors qu'il était convenu avec TF1 qu'il prononce tous les noms, il s'est contenté de le faire pour les gardiens en précisant la hiérarchie (mais sans détailler les raisons de son choix). Pour le reste, c'était "bon, les défenseurs, voilà, vous les connaissez, ensuite, les milieux, ben, ce sont eux, et enfin, les attaquants, ils sont là" pour seul commentaire du Power Point qui était projeté. Le soucis, c'est que cette projection était faite pour les journalistes de la salle, mais que la caméra de TF1 était braquée sur la tête du Domenech, du coup, ils ont essayé (mais on en était déjà aux attaquants) de filmer le Power Point, mais on était de travers par rapport à l'écran et avec un projecteur mal placé, donc, on ne voyait rien. La présentation terminée, le préposé à l'ordinateur a pu recommencer son démineur peinard tandis que Domenech se lève et se casse, nous laissant dans l'ignorance totale des joueurs de champ retenus, TF1 a été obligé de faire un retour sur Gilardi qui a bredouillé "et bien voilà, on la connaît, cette putain de liste, maintenant" pendant qu'ils récupéraient le Power Point et le balance enfin à l'antenne, ce qui nous permet de la découvrir enfin, cette liste, avec l'attendu Ribéry et le surprenant Chimbonda. Ça a dû vibrionner par la faute de ce Chimbonda, dans les rédactions, pour faire en catastrophe sa fiche technique et son portrait puisqu'il n'était absolument pas attendu, au point même de n'être pas mentionné dans les très larges listes de sélectionnés potentiels (c'est comme les nécrologies déjà prêtes, là, les portraits et fiches l'étaient, mais pas pour lui et du coup, il a fallu travailler un dimanche, dur, dur).

 

Dans la foulée, sur M6, 100% Foot proposait des réactions à chaud des spécialistes de M6 (pour les réactions de Domenech, contacter ses sponsors). Les animateurs habituels de l'émission étaient bien sûr là, Estelle Denis, Pierre Ménès et Dominique Grimault, accompagnés des gars prévus pour commenter la Coupe du Monde (enfin, les matches pourris de la Coupe du Monde, les bas morceaux dont TF1 n'a pas voulu) : Christophe Josse, Thierry Roland et Christophe Dugarry, le seul changement était, on ne sait pourquoi mais on ne va pas s'en plaindre vu qu'on gagne au change, Lionel Charbonnier à la place de Franck Leboeuf. Thierry Roland a fait la chèvre, balancé ses opinions toutes faites (et datant de 1948) avant de se plaindre d'avoir raté Pascal Sevran à cause de ces conneries. Christophe Josse, lui, n'écoutait rien, répétait du coup ce qui venait de se dire, demandait de répéter chaque question, déjà qu'il est arrivé en retard, on sent un bon fumiste. Le principal intérêt de l'émission résidait dans l'opposition entre Pierre Ménès et Estelle Denis, au sujet de la non-sélection par Domenech de Robert Pirès, chacun défendant bec et ongles son fiancé contre celui de l'autre. C'est beau, l'amour.

 

Mais il n'y a pas qu'à la télé que ça a été évoqué, à la radio aussi, sur RTL par exemple, avec la bande d'experts d'On refait le match : Eugène Saccomano (le singe hurleur), Gilles Verdez ("un baltringue", Xavier Gravelaine dixit et in Gravelaine we trust), Olivier Rey (oui, oui, celui qui a repris France-Soir pour révéler le nom de la pute avec qui Juninho a couché), Didier Roustan (rebelle animé de bonnes intentions qui a réussi à écrire une Marseillaise encore pire que tout ce qu'a fait Francis Lalanne dans sa carrière) et Pascal Praud (journ... enfin, il a travaillé sur TF1, à une époque). Verdez a commencé par une vibrante défense du Parisien, où il travaille, on aurait dit du Zola, je ne plaisante pas. Bon, du Jean-Christophe Zola, quand on l'a doublé dans la queue au réfectoire, mais du Zola quand même. Rey et Verdez se sont plaints ensuite de l'absence d'explications par Domenech, criant au mépris des Français et de la presse, à l'atteinte à la liberté d'information, à la kimjongilisation de la FFF et au retour de Radio-Paris (j'exagère à peine). Ensuite, Roustan entre en scène pour dénoncer, à son tour, avec une verve digne des heures bénies de l'Assemblée Nationale où l'on parlait d'autre chose que de corbeau (d'ailleurs, vous ne trouvez pas que le générique du dessin animé Renart correspond parfaitement à Chirac ?). La cible de son courroux affiché : les cons, mais plus que les cons, ceux qui les abrutissent. En effet, il se plaint que tout le monde dit que la France va être championne du monde et, selon lui, ce n'est pas possible, donc ceux qui disent ça sont des cons. Comme ça ne correspond pas tellement à sa posture d'humaniste, il ne les fustige pas davantage et trouve d'autres coupables : la presse qui les abrutit en leur répétant qu'on a une équipe qui peut gagner la Coupe du Monde.

