Dimanche 17 juin 2007

chanter plus juste, pour gagner plus de points

Un peu de retard dans la livraison, mais voici quand même le compte-rendu de cette grande soirée de l'art et du bon goût, à l'échelle européenne. Ainsi donc, comme chaque année, s'est tenu ce grand concours de découvreur de talents, qui a déjà révélé Guy Mardel, France Gall, Julio Iglesias, Abba, Dschinghis Kahn, Sophie et Magalie, Marie Myriam, Patrick Fiori, Céline Dion, Natacha Saint-Pier, Lara Fabian, Dana International, Séverine Ferrer, Joëlle Ursul, Toto Cutugno et autres Lordi. Belle liste, à n'en pas douter, et encore, je dois en oublier. D'abord, quelques mots sur les présentateurs : pas du niveau mondial de langues de pute comme avec Marc-Olivier Fogiel et Dave en 2001 et 2002 (sans doute les deux plus belles années de présentation, à mon goût), pas de sérieux psychorigide comme avec Michel Drucker et Claudy Siar en 2006 (prix Nostradamus 2006, par ailleurs), mais plutôt de la simple plaisanterie badine avec Julien Lepers, comme en 2005, mais sans Guy Carlier, remplacé par Tex, qui a rivalisé avec Laurent Ruquier (taulier en 2003 et 2004) dans le domaine du jeu de mots à tchikaboum. C'est simple, c'est de la déconne, mais on reste gentil, car on est un samedi soir sur France 3. L'édition 2006 a lieu chez le vainqueur en titre, la Finlande (donc, on est à Helsinki) et l'ouverture est faite sur la chanson qui a gagné l'an dernier ... Hard Rock Hallelujah de Lordi, dont le clip fait du bien au réveil mais rend finalement moins que leur présence sur scène. Chanson qui restera dans la légende, surpassant assurément l'Oiseau et l'enfant. Tex rappelle d'ailleurs à leur sujet que "Michel Drucker les avait donnés favoris, mais à l'envers". Tex lance alors un parallèle avec Intervilles, qu'il coprésente aussi avec Julien Lepers, et ce n'est pas faux, même si on n'est pas près de voir l'Eurovision se tenir à Montauban. Présentation sur scène par un tandem mixte, comme chaque année, avec une bonnasse et un playmobil, chargés de parler aussi bien en anglais qu'en français (mais ils sont meilleurs en anglais quand même). On est parti pour le musée des horreurs !

Bosnie - Herzégovine :

La compatriote de Coach Vahid nous fait une ballade tout ce qui a de plus classique, mais avec une jupe en branches de sapin et des danseuses qui refont la chorégraphie de YMCA, mais en vitesse Jacques Santini, et avec une couronne de fenouil dans les cheveux. L'éclairagiste s'amuse à mettre un peu toutes les couleurs sur le plateau, un coup tout vert, un coup tout rouge, un coup tout bleu, comme s'il nous retraçait la carrière politique de Bernard Kouchner. On note aussi l'entrée sur scène d'un paladin avec une mandoline et un collant, qui termine dans les bras de la chanteuse.

Espagne :

Pour l'introduction, Tex nous montre qu'il fait les accents aussi bien que Michel Leeb. On voit là les Backstreet Boys espagnols, un boys band, ça existe encore chez eux, et ils ne veulent pas qu'on les considère comme des arriérés ! Tous habillés en blanc, avec des combinaisons moulantes pour qu'on voit bien les muscles, un peu comme s'il bossaient à La Hague, mais qu'il n'y avait plus leur taille. C'est de la chorégraphie façon Kamel Ouali et des paroles style "passion, amor, hey hey hey", chanson à texte, donc. Derrière les quatre gymnastes, on a deux tam-tams géants avec des percussionnistes qu'on verra peu.

