comme son homonyme, Villeneuve ne craint pas de sortir du chemin
Alors d'abord, attention, ce n'est pas Le Droit de savoir, brut, comme ça, sans rien, non, c'est une émission spéciale comme il y en a quelques unes, c'est Le Droit de savoir spécial faits divers. Là, la précision est justifiée par le premier dossier qui est consacré au l'assassinat de Géraldine Giraud et Kathia Lerbier mais sans grande révélation fracassante. Je mets ce regret car lors d'une précédente émission, sur le suicide de Mike Brant, avait tout de même été émise et avec un très grand sérieux l'hypothèse suivante : Mike Brant ne s'est pas suicidé, il a été assassiné car il était membre du Mossad. Si, si, ils avaient osé, tant qu'on y est pourquoi pas révéler enfin que Claude François a été tué car il en savait trop sur l'affaire Markovic à cause de ses relations à la DST, que Corinne Rey-Bellet a été tuée car son assassin venait de voir Je suis une célébrité, sortez moi de là et ne voulait pas qu'elle finisse comme Marielle Goitchel ? Et le dernier exemple est bâti sur des faits réels, en effet, les services secrets italiens, conscients de l'aura de Marco Pantani, avaient déjà précédemment réussi à lui épargner une retraite difficile. Et encore, il reste beaucoup à dire sur les vraies raisons des morts de Coluche, Balavoine, Claude Piéplu, Sim, Jean-François Revel, Bob Marley et Charles Trenet. L'autre sujet, donc un fait divers, était les coulisses du festival de Cannes, plutôt étonnant de voir ça dans une émission ainsi intitulée car point de vue révélations fracassantes, ça a été assez faible.
D'abord, évacuons les aspects TF1 traditionnels de ce reportage. Première figure imposée : la police. On a donc pu suivre à la culotte le commissaire de Cannes, non, ce n'est pas le fameux commissaire Biélès, ancien vainqueur des Chiffres et les lettres et digne successeur dans la carrière de feu son père, mort durant les évènements de mai 68, la tête coincée dans une grille d'arbre. J'arrête là sur Biélès, il existe de très bonnes biographies dans le commerce. Là, c'était le commissaire Grava qui était notre attention. Et qu'est-ce qu'il fait pendant le festival, le commissaire de Cannes ? Et bien, il monte les marches déguisé en pingouin et s'occupe de gérer le trafic autour du palais, mais il s'en occupe de loin, il ne va pas faire la circulation. Et pendant que madame la sous-préfète revient, le commissaire, sans doute un peu pressé par l'équipe de TF1 qui était en quête de croustillant, se met à traquer les dealers de drogue. Et la drogue, ça se trouve dans les boîtes de nuit, dans les soirées branchées, et par voie de conséquence, les journalistes se sont immergés dans ce milieu pour mieux tout analyser en profondeur en insistant sur le fondement. En effet, on touche là (si j'ose dire) la deuxième figure imposée : les filles pas très très habillées (et, si vous avez tout bien suivi, surtout leur fondement). Donc, sous prétexte d'enquêter sur la drogue dans les milieux branchés, on va voir tout plein de plans sur des filles courtement vêtues dansant lascivement avec un zoom sur une certaine partie de leur anatomie. Ce qui est bien, dans les reportages de TF1, c'est que même quand le sujet ne nous concerne pas, on arrive à s'intéresser.
Mais le commissaire n'est pas la seule personne notable qui a été suivie, on a aussi ceux qui font des affaires, légales. Là, on a suivi une représentante d'un joaillier dont le rôle est de convaincre les stars de porter des bijoux qu'on leur prête lors d'une apparition publique médiatique, genre montée des marches, histoire de faire de la pub gratuitement et pour les vedettes, d'avoir de jolies dorures pour rien. La représentante commence par Marianne Faithfull, qu'elle convainc sans problème et sans opposition. Mais ça se gâte lorsqu'elle se rend dans la chambre de Ludivine Sagnier puisque des concurrents sont déjà là, s'en suit alors une âpre lutte entre les deux (parce qu'un panachage, ça ne sert à rien dans le cas présent), conflit réglé par l'apparition d'un personnage providentiel, Edouard Baer, qui l'aide à choisir entre les deux prétendants et tranche pour celle suivie par TF1. Voilà, c'était la vie de gens, avec pleins de trucs qui ne vous arriveront jamais.