 

Alors, moi, tous ces gens qui disent qu'on va gagner, j'aimerais bien les connaître, la plupart des gens avec qui je parle sont convaincus du contraire. Donc, soit je ne connais pas de cons (ce qui serait normal vu que je suis d'une intelligence largement supérieure à la normale et d'une modestie, je ne vous en parle même pas), soit Roustan est entouré de cons (bien, tiens, oui, là), soit il déforme sciemment (ou non) la position générale qui serait : on peut gagner, mais en niveau pur, on est loin des favoris. Cette dernière position est très loin d'être conne puisqu'elle pouvait s'appliquer aussi à la Grèce en 2004, aux quatre demi-finalistes de 2002 (qui paraissaient pourtant si loin de la France, l'Argentine, l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne ...), à la Croatie en 1998, à la République Tchèque en 1996, à la Bulgarie, l'Italie et la Suède en 1994 (le grand favori de l'époque pour les grands manitous était la Colombie, rappelons le) et je pourrais remonter loin comme ça. Enfin, Saccomano a joué à Denis Robert, lors de l'évocation des affaires de corruption en Italie. Ils ont tous convenu (sauf Praud, mais il vit dans un monde parallèle, au milieu de Candy, Pacman et Gérard Holtz) que ça pourrait exister en France, qu'il y a eu VA-OM et là, Saccomano enchaîne en évoquant un gardien de but d'il y a quelque temps qui était payé pour laisser marquer des buts aux adversaires qui l'engageaient ensuite et il est devenu depuis agent de joueurs. Le problème, c'est que judiciairement, il n'y a rien, donc Saccomano a refusé de donner son nom mais tout en jouant du "je sais beaucoup pas très jolies", un peu comme un corbeau corse (il balance les délits mais pas les noms des coupables). Au fait, Sacco, et sur le listing de Clearstream, il y est, Courbis?

 

Un peu d'optimisme béat pour finir, avec Stade 2 et sa vision perpétuellement décalée de l'actualité sportive (décalée au sens de hors sujet). Donc, pour la liste de Domenech, ils ont repassé deux vieux reportages, sur Chimbonda et Dhorasoo ; sur la dernière journée du championnat, ils ont montré en tout et pour tout deux buts (sur la quasi quarantaine qu'il y a eu, fatiguez vous à faire du spectacle ensuite), passant rapidement sur le rugby (et encore plus rapidement sur les deux cas de dopages révélés récemment), le hand, le volley, la F1, le Giro, le record du 100 mètres en athlé pour évoquer la natation et le record du monde de Manaudou (il faut dire que pour tout le reste de l'actu, les droits appartenaient aux autres). Et on en a eu, de la natation, à nous faire oublier que ces championnats de France n'étaient pas diffusés sur France 2, qui a retransmis en matière de sports ce week-end, en tout et pour tout, qu'un tournoi de GRS (commenté par Nelson Montfort, qui ne parviendra décidemment pas à nous faire oublier Pierre "ici, à Nagano" Fulla). Au moins, on est sûr que le service des sports de France Télévisions n'est pas pourri par l'argent.

par Schweinnie publié dans : telepoubelle
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Commentaires

du grand art... encore un bon moment passé à lire cet article
commentaire n° : 1 posté par : Semiramis (site web) le: 17/05/2006 12:40:20

Je relis avec du recul et je déguste ... allééé les bleeeeeeeeuuuuuuuuuuuus


bises à Raymond

commentaire n° : 2 posté par : Sémiramis (site web) le: 03/07/2006 23:09:44
PU..TAI...N TU M'AS CASSE LES BUR...N...
commentaire n° : 3 posté par : sdfg (site web) le: 28/03/2008 03:04:36

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