Biélorussie :

Représentés par le vainqueur de la Star Academy locale. Le concept de la Star Academy, en Biélorussie, c'est qu'on est enfermé, qu'on n'a pas accès aux informations de l'extérieur et qu'on doit tout faire ce qu'on vous dit de faire et ce qui est bien, c'est que c'est tout le pays, qui participe. La mère du chanteur est la présidente à Minsk du fan club de Diana Spencer. On a deux portes géantes qui s'ouvrent et se ferment tirées par des portières en noir cheveux tirés et entre le beau gosse qui beugle en anglais, en noir comme les danseuses, mais chemise ouverte sur la dent de requin (oui, un authentique requin biélorusse). A noter que lui, contrairement à la bosniaque ou aux espingouins, chante en anglais et s'il y a une chose que j'aimerais voir changer dans ce concours, c'est bien de rétablir l'obligation de chanter dans sa langue. Effets de scène de folie, genre tout le monde se met à la queue leu leu pour faire Vishnou, des mouvements de portes avec les danseuses qui montent dessus.

Irlande :

Le pays qui a le record de victoires, ainsi que le système de vote le plus compliqué qu'on puisse (mais bon, là, ça n'a rien à voir). Groupe traditionnel, on met de grandes marguerites en guise d'éclairage décoratif, la chanteuse joufflue a une robe de bergère du XVIIIe, et chacun a pris soin de confectionner un instrument toujours plus bizarre, ça fait pittoresque. Par exemple, prenez une guitare, bon, c'est banal, alors ajoutez un tuyau, soufflez dedans et faites pincer les cordes par une tige actionnée par une manivelle. Là, ça y est, vous tenez un instrument traditionnel. Vous pouvez le faire chez vous, vous monter un groupe et vous êtes murs pour l'Eurovision, ou Chanter la vie, c'est selon.

Finlande :

Après Lordi, encore du rock, avec une chanteuse, cette fois, sans maquillage, mais une coiffure terrible, elle a des cheveux partout sur le corps, il y en a, on ne sait pas d'où ils viennent et avec le ventilateur géant, ça rend la chose encore plus effrayante. Robe noir corbeau, avec des chaînes. Les zikos sont en costard avec chapeau, croisement des Blues Brothers et de croque-morts. Gros efforts sur les effets, avec de la fumée pour le premier couplet et des jets de flamme pour la fin, comme quoi, il n'y a vraiment pas de fumée sans feu. Mais bof, si l'an dernier, c'était original, là, ça ne fait que resucée d'Evanescence, même si elle joue bien l'Actor Studio avec les yeux quand elle fait l'énervée. D'ailleurs, elle est sortie de la Nouvelle Star finlandaise, j'aimerais d'ailleurs savoir à quoi ressemble la Marianne James finlandaise.

Macédoine :

Elle a fait de la pub pour des shampooings (mais pas pour l'Oréal), donc on peut en conclure qu'elle a été choisie sur ses seules qualités vocales et on peut le vérifier en la voyant entrer en robe courte sur scène (surtout quand elle passe devant le ventilateur). Derrière, les danseurs font un spectacle folklorique (c'est comme pour les instruments, en confectionnant des vêtements baroques et des chorégraphies insensées, ça peut passer pour de l'authentique). Chanson en anglais, sans grande portée philosophique mais avec un fort intérêt esthétique et de l'émotion de la personne qui dit qu'elle est fière d'avoir vécu son rêve pour lequel qu'elle a vécu depuis toujours quand elle était petite qu'elle rêvait d'être grande (enfin, on ne me la fait pas, à moi, c'était le sujet d'un téléfilm de M6, déjà).

Slovénie :

Chanteuse lyrique, pour changer, et qui chante en slovène (enfin, c'est ce qu'ils disent, je serais bien en peine de vérifier, je ne parle pas un mot de slovène). Qui dit chanteuse lyrique dit chanteuse lyrique, évidemment, mais aussi corpulence certaine, voix qu'on peut pousser sans dérailler et esprit loufoque. Là, on a la grosse avec des bandelettes sur un bras qui ondule des bras quand elle part dans les aigus et surtout, qui arrive à s'éclairer le visage avec la main alors qu'on coupe les lumières (ça doit être pratique pour lire, la nuit, sans réveiller son compagnon de plumard). Pour la robe, le bas est un patchwork confectionné avec amour pour la fête des mères (c'était ou un collier de nouilles) et la musique s'offre quelques embardées rock. Dans tout ça, on ne fait évidemment pas du tout gaffe aux choristes.