On retrouve également une vieille connaissance, Omar Harfouch, ancien déjà oublié de Je suis une célébrité, sortez moi de là, libanais magnat de la presse ukrainienne et directeur d'une agence de mannequin, ça fait quand même très souteneur mafieux comme profil. Là, il est venu dans sa baraque dans le coin, elle est juste au-dessus de celle de Boris Eltsine, il l'a déjà vu partir en marchant droit et revenir en zigzag. Et s'il est venu, c'est pour conclure avec Sharon Stone, mais ça n'a rien de sexuel, il veut seulement qu'elle vienne pour l'élection de Miss Europe qu'il organisera en Ukraine, il y parvient mais en raquant sévère. Mais le meilleur du passage qui lui est consacré est la vision de l'intérieur de sa maison, quand il devise tranquillement sur sa situation. Les couleurs sont hideuses et forment une harmonie graphique tout allemande, il a ajouté des statues affreuses d'archers et le mieux, c'est une femme en cire sur un fauteuil. Enfin, ça, c'est ce que je croyais au début puisqu'elle n'a pas bougé de tout l'entretien, mais en fait, à moment, elle a cligné des yeux et c'est là que j'ai compris que pour sa déco, il a investi dans une femme-objet, une vraie de vraie. Encore un truc qu'on ne peut pas se payer, finalement.
Cela dit, on a aussi vu des pauvres dans ce reportage, puisqu'on a suivi à un moment des fans qui viennent faire le plein de photos, d'autographes et surtout, de souvenir. Première chose à faire, réserver sa place et ça, ça se fait en mettant sa chaise pliante enchaînée à la barrière de sécurité à l'endroit voulu. Comme ça, on se pose sur la chaise et on attend le passage éventuel de quelqu'un de connu. Hélas, comme on peut s'en douter, ils sont souvent déçus, il arrive qu'ils ne voient quasiment personne, que les équipes télés leur bouche la vue, que les vedettes les ignorent ou, pire que tout, signent de nombreux autographes mais pas à eux. C'est ce moment le plus terrible, quand on en voit un aimable qui prend du temps pour ceux qui ont fait des efforts pour le voir, mais qui ne peuvent évidemment pas contenter tout le monde alors on les voit qui se dirigent vers un côté, cris de joie et appels désespérés, tout y passe, y compris les bousculades.
Enfin, le meilleur pour la fin, un acteur en galère et qui sera maintenant définitivement grillé dans la profession. En gros, sa carrière n'a jamais décollé, alors il s'est dit qu'à Cannes (notez qu'il n'est évidemment pas invité, quel que soit l'évènement), il pourrait peut-être éventuellement conclure sur un malentendu. Et effectivement, ce type paraît être aux acteurs ce que Jean-Claude Dusse est aux séducteurs, on a même parfois l'impression qu'il le fait exprès tellement il est pataud dans sa démarche, à commencer par accepter d'être suivi par l'équipe du Droit de savoir, comme s'il n'avait pas déjà assez de mal comme ça ! En plus de son talent d'acteur (hum, il a déjà du mal à nous persuader qu'il a un avenir dans la profession), il se vante d'être imitateur amateur. Alors, imitateur amateur, ça veut dire qu'il sait faire "crac, crac, je suis Jacques Chirac", à part Zidane et Domenech, ce genre de prestation, ça ne trompe personne. Le mieux, c'est qu'apparemment, il n'est venu qu'avec une seule tenue : un bermuda, un T-Shirt et un grand sac à dos, pour entrer dans les lieux chics, on fait mieux.
Le type, il est donc venu pour faire un maximum de rencontres avec des gens importants, mais comme personne ne le connaît, il est obligé de faire ça de façon impromptue. Et, comme on peut s'y attendre (y compris TF1 qui a flairé un bon cas), ça donne surtout un festival de vents tous plus beaux les uns que les autres. Par exemple, il rencontre Dominique Besnehard, agent influent dans la profession. Il commence par lui faire une imitation pas très ressemblante (mais surtout pas flatteuse), ce qui vexe logiquement son interlocuteur, et forcément, il se fait remballer par l'autre qui lui dit qu'à Cannes, ce sont les gros projets qui se montent, pas les places pour de petits rôles (ce qu'il cherche). Il essaye aussi l'incruste en soirée, il va voir la sécu dans le hall d'un hôtel et leur dit qu'il est le doubleur d'Eddie Murphy, les gorilles font mine d'y croire et lui disent où se passent la soirée, il suit leurs indications et se retrouve sur le parking et à ce moment, comprend que c'est foiré. Et arrive un moment où il aperçoit au loin Alain Chabat, il ne fait ni une ni deux et fonce sur lui avant de lui exposer brièvement la situation :"msieuchabachuisuiviprTF1etchrchptirolpvezfairqueqchose ?" Là, Chabat ouvre les yeux grands avant de lui dire qu'il n'a rien compris, l'autre reprend plus calmement, lui dit qu'il est acteur, qu'il est suivi par une équipe du Droit de savoir (là, Chabat se met à rigoler) et qu'il recherche un petit rôle. En guise de réponse, Chabat lui dit qu'il n'a rien pour le moment et qu'il vaut mieux s'adresser à sa boîte de production. En anglais, ça se dit "fuck".
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