Hongrie :

Pays de Dracula selon Tex (les Roumains, je vous laisse constater), sortie de Nouvelle Star, mais qui concourre dans un registre blues. Forcément, pour la tenue, on est dans l'underground artistique, loin de l'exubérance des autres pays et loin aussi des grandes productions cinématographiques hongroises. On fait donc dans la chanteuse poilue aux cheveux gras, au jean miteux, au T-shirt bien lavé mais pas trop, pour miauler la détresse du monde quand on est cancéreux émétophile supporter du PSG avec des musiciens dilettantes qui n'ont pas vu de coiffeur depuis la dernière de l'Ecole des fans. Bon, il y a bien des beatniks neurasthéniques qui doivent aimer, cela dit. Pour le décor, ils ont pris un panneau "bus stop", dépense superflue qui tranche vraiment avec le reste. Bravo, on paye la TVA pour ça !

Lituanie :

6e l'an dernier avec We are the winners of Eurovision (le genre de chanson qu'on ne peut voir que dans ce genre de concours, mais très réussie cela dit), cette année, c'est plus intimiste, avec une chanteuse-guitariste style piano-bar qui, en plus, joue sans médiator, et avec une guitare qui brille dans le noir. Des musiciens, on ne voit que leur ombre (ou alors, ils sont faits en ombre chinoise, mais le type qui fait, il est vraiment balèze, et je ne dis pas ça parce que je ne sais faire que le papillon). Le titre de la chanson, traduit en français, est pour le moins évocateur : "aime moi ou va-t-en". Ça, pour prendre les voix des Français, ça doit être bougrement efficace.

Grèce :

Julien Lepers commence par nous présenter "la jeune artiste" alors que c'est un homme, les préjugés sur les Grecs continuent de courir, on dirait. Père chypriote et mère libanaise, il chante "dans le style de Tarkan" (et là, je découvre qui je ne suis pas tout seul à me souvenir de son existence et, pire, que Julien Lepers aussi s'en souvient). C'est donc un beau gosse, sourire Polydent, danse énergique et danseuses peu vêtues, à l'air cruche et au physique de majorette (pas les petites voitures). A moins de considérer que "shake it up" soit une parole qui effacera "I have a dream" des mémoires, on ne voit pas l'intérêt dans le texte, mais plutôt dans les danseuses qui jouent avec des rubans pour faire des figures rigolotes.

Géorgie :

Elle a derrière elle la même équipe que Ruslana, l'Ukrainienne qui avait gagné en 2004, comme si ça suffisait pour l'emporter. Mais la patte est visible, dans la chanteuse qui hulule avec de gros énervements sur le refrain dont la mélodie se fait à base de boum-boum et de pouet-pouet. L'originalité, c'est surtout le costume des danseurs, une blouse grise tout ce qui a de plus banal, mais avec une assiette attachée dans le dos et deux épées de plastique achetées à la Foire au jouet de Tbilissi dans les mains. Cela est théoriquement réalisé pour nous donner l'illusion d'avoir de véritables guerriers cimmériens prêts à croiser le fer mais bon, avec des coupes de cheveux soignées, ça n'est pas crédible.

Suède :

Autre pays spécialiste de l'Eurovision, réputé pour être respectable et sain d'esprit mais là, le groupe est plutôt dans un style bobo-gay-prideur-hystérique. Résumons : un chanteur avec juste une veste taille 14 ans, ouverte sur un torse nu avec une grosse plaque de fer en collier, le col de la veste a des plumes de pingouins. Quant aux musiciens, ils ne rehaussent pas le niveau, avec des futals argentés brillants, des cravates à paillettes sur des T-shirts crades et des vestes assorties aux pantalons. Et je passe sur les pattes d'eph du chanteur qui vire sa veste, se roule par terre tout en couinant et agite ses cheveux gras. Le fils caché de Katerine et de Marylin Manson.

par Schweinnie publié dans : telepoubelle
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